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11/05/2016

Un mois à vélo au cœur de la Mongolie

Fin de voyage le dernier jour de vélo

C'est toujours un peu bizarre de se dire ça y est c'est fini ou presque lorsqu'on attaque le dernier jour , alors que depuis 23 jours vos journées s'écoulent au rythme  du déplacement à vélo, avec tous ses aléas et ses surprises.

 

9 juin Ulan Bator 30 derniers kilomètres

 

Nous quittons notre hôtel vers les 10 heures. Il ne fait pas beau du tout, la pluie est assez forte par moments. Il fait froid. Plus nous approchons de la capitale, plus le trafic est dense. Heureusement nous roulons sur des pistes cyclables et sur les terre-pleins un peu au-dessus de la chaussée. Il y a de grandes flaques et de temps à autre les véhicules nous envoient de grandes giclées. Devant moi je vois Yves recevoir une véritable vague provoquée par un camion. L'arrivée en ville est cauchemardesque, pluie, boue, chaussée inondée, vent et froid. En plus à 7 kilomètres de notre but, je crève pour la première fois en 40 000 kilomètres. Bien entendu c'est dans un endroit absolument horrible au milieu de travaux dans un trafic très dense. On répare vite. La crevaison a été due à un minuscule morceau de câble métallique. Yves est très bon, il a immédiatement localisé le trou et enlevé du pneu l'épine métallique. Vers 14 heures nous sommes au centre ville. Il nous faut faire trois guest-houses pour trouver une chambre. Nous allons profiter des trois jours à venir pour visiter et faire quelques achats. Nous avons déjà acquis de magnifiques peintures sur tissu représentant des hommes en armes et des animaux.

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Voilà notre périple prend fin. Il va falloir attendre un peu et prendre un peu de recul pour vraiment se faire une idée de ce voyage particulier.

Un grand merci à ceux qui nous ont mis des petits mots, ça fait toujours très plaisir

 

Je vais vous décrire les 9 jours après Tetserleg

Ces neuf jours se sont déroulés à travers des steppes à l'infini, mais l'été s'installant les conditions météo ont été beaucoup plus clémentes que lors des 15 derniers jours de mai.

 

Mardi 31 mai Battsengel 89 km temps de parcours 6h43 dénivelé 620 m

Nous démarrons tranquillement vers 9 heures après un petit déjeuner gargantuesque. Nous suivons la grande route sur dix kilomètres puis nous obliquons à droite, confiants car la direction de notre destination est indiquée en début de piste. Après une dizaine de kilomètres dont une bonne partie en montée, Yves trouve que cela ne colle pas. Nous ne sommes pas sur la trace du GPS et de plus nous pouvons constater que notre route part trop au nord. Nous essayons de rectifier notre itinéraire. Nous nous dirigeons vers des marais. Alors commence une terrible attaque de meedjes, minuscules mouches très agressives et nous sommes chacun piqué des dizaines de fois. Nous nous extirpons au plus vite de ce sale endroit. Nous rejoignons la grande route afin de prendre une piste 7 kilomètres plus loin. Cette fois-ci la piste nous mène à bon port. Sa qualité est inespérée, nous roulons très bien et vite. On voit apparaître la ville une quinzaine de kilomètres avant de l'atteindre. Sur cette dernière distance la piste est mauvaise et nous trouvons le temps long.

Enfin nous y arrivons et trouvons un lieu de chute agréable, bien qu'il n'y  ait pas de douche.

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Mercredi 1 juin Ogii Nuur 54 km dénivelé 77 m temps parcours 4h06

Ce matin il fait très bon. Nous basculons de toute évidence vers l'été en Mongolie. Nous sommes loin des températures que nous avons connues jusqu'à présent. Nous commençons par deux traversées de rivières. La seconde est importante, nous avons de l'eau jusqu'aux fesses et le courant est assez violent. Nous nous mettons à deux pour faire traverser les vélos, opération délicate car le courant est fort, et nous avons bien du mal. Cette journée va consister en la traversée d'une immense plaine absolument plate. Nous roulons dans le néant vert. Nous atteignons notre but vers 15 heures, et nous trouvons une chambre mais sans douche. De plus ils sont très économes à nous donner de l'eau pour mettre dans leur évier à siphon. Nos piqûres de meedjes nous font souffrir. Il est étonnant de voir ce que de minuscules bêtes peuvent déclencher comme réaction.

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Jeudi 2 juin Gurvanbulag 95 km temps de parcours 7h20 dénivelé 259 m

 

Une journée encore sur le vélo dans ces immensités entre deux villages. La première partie de l'itinéraire qui sur la carte apparaît comme une route principale n'est en fait qu'une simple piste. Nous longeons le lac Ogii Nuur, endroit touristique. Plusieurs sites sont en préparation de recevoir des touristes. Sans doute viennent-ils ici pour pêcher ou faire du cheval. Pour le moment encore aucun Occidental, on nous a dit que la saison ne faisait que commencer début juin. Nos allons croiser trois véhicules qui transportent les premiers visiteurs de l'année. Il y a énormément d'animaux sur les rives de ce lac, surtout bovins et chevaux. Ces derniers, étrangement, se regroupent en nombre conséquent les pattes dans l'eau, spectacle étonnant.

Du lac au but de notre étape, 60 kilomètres au milieu du désert vert. Le paysage se répète à l'infini, et cette monotonie est tellement étonnante que l'on est pris dans une ambiance excitante. Par endroits nous perdons la piste et nous avançons directement à travers la prairie. L'été vient, il fait bien meilleur qu'au début de notre voyage il y a plus de deux semaines, la steppe verdit et les fleurs explosent partout. Certaines sont surprenantes, et sans doute spécifiques à la Mongolie.

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Enfin du sommet d'une bosse nous voyons apparaître le village à cinq kilomètres. Dans cette partie finale la pistes est bonne, dure et lisse, alors que nous l'avons connue sableuse ou épouvantablement bosselée couverte de tôle ondulée.

Nous trouvons un hôtel, aux chambres immenses pour le prix habituel de 4, 5 euros par personne. Mais comme généralement l'eau est rare et il n'y a pas de douche. Nous nous lavons très superficiellement devant un petit évier surmonté d'un récipient dans lequel on met un peu d'eau que l'on fait couler en appuyant sur une tige, ce qui soulève le bouchon et libère le liquide. Mais nous ne nous laissons pas abattre et comme chaque soir nous nous mijotons une excellent gamelle dans laquelle nous mélangeons, pâtes, œufs et viande en boîte, le tout saupoudré d'une sauce grand veneur qu'Yves porte depuis le début de notre voyage.

Dans la très large rue principale du village des cavaliers passent au galop. Ils sont debout sur leurs chevaux, et ils sont magnifiques dans leur galopade rapide, affichant une parfaite maîtrise.

 

Vendredi 3 juin Dashinchilen 55 km temps parcours 4h30 dénivelé 140 m

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Ce matin nous démarrons vers 9 heures, la journée d'hier ayant été difficile. Nous allons manifestement vers l'été, car dès le démarrage il fait très bon. Par contre rapidement la piste devient très mauvaise, terriblement sablonneuse, ce qui est la pire chose pour les cyclistes. A midi nous avons couvert à peine une vingtaine de kilomètres et pourtant nous avons pas mal forcé. Nous ne nous laissons pas démonter,et nous arrêtons à l'abri d'un buisson et faisons une pause déjeuner d'une heure. Nous constatons alors qu'une piste semble rejoindre la route goudronnée à l'est en quelques kilomètres au lieu des 20 de notre piste en sable. On se décide et nous traversons une petite rivière pour la rejoindre. Et miraculeusement notre calvaire prend fin. Une bonne piste roulante nous conduit rapidement à la route goudronnée. Comme cela est agréable de rouler sans résistance, mis à part un vent de face, mais pas trop puissant. Cette route droite qui se déroule vers l'infini nous donne presque le vertige. La Mongolie nous savions que c'était une immense plaine. Mais lorsqu'on y est, on prend vraiment conscience de cette démesure. Par exemple hier nous avons parcouru plus de 90 kilomètres entre deux villages. Imaginez que vous faites Lyon Valence sans voir personne.

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Comme chaque fois que nous approchons d'un village nous le voyons surgir du sommet d'un minuscule monticule. Un trait multicolore apparaît, constitué de nombreux toits aux couleurs vives. Nous trouvons l'hôtel du village, correct, mais problème récurrent, impossible de prendre une douche. Cela commence à nous manquer sérieusement.

On nous confectionne une soupe très bonne aux légumes et à la viande. On m'avait dit qu'en Mongolie il fallait s'attendre à mal manger dans ces coins reculés où nous mènent les pistes désertes que nous suivons à vélo. Je suis surpris assez agréablement en constatant que nous trouvons toujours des petites épiceries, même dans certains villages plusieurs, où nous avons accès à un choix d'aliments certes pas extrêmement varié, mais cependant de bonne qualité avec de bonnes quantités, en particulier en biscuits secs et différents pains, ainsi qu'un joli choix de saucisses. Ces dernières sont devenues l'élément de base de nos pique-niques du midi sur la piste. La consommation est d'un belle saucisse à deux par jour, ou une demie lorsqu'elle est vraiment grosse.

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Pour se laver ce petit récipient vert et c'est tout un problème pour obtenir un peu d'eau à y mettre

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Samedi 4 juin Bayannuur 34 km temps de parcours 2h10 dénivelé 52 m

 

Cette nuit il a pas mal plu, et ce matin à 9 heures ça se calme juste. Le ciel reste chargé et le vent souffle. Nous ne sommes pas pressés car nous n'avons que 30 kilomètres à parcourir, de plus sur route goudronnée. Il nous reste à peu près 300 km pour rejoindre Oulan Bator, alors que nous avons encore une semaine. Nous avons donc tout notre temps.

Ces derniers jours ce qu'il nous a le plus manqué, c'est la possibilité de nous laver. En effet, à part leurs minuscules éviers à siphon ou robinet, pas d'eau. Juste de quoi se passer un peu d'eau à certains endroits. De plus pas question de laver ses affaires. On comprend aisément pourquoi ces hôtels de villages du bout du monde ne sont pas fréquentés par les touristes occidentaux.

Un Mongol me demande en anglais ce que je pense de l'accueil dans son pays et du comportement des gens. Bien entendu, par politesse je lui relate uniquement les expériences agréables et sympathiques que nous avons faites. Il sourit et me dit que ce n'est pas toujours comme cela. Alors je m'aventure à lui raconter nos contacts moins plaisants, comme ce gamin trop insistant nous dévisageant sans vergogne durant presque deux heures, ou la mauvaise invitation dans cette fameuse yourte de «l'enfer» où des femmes étaient agressives et particulièrement mal élevées, tout du moins pour nos critères d'hospitalité européens.

Nous prenons donc la route tranquillement pour une courte étape de 30 kilomètres sur un bitume excellent, une route déserte et rectiligne jusqu'au désespoir. Nous nous arrêtons au bord d'un petit lac, sur lequel des oiseaux noirs et blancs s'agitent en tous sens au ras de l'eau. Un groupe de touristes venus en minibus assistent au même spectacle. Nous engageons la conversation, ils sont français, de la région parisienne, je dirais même plus, l'une des femmes est de la même ville et du même quartier que Yves, Antony.

Nous arrivons rapidement à destination, et nous mettons en quête de trouver un logement. Ce que nous réalisons avec succès rapidement grâce à un homme à moto, à l'air plutôt inquiétant. L'endroit semble correct pour un prix très raisonnable. Alors l'homme à la moto revient et veut nous emmener ailleurs, alors que nous avons déjà accepté la chambre. Son attitude est gênante, car il est très insistant, d'autant qu'il nous fait son cinéma devant la propriétaire des lieux. Une fois installés nous voulons manger. La propriétaire nous indique un restaurant une centaine de mètres plus loin. Nous nous y rendons. Effectivement, il y a une salle déserte de clients, des boissons et une carte affichée. Nous demandons s'il est possible de manger. Il nous est répondu par l'affirmative, pensons-nous. Nous nous installons et les deux hommes présents ne s'occupent plus du tout de nous. Le premier s'assoit devant la télévision, le second continue de s'affairer dans la cuisine et puis s'en va par la porte de derrière. Nous assistons tout surpris à ce spectacle. Nous nous donnons cinq minutes pour voir comment évolue la situation. Le laps de temps écoulé, nous nous levons et disons au revoir à l'homme fixé devant sa télévision. Il nous sourit et nous partons. Bien souvent,nous avons du mal à comprendre l'attitude de ces gens. Mais peut-être faut-il se tourner vers la fameuse formule de Nicolas Bouvier et ne pas chercher à comprendre: On ne fait pas un voyage mais c'est le voyage qui nous fait. C'est à dire ne pas venir avec des idées établies et préconçues et des formats tout faits, mais laisser faire et regarder les choses.

Donc après avoir quitté notre restaurant, nous nous mettons en quête d'une épicerie où nous faisons quelques emplettes, et revenons nous faire à manger. Comme d'habitude nous nous préparons un excellent repas: une petite bière en apéro avec des chips, puis deux œufs au plat et une belle platée de grosses pâtes à la viande que nous avons achetées congelées, puis un biscuit fourré nappé de chocolat et un café.

Par contre dans ce pays, en dehors des lieux d'arrêt des touristes l'eau fait cruellement défaut. Cela fait maintenant quatre jours que nous ne nous sommes pratiquement pas lavés. Simplement ces minuscules petits réservoirs au-dessus d'un évier toujours lui aussi minuscule. Dans ces conditions il est particulièrement difficile de se laver, d'autant plus que généralement, cet unique point d'eau très spartiate se trouve dans le couloir où tout le monde passe. Certes il n'y a jamais grand monde, mais enfin. C'est la première fois au cours d'un voyage que je suis confronté à cette rareté de l'eau. Encore une expérience, très enrichissante sur les conditions de vie de par le monde, à prendre avec philosophie lorsqu'on y est soumis.

Mais un renseignement anodin nous laisse alors envisager que dans ces villages perdus dans ces régions sans eau, il y a des douches publiques. Nous nous rendons dans un magasin d'alimentation et nous posons la question en ayant peur d'être un peu ridicules. Mais non, immédiatement la réaction de la commerçante est positive. Elle nous emmène deux rues plus loin dans un enclos où se trouvent deux yourtes et effectivement à côté un petit bâtiment de bain public. Pour 3000 T, ce qui fait moins de 1,5 euro à deux nous avons droit à une bonne douche bien chaude. Pour ne rien cacher la couleur de l'eau qui nous coule dessus devient vite noire, depuis 4 jours que nous évoluons sur des pistes poussiéreuses dans la chaleur et la sueur.

Ce soir, une fois de plus nous nous faisons un repas gargantuesque arrosé d'un vin espagnol, je dis bien espagnol trouvé au fond de la Mongolie. Pas mauvais mais un peu doux pour des Français amateurs de rouge. D'ailleurs outre l'inscription en espagnol, il y a un petit commentaire en allemand, ce vin correspondant bien au goût de nos amis d'outre-Rhin.

Le plat ce soir a une saveur particulière, car Yves nous sort du riz et une purée qu'il traîne dans son sac de montagne et dans sa remorque de vélo depuis au moins une dizaine d'années, plus probablement deux. Il pense qu'il n'est pas impossible que sa purée soit montée au sommet de la Grande Ruine dans le massif de l'Oisans et cela fait un bon nombre d'années, à vrai dire c'était dans les années 90. Mais si le goût est un peu passé, la consistance est bien présente et nous avons le ventre bien rempli.

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Dimanche 5 juin Lün 67 km Temps de parcours 4h33 dénivelé 681

Nous avons passé un bon moment dans ce petit hôtel en bord de route. La femme qui le tient est vraiment sympathique est prévenante. Elle a mis à notre disposition une salle à manger, c'était le confort. Elle nous a même proposé de nous faire cuire une carpe. Mais nous n'avons pas accepté, car nous nous souvenons qu'il y a quatre jours on nous en a offert un morceau. Il était absolument immangeable, car il avait un goût de vase incroyablement puissant. Pour ne pas vexer notre hôte j'ai jeté le mien en le cachant dans un sac de chips vide. Yves n'a pas eu le temps, il a enfourné tout le morceau.

Départ vers 9 heures, vent de face et temps couvert. Mais très vite le temps s'améliore et le soleil perce. Mais le vent reste défavorable, mais heureusement il n'est pas trop puissant. Des automobilistes s'arrêtent et nous donnent une bouteille de sprite. Nous roulons dans un infini, la route est pratiquement droite. Impression étrange que de se déplacer à faible vitesse dans ces immensités. Le trafic est presque nul.

Nous faisons la pause casse-croûte après une longue montée. Bien à l'abri en bordure de route nous mangeons notre saucisse comme chaque midi de puis 20 jours. Il ne nous reste que 15 kilomètres pour atteindre Lün. Ils sont vite parcourus car en descente.

Nous rejoignons une route principale un peu avant le village, le trafic devient un peu plus important, mais reste modéré. Ne pas oublier que la Mongolie est le pays à la plus faible densité de population au monde.

Nous trouvons un hôtel en bordure de route dans le village. Il est un peu déglingue, mais le personnel est sympathique.

Les trois photos ci-dessous montrent la base de notre alimentation, on a bien aimé on n'a jamais eu faim, alors qu'on nous avait dit qu'il fallait s'attendre à se la sauter.

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6 juin bivouac 62 km TP 4H03 dénivelé 443 m

 

Nous partons vers les 8 heures, tout d'abord par la route sur une courte distance puis nous bifurquons sur une piste à travers la steppe jusqu'au village de Bayanhangay. De là nous rejoignons la route après une trentaine de kilomètres. Nous la suivons encore trente km en une immense ligne droite. Alors que nous sommes arrêtés un motard arrive en sens inverse. Il s'arrête à son tour et vient nous parler. Il est allemand et cela fait six ans qu'il est en route. Il retourne en Allemagne et compte y être en novembre. Nous prenons une piste pour nous diriger vers le parc national de Hustai. Mais comme il est interdit d'y bivouaquer nous nous arrêtons un peu avant. Il n'est que 13h30. Le soleil frappe fort. Nous profitons des très rares arbres que nous rencontrons pour nous abriter.

L'après-midi s'écoule dans ce petit coin caché de la piste entre lecture et petits sommes.

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7 juin bivouac 34 km dénivelé TP 3H 330 m

 

Aujourd'hui nous avons une étape courte. En effet, il ne nous reste plus une très grande distance pour rejoindre Ulan Bator et nous ne voulons pas y arriver avant le 9. Nous commençons par rejoindre l'entrée du parc et son immense camp de tourisme constitué d'une multitude de yourtes. Il y a un restaurant, nous y reconstituons nos réserves d'eau, nous buvons un café et de plus il y a des toilettes, nous n'en avions pas eu depuis 8 jours. Nous pouvons nous laver les mains correctement. C'est la première fois que je manque à ce point d'eau pour me laver ainsi que mes habits. Nous restons un bon moment.

Nous reprenons notre chemin à travers le parc. Il héberge en particulier des chevaux de Prewalski, ainsi que d'autres animaux. Nous en verrons deux. Vers midi nous cherchons un peu d'ombre pour pique-niquer. Juste au pied d'une minuscule déclivité creusée par l'eau nous trouvons de quoi nous mettre à l'ombre. Puis nous reprenons la piste en direction de la sortie opposée du parc. Il n'est pas très grand, 20 km. Nous ne croiserons pas grand monde et nous ne trouvons pas qu'il y a grande différence avec les 1400 kilomètres de steppe que nous avons déjà traversés. La seule différence, c'est que nous avons payé chacun l'équivalent de 7 euros pour le traverser. Nous rejoignons la rivière Tuul. Il est temps pour aujourd'hui de trouver un point de chute. Il y a bien quelques bosquets, mais ils sont tous sur l'autre rive. En définitive nous optons pour une petite prairie au pied d'une déclivité en bordure de rivière, le long de l'un de ses bras. Juste en face de nous derrière le petit bras d'eau, quelques arbustes dans lesquels nichent des corbeaux.Ils ne sont pas contents de nous voir nous installer sur leur territoire et nous survolent en permanence en poussant des cris qui se veulent menaçants. Mais nous ne bougeons pas. Nous entendons les petits qui piaillent dans leur nid.

Nous profitons de l'eau assez propre de la rivière pour nous laver et faire un peu de lessive. Mon t-shirt en 8 jours est devenu rigide de sel, j'ai l'impression de porter un vêtement en carton. L'eau nous a vraiment manqué.

Dans le désert mongolien il y a des ossements animaux partout de même que des bouteilles de vodka vides. Heureusement nous n'avons pas vu de cranes humains!

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8 juin 25 km d'Ulan Bator 66 km temps de parcours 5h54 dénivelé 560 m

 

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Je suis réveillé par un concert de chants d'oiseaux. Les bosquets en face de nous sont en fait peuplés d'une multitude d'espèces qui au lever du jour rivalisent de vocalises. J'en profite pour admirer un lever de soleil sur cette frontière du désert de Gobi.

Notre boucle est presque achevée. A une quinzaine de kilomètres de l'autre côté de la rivière nous distinguons le village de Altanbulag, où nous avions passé notre première nuit il y a maintenant plus de trois semaines.

Le temps se couvre et devient plus froid, il pleut même un peu. Nous traversons d'immenses steppes avec un vent adverse. Parfois cela devient pénible. Mais nous nous imprégnons de ces panoramas car nous savons que la fin approche. Nous butons sur un camp militaire et notre chemin est interdit. Nous faisons un détour en arc-de-cercle et reprenons notre piste. La fin arrive brutalement, un pont et la route goudronnée qui nous mènera à Ulan Bator On se sent un peu triste de quitter définitivement cette piste qui nous a tant apporté en plaisir et en souffrance.

On trouve un super hôtel au milieu de nulle part. Nous nous laissons faire et nous buvons un vin f blanc français du Languedoc, un peu madérisé, on met des gros glaçons dedans et c'est très bon après 23 jours de pistes mongoles.

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Un petit coup de pluie et on s'abrite comme on peut

 

 

 

 

 

 

Je vais narrer les quatre jours de traversée du massif du Hangayn Nuruu du 27 au 30 mai

4 jours dans une montagne peuplée de bergers nomades. Cela nous changea beaucoup des centaines de kilomètres dans le désert de Gobi. Des vallées larges, des rivières, beaucoup de traversées les pieds dans l'eau, parfois au risque de se faire embarquer lorsque les sacoches entraient dans l'eau. Beaucoup de cailloux, de la neige, des animaux partout, surtout domestiques, yacks, chevaux, chèvres et moutons, quelques chiens pas trop agressifs, des marmottes, des aigles et partout le coucou qui répercutait son chant particulier.  3 bivouac d'anthologie, avec chaque fois des Mongols qui arrivaient des yourtes environnantes, parfois éloignées pour voir ces fous à vélos dans leurs montagnes.

 

Vendredi 27 mai bivouac 66km Temps Parcours 7h43 dénivelé 615 m

 

Nous démarrons à 7h20, pour la première fois depuis notre départ il fait bon. Nous prenons la piste qui nous a été indiquée, car il y a un pont pour le franchissement de la rivière. Première surprise, pas de pont. Premier bain de pieds et il y en aura beaucoup d'autres aujourd'hui. La piste monte tranquillement, parfois elle est assez difficile car elle se trouve dans le lit sec de la rivière. Multitude de galets. Au cours d'une traversée de rivière, mes sacoches avant offrent une trop grande surface perpendiculairement au courant. J'ai vraiment du mal à garder mon vélo en main, Yves vient m'aider. Cette vallée est magnifique et les bergers s'y sont installés avec leurs yourtes.

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On fait un arrêt incroyable chez un peintre mongol, qui peint une multitude de paysages et des scènes de chevauchées de Huns sur des yacks, absolument fabuleux, il y a un mouvement incroyable dans sa peinture. Il nous offre un verre de lait et des bugnes vieilles et dures, mais l'intention est très belle et nous avons très faim.

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Nous nous installons une dizaine de kilomètres plus loin pour bivouaquer. Le temps est superbe. Une rivière coule à proximité, idéal pour compléter nos réserves d'eau. Bien évidement immédiatement accourent les occupants des yourtes à proximité. Nous leur offrons des figues séchées bien moelleuses. Difficile de savoir s'ils apprécient, les enfants en tout cas oui.

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Samedi 28 mai 56 km temps parcours 6h41 dénivelé 444 m

Après une bonne nuit nous démarrons à 8 h en direction du col Höl Sayayn. Il est distant de 25 kilomètres et la pente est régulière pour les 400 m de dénivelé. Les deux derniers kilomètres sont plus raides et nous arrivons à midi au col à 2700 m. Nous sommes accueillis par un grand troupeau de yacks. Nous faisons une pause d'une heure dans ce coin tranquille, par beau temps sans vent. Tout au long de la montée nous avons vu des yourtes de bergers. Par contre le versant nord est plus désert et la piste est épouvantable. On fera une rencontre et nous verrons deux véhicules. Nous sommes un peu inquiets car l'eau se fait rare. Heureusement à 17h nous coupons une petite rivière qui coule, alors que tous les lits de rivières depuis des heures sont à sec. Nous installons notre bivouac un peu plus loin et immédiatement un gamin à vélo arrive. D'où vient-il? Sans doute d'une yourte cachée derrière un pli de terrain.

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Il va demander à Yves de lui réparer son vélo car le changement de vitesses ne marche pas. Vélo de très mauvaise qualité et bien qu'il soit neuf rien ne fonctionne bien. Il va rester planté devant nous toute la soirée, pas moyen de s'en débarrasser. Même au milieu de nulle part il y a quelqu'un qui rapplique. Souvent c'est sympathique après un quart d'heure passé à nous observer nos visiteurs s'en vont. Mais ce soir cela a été particulièrement difficile, ce gamin pendant près de deux heures nous a observés à moins d'un mètre.

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Dimanche 29 Bulgan 56 km temps de parcours 4h44 dénivelé 457 m

 

Après la difficile journée d'hier nous avons passé une bonne nuit. Au lever du jour le temps change et nous hésitons à partir, attendant une accalmie. Mais nous décidons de partir. Les chutes d'eau ne seront jamais très violentes et vers 10 heures elles s'arrêtent. Nous descendons une vallée magnifique. Des arbres de différentes espèces apparaissent.

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Un raidillon de 250 m de dénivelé nous met à rude épreuve. Nous devons sur la moitié nous mettre à deux pour pousser les vélos tellement la pente est raide. Vers 15 heures nous arrivons dans le village de Bulgan.

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Tout en bas le deuxième vélo

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Manifestement il y a des cèpes

Nous y faisons quelques courses et partons nous installer un peu plus loin dans un coin superbe en bordure de rivière. Quelques centaines de mètres au-dessus de nous des yourtes. Ça ne tarde pas les habitants viennent nous voir, un couple avec leur bébé. Ils nous apportent un bol de fromage frais et un plein pot de fromage un peu aigre, le tout est succulent. Ils ne sont pas trop intrusifs et après un quart d'heure ils remontent à leur yourte. Ils sont venus en voiture. Malgré cette grosse quantité de laitage nous nous préparons une grosse platée de pâtes, que nous mangeons de bon appétit. Vers 20 heures le temps tourne à la pluie et au vent. Ça secoue sérieusement les tentes.

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30 mai Tsetserleg 31 km Temps de parcours 2h21 dénivelé 248 m

Lever magique, montagne enneigée pas loin, petite rivière à nos pieds, le bétail de partout, des chiens curieux viennent nous voir sans agressivité, et le beau temps revenu et cerise sur le gâteau un vent favorable pour cette courte étape.

Ça roule formidablement bien, quelques côtes bien sèches, mais de la rigolade comparativement à hier, journée où j'ai battu mon record de poussage de vélo à deux tellement c'était raide, seul on n'y arrivait pas.

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Des fleurs partout le rêve. J'ai oublié de vous dire la Mongolie c'est le paradis de la pêche aux salmonidés, Yves comme moi est un mordu. Nous fondions les plus beaux espoirs sur des pêches de rêve. Nos songes les plus fous en train d'attraper des gros taïmens, le poisson mythique de Mongolie, il vit plus de 50 ans et dépasse le mètre, donc je disais nos songes les plus fous se sont évaporés instantanément, la pêche est fermée en Mongolie jusqu'au 15 juin, et nous rentrons le 13. Mais ce n'est pas grave en ce qui me concerne, car la Moselotte, le Ventron, le Xoulces et les lacs m'attendent!

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Arrivée à Tsetserleg

 

Nous voyons nos premiers Occidentaux depuis 14 jours, nous sommes dans une guest-house tenue par un Australien. Il est très sympa, et nous donne des conseils pour notre retour sur Ulan Bator, à peu près 600 kilomètres.

Je crains que notre prochain point wifi ne soit à Ulan Bator dans une dizaine de jours

 

Mardi 24 mai Hayrhandulaan 86 km temps sur vélo 5h44 dénivelé 733

 

Après une très bonne nuit dans notre hôtel, à la chambre spacieuse et à la douche chaude, c'était la premières depuis 5 jours, nous démarrons assez tardivement vers 9h. Tout de suite nous sommes dans l'ambiance du Gobi, malgré la route goudronnée. Immenses lignes droites, vent en rafales fort et froid. Heureusement ce dernier est généralement avec nous ou trois quarts arrière. L'altitude est un peu plus élevée que les jours derniers, donc la végétation moins avancée. La steppe est très sèche et fanée. Vers 17 km on s'arrête à un mémorial du cheval, l'ensemble est grandiose, posé au sommet d'un tertre qui domine le désert de toutes parts. Au nord nous pouvons voir des montagnes enneigées.

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Que ces longues distances sur ces routes désertes sont monotones. Le vent est si violent que mon vélo ne tient pas sur sa béquille, et je le couche au sol. Nous voyons quelques oiseaux de proie, sans doute des aigles. Ils sont posés à proximité immédiate de la route, en train de dépecer une tête sans doute de cheval. Ils ne veulent pas céder leur nourriture et s'éloignent au tout dernier moment lorsque nous nous approchons pour les photographier. Après quelques sautillements, ils décollent d'un vol majestueux, leurs grandes ailes les entraînant rapidement au gré des bourrasques d'air Vers 15 heures nous arrivons au niveau du village de Hayrhandulaan. Il est situé à 3 km au nord de la route. Une piste en pente y conduit, cette dernière portion est rude car nous avons un puissant vent de face, de plus glacial, ce qui me prend les sinus. Que le climat est rude dans ces déserts.

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Nous dominons, le village, il semble sympathique. Nous allons vite déchanter. Deux établissements nous proposent une chambre, le premier à un prix prohibitif pour une pièce sans eau et sans toilettes, le second nous présente une chambre insalubre dans laquelle règne une odeur de nourriture avariée. Nous décidons de ne pas rester et retournons à la route, cette fois-ci avec le vent dans le dos. Une fois que nous l'atteignons, il y a quelques yourtes. Une femme nous propose de nous loger et de nous nourrir. Elle essayera bien de nous faire payer plus que prévu et en définitive son mari viendra coucher dans le lit et nous au sol, alors que ce n'était pas prévu. Mais bon vu les sommes demandées nous ne disons rien. Et puis à l'extérieur le vent souffle avec rage et la température n'est pas très élevée. Cependant dans la yourte la femme nous a allumé un fourneau avec comme combustible de la crotte de bétail. Il y fait une chaleur presque suffocante. Elle est bien agencée et son ambiance est agréable, rien à voir avec les locaux sordides du village. Le repas est constitué d'un bol de lait chaud, sans doute de jument. Je le trouve très bon, puis nous avons droit à un autre bol avec un bouillon agrémenté de pâtes, légumes et petits morceaux de viande. Après le casse-croûte de midi pris sur le bas du talus pour se protéger du vent, ce repas chaud prend des allures de mets princiers.

Vers 18h nous nous retrouvons provisoirement seuls dans notre yourte dortoir. Nous en profitons pour élaborer notre stratégie pour demain: essayer de faire un maximum de kilomètres jusque vers 19 heures et bivouaquer à proximité de la route. Nous ne passerons qu'un seul village, où nous ferons des provisions en vue du bivouac.

 

Mercredi 25 106 km Temps sur le vélo 8h02 dénivelé 911 m bivouac désert

 

Cette nuit nous avons vécu une expérience incroyable, qui aurait pu être désagréable. La femme qui nous avait proposé sa yourte, à plusieurs reprises est rentrée sans ménagement et nous regardait comme des bêtes rares. Alors que nous étions couchés à même le sol et que nous dormions, trois femmes, deux hommes et quatre enfants sont entrés et bruyamment ont commencé à nous regarder avec des lampes frontales. Puis l'une d'elles a tourné l'ampoule dans son culot juste au-dessus de moi. Une lumière vive me venait en pleine figure, et tout ce beau monde nous regardait en commentant à forte voix. Les femmes semblaient particulièrement agressives, avaient-elles bu? L'une d'elles méchamment me demande de me lever pour éteindre la lumière que l'autre femme avait allumée. Je lui fais signe que non. Elle se répand dans sa langue, heureusement je ne comprends pas. L'un des hommes jugeant sans doute qu'il y avait de l'abus, est venu tourner l'ampoule pour éteindre et tout le monde est sorti. En tout cas dans cette yourte il y faisait très chaud. Incroyable le pouvoir calorifique que peuvent avoir les excréments de bétail. On voit souvent des hommes ou des femmes parcourir la steppe avec une hotte et une fourche légère et large afin de faire le plein de combustible animal.

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La yourte de l'enfer

Nous nous sommes levés à 6h15 et à 7h nous étions en route, trop contents de quitter cette yourte d'enfer. Les deux premières heures pas un brin de vent, nous avons parcouru une quarantaine de kilomètres. Puis il s'est levé et nous l'avons eu souvent de face. La moyenne est tombée très nettement. A midi et demi nous n'avions fait que 67 km, certes avec une halte vers 11 heures bien cachés par nos bagages à manger des gros gâteaux sablé couchés à même le sol.

Arrêt dans le village de Nariynteet, où nous faisons quelles courses pour le repas de midi et en vue du bivouac de ce soir. Bien abrités du vent en plein soleil nous profitons de la chaleur en mangeant, ce qui est rare depuis notre départ. Bien évidemment les enfants s'agglutinent et deviennent de plus en plus intrusifs. Nous avons du mal à les contenir. Ils nous lancent des remarques et veulent tout toucher. Ils deviendraient presque agressifs car nous leur demandons de ne pas tout tripoter. Nous repartons un peu plus tôt que prévu pour échapper à ces enfants.

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Nous allons pédaler jusque vers 18 heures dans des côtes infinies

avec le vent de face. Une voiture s'arrête, le chauffeur descend avec sa femme et ses deux petites filles. Ils nous prend tous en photo autour des vélos.

Nous trouvons un endroit relativement à l'abri du vent et montons nos tentes. Nous sommes en plein désert.

 

Jeudi 26 Bayanhangor 40 km temps parcours 2h35 dénivelé 260 m

 

Après un très bon bivouac en plein désert un peu en retrait de la route, lever à 6h. Il fait 0 degré mais pas de vent. Un beau coucher de lune sur le désert cela vaut tous les 4 étoiles du monde. Petite étape de 40 km sans souci. Comme à chaque fois que l'on change de région il y a un poste de police, mais pour nous pas de problème. Arrivée vers 10 h en ville, difficulté de trouver une chambre d'hôtel, car il y a des fêtes religieuses. Mais on y arrive, cependant ce n'est jamais facile. Après un premier hôtel complet le second semble aussi plein. Mais après discussion une chambre libérée sera prête vers 11 heures. On part boire un café. Ce qui est très bien car un Mongol dans cette épicerie-bar nous explique la route des jours à venir. Nous étions un peu inquiets car on voit pas mal de neige sur les montagnes, mais à priori pas de problème. Concernant les rivières à traverser on devrait y arriver, soit par nous-mêmes ou avec un véhicule. On verra bien.

 

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Merci pour les commentaires à vous 5

Je mets le texte des 6 premiers jours à vélo à travers le Gobi puis je rajouterai un peu plus tard ce jour et les photos de cette première semaine, si ça passe car débit très faible:

 

17 Mai 59 km don 20 de piste Ulan-Bator à Satlanbulag

Ce matin nous quittons Ulan-Bator à 8h, le gardien de l'immeuble tout intrigué des sacoches et des sacs et peut-être aussi de la remorque de Yves discute avec nous et nous demande notre itinéraire. Nous lui montrons sur la carte.

Pas trop de bouchons pour sortir de la ville. Des usines thermiques d'un autre âge sont encore en activité. Notre itinéraire passe devant l'aéroport. Les habitats se font de plus en plus clairsemés, mais des immenses ensembles d'immeubles sont en construction de ci de là jetés à même les prémices de la steppe.

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Durant quarante kilomètres la route est asphaltée, puis la piste la remplace. Immédiatement cela engendre un changement d'ambiance. L'aventure commence. Tout d'abord elle est caillouteuse puis elle s'améliore. Nous croisons nos premiers troupeaux de chèvres, vaches et quelques chevaux. Un premier chien vient sans conviction aboyer à notre passage. Au sommet d'une bosse le village d'Altanbulag apparaît. Agglomération étonnante comme je n'en ai vu nulle part ailleurs, elle s'étend sur une assez grande surface, mais dans l'immensité du décor elle est presque petite, pourtant elle compte 2000 âmes.

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Une épicerie, on complète nos réserves d'eau et l'on demande à être logés. Pour se faire comprendre c'est très difficile, barrière de la langue et de la manière de penser. Mais oh surprise! Les jeunes ont des i phones avec des traducteurs, mais rien n'y fait. Jusqu'au moment où l'un d'eux a l'idée d'appeler la professeur d'anglais. Une jeune femme très occidentalisée arrive et nous sert de traductrice.

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Nous obtenons une chambre après d'âpres négociations de prix. Elle est spartiate mais volumineuse. Par contre les douches il ne faut sans doute pas y compter bien qu'on nous ait dit qu'il y en avait. Même le lavabo est condamné. J'ai parlé trop vite, tout finit par arriver. Effectivement nous aurons droit à une bonne douche bien chaude.

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18 mai 74 km bivouac au milieu de nulle part 7 h sur le vélo

Départ à 7h, la piste est bonne et on roule bien les 25 premiers kilomètres et nous ne voyons personne, trois ou quatre voitures dans la journée. Pourtant de loin en loin sur cette immense steppe on aperçoit des yourtes. Les animaux domestiques sont présents partout, vaches, chèvres et chevaux. Ces derniers se déplacent en grandes bandes en galopant. A plusieurs reprises des Mongols intrigués par nos vélos viennent à notre rencontre ou nous appellent. Ils regardent avec curiosité nos montures et elles les font bien rigoler, tout particulièrement la remorque d'Yves.

A midi nous nous arrêtons pour manger, c'est spartiate, une boîte de jambon et une demi-pomme. De plus le vent se met de la partie, et comme nous avons tiré une bâche entre les deux vélos pour nous protéger des rayons du soleil, elle se gonfle comme un parachute et parfois s'envole. Nous repartons vent dans le nez. Heureusement après quelques kilomètres il souffle de travers, en finale nous l'aurons trois quarts arrière. Bivouac dans l'herbe près d'une mare.Une voiture passe au-dessus et les occupants curieux nous regardent. Il fait bon, le vent s'est calmé vers les 18 h.

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19 mai 79 km 8H12 sur le vélo 800 m dénivelé

Nuit très bonne. Au matin un vent fort souffle, nous n'arrivons pas à faire chauffer le café. On engloutit un bout de pain et de pâte d'amande et c'est parti. La piste au début bonne devient exécrable, des poussages nombreux dans le sable. On ne voit pas une personne de la matinée. Toujours du bétail, quelques gros aigles. Le ciel s'assombrit de plus en plus, la température tombe à 5 degrés et le vent est violent et très froid. Il est changeant, Ce matin au départ il nous poussait, puis nous l'avons eu contre et puis dans l'après-midi il est avec nous. La halte de midi nous l'effectuons dans un trou du talus pour nous protéger du vent, pas terrible comme protection. Je grelotte de froid, on ne traîne pas. La piste s'améliore nettement et on couvre les 35 km de l'après-midi en moins de 4 h. On ne voit pratiquement personne de l'après-midi dans ces immensités désertes sous une bise glaciale et un ciel très menaçant. Chose incroyable on croise un panier à salade avec 6 policiers. Mais que viennent-ils faire dans ce coin, il n'y a personne?

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Le lac de Bören apparaît à une dizaine de kilomètres et on le rejoint rapidement, ça descend, la piste est bonne et le vent nous aide.On trouve un hôtel, c'est plus confortable par ce temps froid et venteux.

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20 mai Delegerhann 56 km 477 m de dénivelé 4h30 sur le vélo

Ce matin, départ tardif, vers 9h. Au moment de partir problème de chambre à air. Dans ce village du bout du monde, nous trouvons un magasin qui vend des chambres à air. Certes, plusieurs personnes nous ont aidés à tambouriner à la porte pour réveiller le tenancier. Il finit par arriver, nous sert puis repart se coucher en fermant son magasin à clef, sans doute pour continuer à cuver. Il faut dire que l'on voit un nombre incroyable de bouteilles de vodka vides jetées dans le désert. J'en ai même compté plus de trente ensemble.

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Nous prenons la direction de Delegerhann. 56 kilomètres de piste à travers une steppe infinie. Nous avons la chance d'avoir le vent avec nous. A deux reprises des bergers à moto viennent à notre rencontre, ainsi que deux cavaliers. Ces derniers ont une sacrée allure sur leur cheval. Ils sont très intrigués et nous repèrent de loin dans cette immensité au faible relief. Cette immersion à vélo dans la steppe est une expérience incroyable, on est presque dans le voyage intérieur. Certains m'avaient dit que cette partie de la Mongolie ne présentait pas d'intérêt à vélo. De toute évidence nous n'avons pas tous les mêmes critères.

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Contrairement à hier la piste est pratiquement toujours excellente et nous poussons très peu, seulement dans quelques zones sableuses. Nous faisons un arrêt casse-croûte royal, allongés derrière une légère bosse du terrain sur laquelle nous avons disposé nos vélos pour couper le vent, qui cependant n'est pas très fort.

Tranquillement nous repartons après une pause de trois quarts d'heure vraiment au milieu de nulle part.

 

Après 18 kilomètres le village nous saute littéralement à la figure après un petit mouvement de terrain.

 

Ces villages mongols sont étranges posés à même la steppe, ils semblent minuscules dans cette immensité. Mais ils sont plus grands que l'on imagine, lorsqu'on s'approche. Ils sont organisés en groupes de maisons sans étage, chacun des groupes étant entouré de barrières, et il y a un petit centre où l'on trouve l'épicerie, la banque et l'hôtel. Nous n'avons pas de problème (pourvu que cela dure) pour trouver le point de chute. Le premier jour nous sommes arrivés droit dessus c'était le seul bâtiment à un étage. Hier, il avait le toit vert, et une femme a su nous le monter en connaissant le mot green. Et aujourd'hui cerise sur le gâteau, un des premiers Mongols auxquels nous nous sommes adressé parlait très bien l'allemand, alles clar!

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Dans ces petites épiceries, bien évidemment il y a un énorme rayon à vodka, de multiple marques rivalisent d'attractivité. Bien sûr nous n'y touchons pas. Mais de nombreuses boîtes de conserve d'excellente qualité, poisson ou viande nous permettent de nous nourrir très convenablement. Par contre pas de fruit, nous achetons un oignon pour faire avec notre viande en boîte. Le pain est aussi d'excellente qualité, un peu schwartz Brot. Dans les épiceries du Laos ou de Bolivie on ne trouve rien de comparable. On m'avait prévenu que l'on mangeait très mal le long des pistes de Mongolie, je dois reconnaître que c'est une agréable surprise de trouver un tel choix. On m'avait aussi prévenu que les rares hôtels étaient plus que sordides, ce que nous n'avons pas constaté, dans deux sur trois on a même eu doit à une douche et chaude par dessus le marché.

Alors que nous sommes tranquillement installés dans notre chambre à discuter la porte s'ouvre et un homme d'un âge indéterminé, mais au taux d'alcoolémie bien identifié à fort niveau, entre et vient s'asseoir à côté de nous sur un lit. Bon que faire? Manifestement nous ne comprenons pas un traître mot de ce qu'il nous dit, et de plus vu son état cela doit être particulièrement incohérent. Au bout de deux à trois minutes il se lève nous serre la main et s'en va. Ouf! Les gamins aussi sont particulièrement intrusifs. Lorsque nous nous sommes installés dans notre chambre quatre ou cinq sont entrés avec nous. Bon ben c'est sympa, mais qu'est-ce qu'on fait avec tout ce beau monde dans notre chambre? On leur dit que l'on va prendre une douche et qu'il est temps de nous laisser. Ils finissent par comprendre et s'en vont à regret. Les jours derniers aussi lorsque nous arrivions dans un village nous étions l'attraction et tous les gamins se précipitaient et nous harcelaient de questions en rigolant. What's your name? Ils s'agglutinaient et s'énervaient les uns les autres. Dans une telle situation il faut vite s'échapper.

Ce soir nous faisons un repas agréable, boîte de singe que l'on fait revenir avec un gros oignon.

 

Samedi 21 mai 42 km temps parcours 3h20 dénivelé 449 m

Après une nuit un peu agitée sans doute à cause des grosses étapes des jours précédents, nous prenons la route à 8h15 après un solide petit-déjeuner à base d’œuf dur et de bugnes locales, ça cale bien. Encore une traversée à travers des immenses étendues de steppe. De loin en loin des troupeaux ponctuent le vert du décor. Parfois des Mongols à moto viennent à notre rencontre, toujours très curieux. Le temps est idéal pour rouler et un bon vent arrière nous aide. D'un jour à l'autre à cette saison les conditions peuvent être très différentes, froid et gris ou belle journée ensoleillée. Nous suivons la ligne électrique qui parcourt la steppe de village en village. Petite halte adossés à un rocher, le temps de manger un gâteau local du genre sablé. Nous en avions un énorme paquet, maintenant presque terminé que nous portons depuis notre départ. Arrivée à Bayan ÖndÖr vers 12h30. Encore une belle étape sans difficulté à part quelques poussages dans des fins de côtes très raides.

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Dans le village dès que nous demandons un hôtel, un homme se charge de téléphoner. Manifestement il est fermé à moins qu'il n'ait jamais existé. Nous nous approvisionnons dans une épicerie et le patron nus propose une yourte chez lui. Nous le suivons et nous arrivons dans l'un de ces fameux enclos. A côté de sa maison une yourte, elle sent sérieusement la vache et n'est pas très propre. Il s'active et fait le ménage et nous la propose pour la nuit.Magnifique endroit pour être plongé dans la vie d'un village mongol.

Mon mangeons sur des rondins de bois en présence de notre hôte et d'un autre homme. Ce dernier demande à essayer le vélo d'Yves, ça le fait bien rire. Notre hôte part et nous ramène une bouteille de vodka. Nous y goûtons à peine.

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Petite promenade dans le village, pas grand monde. Nous faisons quelques courses pour le repas du soir. On vient nous chercher en voiture pour assister au regroupement des chevaux. Le propriétaire des chevaux qui conduit est accompagné de sa femme et sa fille et d'une autre femme avec une petite fille. Avec Yves et moi nous sommes sept dans le véhicule.Le conducteur a le coup de main, en roulant derrière les chevaux il les réunit tous et leur fait prendre la bonne direction au galop. Puis une fois qu'ils sont bien lancés il les laisse poursuivre leur chemin seuls. Il nous conduit ensuite au sommet qui domine le village, duquel nous avons une très belle vue à 360 degrés sur ces étendues de steppe. Il s'y trouve une pyramide de pierres. Il nous invite à en rajouter en en faisant trois fois le tour.

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Une fois rentrés notre chauffeur très curieux veut voir comment nous préparons notre repas avec notre réchaud, et il veut aussi assister au repas, mais refuse toute boisson et tout aliment. Puis il se lève et prend congé.Ce que nous prendrions pour de la curiosité imposée représente pour eux une forme de convivialité.

Cet après-midi dans ce village où les gens sont hospitaliers aura été très intéressant et instructif. Malheureusement le barrière de la langue nous aura empêchés de vraiment comprendre la vie dans ce coin reculé du désert de Gobi.

En remerciement j'ai donné à notre hôte notre paquet de dates, ils n'en voient pas beaucoup. Il l'a pris et l'a immédiatement amené à son épouse.

 

Dimanche 22 mai Öldziyt 53 km dénivelé 616 m temps sur le vélo 4h31

Après une nuit assez bonne, à quelques reprises les chiens aboyaient lorsqu'ils nous entendaient bouger dans la yourte. Départ à 8heures. Le temps est sombre et froid, 4 degrés. Dans les premiers kilomètres il tombe une espèce de léger grésil. Mais heureusement le vent glacial nous pousse et en roulant nous n'avons pas froid, mais au moindre arrêt il 'en va pas de même. Encore cette steppe austère et déserte. Nous cherchons un embranchement vers la droite et le trouvons assez facilement. Sur ces pistes il n'y a jamais la moindre indication, sauf un seul panneau à l'entrée du village que nous venons de quitter ce matin, mais il ne nous était d'aucune utilité car il donnait la direction d'où nous étions venus hier.

Nous rencontrons un Mongol et sa jeune fille, tous deux à cheval. Elle a à peine cinq ou six ans, mais elle monte déjà avec aisance et assurance. A midi halte casse-croûte bien protégés derrière nos vélos et une bâche tendue. La température est remontée et nous passons un moment agréable étendus dans l'herbe. Mais une fois de plus le temps change et il est temps de se remettre en route. Nous n'avons plus qu'une dizaine de kilomètres à parcourir et une fois encore le village nous saute à la figure alors que nous y arrivons, car caché par un pli du terrain. Nous tombons directement sur le lieu où loger. Nous avons une chambre certes petite, mais attenante à un petit salon salle à manger, le grand luxe. La patronne nous apporte un seau d'eau chaude pour nous laver. Manifestement on est dans le 5 étoiles du village et tout cela pour 4 euros par personne.

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Lundi 23 mai  Arvayheer distance 94 km temps sur le vélo 5h59 dénivelé 538 m

Après une nuit très bonne, nous sommes en route à 8 heures. tout d'abord 33 km de piste à 'identique de celles que nous parcourons depuis une semaine. immensités désertes, peuplées seulement de bétail. Une fois de plus un couple de Mongols intrigué par des cyclistes dans ces coins vient à notre rencontre. Ils ont des visages burinés par les éléments du désert de Gobi.

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Nous retrouvons la route que nous suivons sur 60 kM. Le temps est capricieux, chaud ou froid variant entre 4 et 18 degrés. Les grains se succèdent, grésil ou pluie. Les vents tournants vont de paire. On nous avait prévenu que le mois de mai en Mongolie c'était le mois du temps instable, on est servi. Mais les précipitations et les vents ne sont pas trop violents.

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Vers 16 heures arrivée à Arvayheer où nous trouvons tout de suite l'hôtel où nous voulions aller. Il pleut un peu. depuis une semaine c'est la première fois que nous mangeons au restaurant. Quelques crudités avec pâtes et riz, il ne faut pas perdre les bonnes habitudes!

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 13 mai débute une nouvelle balade à vélo, d'un mois en Mongolie. Nous serons deux Yves et Luc. Notre itinéraire prévu est de l'ordre de 1500 kilomètres, en boucle à partir d’Oulan-Bator, la capitale du pays. Il est toujours difficile de calculer avec précision un parcours d'un mois dans un pays où les aléas climatiques et l'état des pistes sont difficiles à prévoir.

Ci-dessous notre parcours visualisé en rouge:

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La Mongolie est un pays immense plus de trois fois la France, on imagine pas très bien les distances sur cette carte. Cependant on visualise bien les régions où nous allons nous déplacer.

Dans un premier temps nous roulerons à la frontière du désert de Gobi, puis nous allons poursuivre en mettant le cap au nord vers le centre du pays. Les pistes  traversent un massif montagneux à partir de la ville de Bayanhongor. Le point culminant de cette région approche les 4000 mètres. Puis une fois la grande route du nord rejointe, nous retournerons vers la capitale. Nous essayerons en cours de route de nous arrêter pour bivouaquer au plus près de rivières, qui sont des paradis pour les salmonidés. Nous sommes tous deux des accrocs de la pêche à la truite, et bien entendu nous avons nos cannes. Cela devrait, si nous en attrapons, améliorer l'ordinaire, car les possibilités de ravitaillement seront rares. Le pays, comme je l'ai déjà dit, est trois plus grand que la France, et contient seulement trois millions d'habitants, dont plus d'un à Ulan-Bator. Le corollaire, nous  trouverons certainement très peu de possibilités de connexion internet. 

Le train très tôt permet de gamberger surtout lorsqu'on est seul dans son compartiment avec son vélo.

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Le voyage commence, comme toujours les angoisses habituelles, dans tout le barda à prendre n'ai-je rien oublié? Au petit matin comme toujours cette sensation de culpabilité m'étreint, je pars et je sais que Danièle en ressent une douleur. L'aventure a un prix. Dilemme maintes fois renouvelé, partir ou non? Je suis rentré du Laos il y a un peu moins de deux mois et voilà qu'à nouveau je suis en route. J'imagine les steppes de Mongolie désertes jusqu'à l'infini. Pourquoi aller voir plus loin, là où l'on a pas encore mis le pied, ou plutôt dans mon cas mes roues. Nombreux sont les voyageurs qui au cours des différentes époques se sont posé cette éternelle question. Les réponses sont multiples et diverses. Celle qui m'a le pus interpellé a pour auteur Ella Maillart, cette intrépide voyageuse qui entre les deux guerres a arpenté souvent en solitaire des immenses contrées presque inconnues dans ces temps, où le tourisme n'avait pas encore pris son essor actuel. Sa conclusion concernant ses congénères occidentaux: cette soif d'ailleurs ne répond etlle pas au besoin de combler notre grand vide intérieur? Je me garde de tout commentaire, à chacun de juger.

5 heures du matin Alain me conduit à la gare de Remiremont. Mon train est à six heures. J'ai tout loisir de m'installer. Je constate que sur mon billet il est écrit: Ce document n'est pas un titre de transport. Qu'est-ce-que cela veut dire? La contrôleuse me donnera l'explication. Il suffit que je présente ma carte voyageur, sur laquelle est vérifiée la validité de mon titre de transport. Donc plus besoin de billet. Le train va prendre vingt minutes de retard à cause d'une défaillance sur un amortisseur. Il n'atteindra donc pas la vitesse de 310 kilomètres à heure, habituelle sur cette ligne Nancy à Paris.

Yves m'attend chez lui pour 10h30. Avec ce délai je vais avoir du mal à parcourir en une heure les 18 kilomètres à travers Paris et sa banlieue pour être dans les temps. Alors pourquoi ne pas profiter de ce moment privilégié de la traversée de cette ville, que la Terre entière veut visiter , justement pour la visiter tranquillement au rythme du vélo. En effet, notre avion ne décolle que demain samedi, donc je vais essayer de ne pas me mettre la pression alors que j'ai tout mon temps.

Au contrôle je ne trouve plus le justificatif pour mon vélo. Mystère, je l'ai sans doute oublié à Cornimont. Mais bien que je sois en possession d'un e-billet, le vélo n'est pas pris en compte alors que la surtaxe apparaît sur ce fameux billet électronique. Le contrôleur est compréhensif et me demande de bien garder la billet pour le vélo la prochaine fois. On informatise de plus en plus toutes nos actions de la vie, mais le papier reste indispensable.

C'est parti pour une visite tranquille de Paris , l'île de la cité et Notre Dame et puis le reste.

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Je rejoins Antony par la coulée verte, comme quoi on peut sortir de Paris par des chemins paisibles qui se glissent entre les voies routières et ferroviaires.

 

Le samedi matin branle-bas à 5 heures. Nous commençons par traverser la région parisienne du sud au nord en RER.  Puis les  démarches habituelles pour prendre l'avion avec un vélo se déroulent encore une fois pas trop mal. Mais on a toujours peur d'essuyer un refus, car chaque compagnie aérienne a ses petites réglementations en matière d'emballage des deux roues, des poids autorisés et des gabarits  maximums. 

Le transfert par Moscou se passe sans problème non plus. Le vol Moscou  Ulan-Bator dure 6 heures, nous partons à 7 heures du soir et arrivons à 7 heures du matin. Manifestement il s'agit d'une course vers le soleil, chaque heure compte double. La nuit n'aura durée effectivement à peine trois heures. Au retour en partant à 8 heures 10 l'avion arrivera à 8 heures 50 alors que nous aurons effectué 6 heures de vol. Là il s'agira d'une course quasiment avec le soleil.

A l'arrivée nous sommes attendus, et tout se passe pour le mieux pour rejoindre la ville éloignée d'une vingtaine de kilomètres. la première impression de la région est étrange. Les collines avoisinantes sont encore toutes endormies de l'hiver qui n'est pas si loin. Toutes les herbes sont jaunies  et rases,et la ville est un ensemble d'immenses immeubles sans charme jetés dans cette plaine en forme de cuvette. C'est une première impression lugubre qui me saisit. 

Notre guest house se trouve au quatrième étage d'un building franchement sinistre, dans un quartier un peu hostile. Heureusement les propriétaires sont très avenants et nous donnent une multitude de conseils concernant notre itinéraire de 1500 km. Manifestement si nous sommes venus chercher 'l'aventure' on devrait se régaler sur certains tronçons.

On déballe les vélos toujours avec une pointe d'inquiétude. Pour Yves tout va à peu près bien. Il a une petite voilure sur le disque de frein avant, mais il y remédie rapidement. Pour ma part, consternation, la fourche avant est complètement tordue et il n'y a plus moyen de mettre la roue avant, qui de toute façon ferait un angle important avec la verticale.Le voyage semble compromis. Mais c'est compter sans l'ingéniosité et la force légendaire des Mongols. En effet, notre propriétaire revient avec un énorme démonte-pneu et attaque la fourche dans tous les sens. Pour moi comment peut-on imaginer détordre une fourche dans cet état. Il risque tout simplement de la casser, mais au point où nous en sommes, il n'y a plus que cela à faire. Après quelques coups de "barre à mine" bien ajustés, elle reprend forme, et la roue rentre dans son logement. Plein d'espoir je pars faire un essai. Je peux rouler, mais ça tire fort à droite. Yves décide d'essayer de peaufiner le travail. On tire, ça plie un peu, et par des successions  de petites déformations suivies d'un essai, le tirage se fait de moins en moins fort. Finalement je peux même lâcher les mains. Le vélo est en état de marche et la fourche est considérée comme complètement réparée. Je ne pensais pas que l'on pouvait agir de cette façon sur cette pièce de vélo et la modeler à la manière d'une grosse guimauve certes un peu résistante.

Nous partons faire un premier tour à pied en ville. Cette cité n'a pas d'âme, pratiquement exclusivement constituée de ces immenses blocs de béton entre 20 et trente étages. L'agglomération compte  un million trois cent mille habitants.

On s'organise dans notre chambre pour deux jours.

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Ci-dessous vue de notre appartement

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 ci-dessous notre appartement vu du bas, nous sommes au quatrième, heureusement pas plus car il faut tout monter vélo compris, si on veut vraiment partir après-demain justement à vélo.

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Ce qui est assez incroyable, c'est que dans ce pays qui est l'un des plus pauvres du monde, ils sont nettement  en avance sur nous en matière de voitures. La moitié au moins du parc est composé de véhicules hybrides, principalement des Toyota.

 

16 mai 

Petite balade encore ce matin dans la capitale. Nous sommes logés dans la zone un peu "crainios". Le centre est plus agréable et me fait un peu penser au Tirana des années 2001, 2002.

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 L'aventure commence demain matin. Ces deux jours tranquillement installés à Ulan-Bator sont indispensables pour attaquer la piste dans de bonnes conditions. En effet, les 7 heures de décalage horaire nécessitent une adaptation. Bien que nous ayons l'habitude des trajets un peu aventureux on ressent un petit pincement au moment de se lancer. Je regarde un superbe livre  de photos sur la Mongolie fait par des Allemands. Les premières légendes  de panoramas infinis sont du style:

il n'y a pas d'aide, nous devons être courageux ou tout du moins faire comme si nous l'étions.

Bold pour y aller absolument pas de chemin, mais il y a toute la place pour en faire un, cela sera simplement un peu plus long. 

02/02/2016

Boucle d'un mois au nord Laos à vélo

Un grand merci à ceux qui nous ont envoyé des petits mots de soutien et aussi à ceux qui nous ont suivis.

Bonjour tout le monde nous sommes le neuf et nous venons d'arriver à Vientiane. Le voyage prend fin ici après 1750 kilomètres à vélo à travers un Laos peu connu du tourisme. Hors des grandes villes, lieux classiques du tourisme dont les guides parlent à profusion, dans le reste du pays nous n'avons vu aucun Occidental, à part deux cyclos en solo lancés round the world et deux motards. Le vélo constitue vraiment un mode de voyage unique, permettant d'aller où les autres moyens de le permettent pas et souvent ne donnent pas envie d'aller. C'est comme cela qu'une fois de plus nous sommes tombés sur des coins absolument incroyables. Plus on roule et plus la frite vient, et plus le plaisir de la découverte vous submerge. Mais point d'excès en rien. Un mois c'est un bon compromis, ni trop court ni trop long, un peu court pour l'appel de la route, un peu long pour l'appel de la famille, donc un bon compromis.

Je vais vous relater les deux derniers jours qui se sont déroulés comme prévu, ce qui nous a permis de tester le bivouac dans un temple le long du Mékong, vieux fantasme de cyclo.

8 mars Keun à Maknao 108 km 150 m de dénivelé

Après 18 km de route nous avons attaqué une piste sur 49 kilomètres, très roulante. Nous l'avons parcourue à vive allure, vers les 25 de moyenne. Puis une dizaine de kilomètres de route nous ont amenés au départ d'une autre piste le long du Mékong. Avant de la prendre nous avons encore une fois dégusté une super bonne feee. Bien que mon vélo soit resté à l'ombre mon thermomètre au moment du départ affiche 43 degrés. Bon, on se dit toujours qu'une fois en route un petit air devrait nous rafraîchir!! Bon on va voir. Une fois en route comme par miracle tout semble s'arranger. Mais ce n'est que provisoire, ça continue à chauffer dur dur et vers 14H30 il nous faut nous arrêter à l'ombre d'un grand arbre. La piste est déserte, tout le monde se calfeutre à l'ombre des maisons un peu plus fraîches que cette poussière rouge de la piste.

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Vers 16h nous arrivons à Maknao, et nous reconnaissons le lieu où nous avions mangé une excellente feee il y a maintenant 15 jours. Nous demandons si nous pouvons nous installer pour la nuit dans l'enceinte du temple. Cela ne pose aucun problème et immédiatement on nous indique le lieu où nous mettre. Superbe, juste au-dessus du Mékong.

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Nous avons pris le temps au cours de cette journée pour visiter quelques temples.

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9 mars Maknao Viantiane 55km presque plat

Ça y est, c'est le dernier jour. Petite étape pour arriver au terme de ce mois. Mais le but n'a pas d'importance en soit, comme dit Saint-Exupéry :qu'importe le but il n'y a que la démarche qui compte. Effectivement le voyageur le sait très bien, lui qui part sans programmation prêt à affronter les pistes et la chaleur, prêt aussi à manquer parfois de nourriture ou d'eau et toujours ou presque de confort. Mais c'est sans doute une des conditions pour essayer de se rapprocher du mode de vie qui est celui des régions traversées.

La nuit a été particulièrement chaude. Je n'avais encore jamais connu cela. Immédiatement nous avons enlevé le double-toit de nos tentes, mais même avec notre partie interne en moustiquaire seulement la chaleur est terrible. On se croirait réellement dans un sauna, mais sans possibilité d'en sortir. En une heure allongé dans ma tente je bois ma bouteille d'un litre et demi tellement je perds d'eau par transpiration. Il n'est que 19H30. Il va falloir attendre 2 h du matin pour commencer à sentir une baisse de température. En effet, le sol s'est tellement imprégné de la chaleur du soleil qu'il lui faut tout ce temps pour se refroidir.

A 6h on se lève tranquillement, préparons notre dernier petit-déjeuner sur notre buta-gaz.  La cartouche aura tenu sans problème tout le mois, même si parfois nous en avons douté. Mais il ne s'agissait que de se faire chauffer un thé, car à 6h du matin au Laos pour trouver quelque chose de chaud c'est mission impossible.

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ma tente devant un temple

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les derniers kilomètres de piste

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on retarde le moment fatidique de la fin

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un site très étrange

 Voilà c'est fini, la suite au prochain épisode, sans doute la Mongolie en mai  Gérard et Luc

 

Du 2 au 7 mars, 6 jours presque en dehors du monde

Bonjour tout le monde nous sommes le 7 mars. Cela fait 6 jours que nous avons quitté Vang Vieng, nous avons effectué un peu moins de 500 km avec une toute petite étape de 30 km aujourd'hui pour ne pas arriver trop tôt à Vientiane, notre avion est le 10. Sur ce trajet depuis Vang Vieng nous avons effectué 300 km de pistes par des coins absolument fabuleux et oubliés des guides. En 6 jours nous avons roulé un peu avec Jim, un Hollandais sur la route depuis 1 an et qui a tout fait à vélo depuis chez lui. Nous avons aussi croisé une moto d'Occidentaux et à part cela personne. Les dénivelés ont été raisonnables et les 110 km par jour malgré la chaleur et la poussière ne nous ont pas posé de problème à la première étape et les suivantes étaient entre 80 et 90. On n'était plus dans les dénivelé fous du début et des pentes à plus de 20%. Tout se passe bien et n'en déplaise à la remarque que j'ai eue "On voit que tu vieillis tu ne fais que te plaindre". Snif! Enfin c'est la vie. Quand Lionel Terray raconte les difficultés qu'ils a éprouvées dans la face nord de l'Eiger il ne me serait pas venu à l'esprit qu'il se plaignait. Je vous rassure je ne me prends par pour cet alpiniste hors du commun. J'essaie seulement de m'en inspirer. Quand je relate les difficultés que nous rencontrons je ne cherche pas à me plaindre ou me faire plaindre. J'explique seulement ce que  j'éprouve sur la route, la pente, la chaleur et la poussière. Mais je le vis très bien, nous sommes venus Gérard et moi chercher des difficultés, nous les avons trouvées, mais les gérons avec un peu de souffrance mais beaucoup de sérénité. Je dois même dire que la partie de 120 km de piste entre Luang Prabang et Hongsa et ses 4300 m de dénivelé, oui passage très dur, je l'ai vécue avec un grand plaisir tout en poussant mon vélo. Je ne crois pas m'être exprimé dans le sens de la plainte, car c'était le vrai bonheur même si c'est dur de pousser son vélo par 40 degrés tout en ripant des galoches dans la poussière, car on ne peut rester dessus, la pente trop forte fait qu'il se retourne. 

Je dois dire que l'expérience de la traversée de l'Atacama sur 40 jours m'a appris la patience et la ténacité dans l'effort alors que cela paraît démesuré. Cependant l'expérience acquise ne doit pas faire oublier la prudence, et par des très fortes chaleurs il est normal que l'on reste à l'écoute de son corps et que l'on fasse attention à ne pas succomber à un coup de chaleur ou insolation au cours des longues heures exposé dans l'effort à la chaleur. Et en parler me paraît normal, faire croire que ce type de voyage est facile c'est donner de mauvaises informations qui pourraient mener d'autres à prendre des risques car nous aurions minimisé les conditions dans lesquelles nous évoluons.

Et je n'oublie pas les basiques de mes cours de commando: la faim tue en quelques semaines, la soif en quelques jours, le froid et la chaleur en quelques heures et le stress en quelques minutes. Des super rambos m'avaient appris cela, et j'essaie de m'en souvenir dans l'effort, surtout lorsqu'il se déroule en dehors des zones habituelles.

On part manger et dès le retour je vous mets des photos de ces 6 jours hors du temps et du monde.

 Une pour patienter

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2 Mars Vang Vien à Napho 108 km Dénivelé 1211 m

Nous avions hésité à partir sur cette piste de 165 km plus 30 km de goudron, car inconnue des guides, nous pensions que c'était son manque d'intérêt qui lui valait cette absence de notoriété. Eh bien pas du tout, ce fut durant deux jours une plongée dans un Laos loin de tout, sur des pistes qui s'infiltrent dans des zones de forêts, traversant des rivières à guet et permettant de découvrir des villages bien loin de ceux que les chemins classiques du tourisme permettent de connaître.

Les 50 premiers kilomètres se sont déroulés sur la route qui part au nord vers Luang Prabang, route que j'avais prise dans l'autre sens il y a trois ans. 

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Puis il nous a fallu trouver l'amorce de la piste désirée. Ce n'est jamais facile, aucune indication et lorsqu'on demande la direction d'un village les habitants ne comprennent pratiquement jamais, car les accents sont très difficiles et nous ne les mettons jamais au bon endroit. Donc c'est toujours avec une certaine hésitation que nous nous lançons sur ce que nous pensons être la bonne piste. Après quelques kilomètres et quelques interrogations de personnes rencontrées nous en sommes enfin convaincus.

La première partie est en travaux sur une quarantaine de km, puis nous nous retrouvons sur un chemin avec la sensation d'être très loin pour pas mal de temps. Les dénivelés et la pente restent raisonnables. les habitants peu ou plutôt pas du tout habitués à voir des phalangs surtout à vélo sont particulièrement accueillants.

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Au soir arrivée dans le village de  Napho. Nous sommes logés dans une guest house, la seule rencontrée depuis le début de la piste. Il y a des Chinois qui sont employés sur un chantier proche. Nos vélos les intriguent.

3 Mars sur la piste 85 km dénivelé 946 m

Au lever du jour nous sommes en route. Il fait bon, il est toujours étonnant de voir tous les matins semblables dans ce pays. Un gros soleil rouge apparaît dans les brumes à l'horizon et se dégage lentement. Avec sa montée la chaleur vient. Nous avons tout loisir de voir la vie de ces contrées reculées s'éveiller. Les familles devant leur petit feu, les enfants en tenue qui se préparent à partir à l'école. Ils sont nombreux à pied ou à vélo. Lorsqu'on passe devant une école un peu avant l'heure, des nuées de bicyclettes s'engouffrent dans la cour. Tous les enfants nous gratifient d'une multitude de hello et de sabady.

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4 Mars Ban Vang au bord du Mékong 75 km dénivelé 946 m

Nous allons terminer cette première partie de piste de 165 kilomètres et retrouver pour une vingtaine de kilomètres le goudron sur une partie que nous avons déjà empruntée. Ça change tout, on a l'impression d'avoir un moteur. Nous faisons une halte dans la ville de Xanakham, où nous visitons un temple. Que les moines sont paisibles et sereins. l'un d'eux nous donne du pain qui ressemble à de la brioche. il est très bon, et puis il faut dire que nous n'en mangeons pas souvent au Laos. Puis nous reprenons la piste le long du Mékong pour Ban Vang, lieu de notre première nuit sur la piste. En route nous rencontrons Jim, parti à vélo de Hollande en mars 2015. Il nous raconte ses péripéties à travers la multitude de pays traversés dont l'Iran et un certain nombre d'ex-républiques soviétiques. Ces cyclos au très long cours sont vraiment dans un autre monde. Et il n'est pas au bout de son voyage, il compte accrocher encore à sa panoplie une autre multitude de contrées. Pour le moment son souci c'est de rejoindre Vientiane afin de compléter son matériel. En effet, pour la première fois depuis un an il s'est fait voler un sac à Luang Prabang, et il s'agit de toutes ses pièces de rechange. Pour lui c'est vital, car il a déjà 19 000 kilomètres au compteur, et un certain nombre de pannes et de défaillances de matériel. Nous lui indiquons le Mac Guiver français Willy, en espérant qu'il fera les mêmes miracles que pour nous.  

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fin de piste provisoire, on va pouvoir enlever les masques à poussière

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Jim, le cyclo-globe-trotter

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5 mars Ban Vang à Nakang 89 km dénivelé 566 m

La piste que nous allons prendre s'étire sur 120 kilomètres, tout d'abord plein nord, puis elle bifurque à l'est après 90 kilomètres pour aller rejoindre l'axe principal Vientiane Vang Vieng. Sur la carte elle n'a pas beaucoup d'allure. Il faut dire que la notre est à l'échelle 1/600 000, et sur le trajet envisagé rien ne semble attirer l’œil. D'autre part aucune indication sur le guide que nous avons pourtant précis sur le Laos. Pour ce dernier elle n'existe tout simplement pas. De plus je ne connais aucun cycliste qui se soit intéressé à ce chemin. Ne va-t-on pas trouver le temps long sur une piste qui attire aussi peu l'attention? Eh bien non! Quelle ne va pas être notre surprise de découvrir l'un ds paysages les plus extraordinaires que nous ayons jamais vus l'un et l'autre. Pourtant les montagnes de la terre on les a chacun parcourues, des Alpes aux Andes en passant par l’Himalaya. Que les guides ne donnent aucune indication sur cette itinéraire semble un mystère. mais peut-être que le manque d'infrastructure pour accueillir les touristes en est la cause. En effet, c'est feee à tous les repas et parfois il faut chercher pour trouver. Les mots sont durs à trouver pour décrire je vous laisse admirer.

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6 mars Nakang à Na Nam 85 km dénivelé 872 m

Hier soir ça a été un peu compliqué pour trouver une feee, mais on y est arrivé. Un Laotien accompagné de son fils ou petit frère nous a accompagnés à vélo dans la nuit. Le gamin voulait monter sur mon porte-bagages. Je l'aurais bien pris mais il faisait au moins trente kilos et avec les nombreux trous de la piste je ne sais pas s'il aurait résisté. Du coup il est monté avec l'autre Laotien, leurs vélos sont prévus pour cela. En effet, à la place de la selle il y a une banquette où l'on tient sans problème à deux.

Comme chaque matin départ aux aurores. Encore quelques kilomètres nous gratifient d'un spectacle dantesque.

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Puis nous revenons sur un terrain plus classique. Et après une centaine de kilomètres de piste depuis hier matin, nous retrouvons le goudron. Rapidement nous atteignons la grande route Vientiane Vang Vieng. Il y règne un trafic important. Nous la suivons une vingtaine de kilomètres, puis nous bifurquons plein est vers le grand lac de An Nam Ngum.

A midi arrêt feee, elle est pas mal et mérite de figurer sur le guide des feee.

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Au bord de cet immense réservoir artificiel nous trouvons un logement étonnant et très joli, qui domine les quelques 1000 kilomètres carrés du plan d'eau. Le cadre est charmant, mais les Laotiens aiment le bruit, et les sonos plus qu'à fond la caisse ça ne les gène pas. Comment font-ils pour résister dans un tel boucan!

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7 mars  Keun distance 33 km dénivelé 312 m

Aujourd'hui, très petite étape. En effet, nous ne voulons pas arriver à Vientiane avant après-demain 9. Nous sommes partis ce matin à 9 heures par une route en bon état. Nous avons fait quelques arrêts dans des temples.

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Ce soir nous avons mangé différemment. De la viande grillée sur un plat métallique reposant sur un feu de charbon de bois, le tout accompagné de bonnes herbes et de sauces onctueuses. Puis pour le dessert nous nous sommes acheté une mangue bien mûre comme on n'en trouve pas en France, un bon vrai gros régal!

Demain nous ferons une étape de l'ordre de 90 kilomètres pour aller dormir dans un temple au bord du Mékong. Le 9 mars il ne nous restera plus qu'une quarantaine de kilomètres et alors notre périple laotien prendra fin. 

 

 

29 février et 1 mars

Arrivés à 9 h du matin le 29, nous passons deux jours à Vang Vieng. Notre hôtel est agréable beaucoup moins rustique que  ce que nous avons connu jusqu'ici à part Vientiane. Cependant il n'est pas très cher comparativement aux prix occidentaux. Notre grande chambre à deux lits 20 euros. Nous mangeons aussi beaucoup plus comme ordinairement en France. Dans ces villes très touristiques les aliments sont adaptés à la clientèle, donc pas de feee avec une rafale d'herbes en accompagnement. Nous alimenter durant ces deux jours de façon plus dans nos habitudes nous fait du bien.

Ce matin du premier nous sommes allés faire à vélo une balade de 30 kilomètres sans nos sacoches. Le panorama était magnifique. Les Occidentaux  ainsi que les Chinois allaient tous au même endroit le Blue Lagoon,qu'ils soient à pied, à vélo, à mobylette, en buggy ou autrement. Après 5 kilomètres de route nous avons pris à gauche un chemin de terre, laissant à droite le Blue Lagoon, et à nouveau nous fûmes seuls toute la matinée dans un décor fantastique. Une petite piste qui serpentait entre rizières asséchées, bananeraies, forêt dense et dominé de grands rochers aux formes caractéristiques du sud-est asiatique.

La tombée de la nuit sur la ville de Vang Vieng est spectaculaire.

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Nous sommes le 29 février et nous venons d'arriver à Vang Vieng après une très courte étape de 23 km que nous avons parcourue de 8 à 9h du matin à un rythme rapide, une heure seulement ça change des journées sur le vélo.

Je vais vous relater les jours derniers depuis le 24 février, jour où nous avons quitté Vientiane pour un tour en dehors des zones touristiques. Tellement en dehors, que jusqu'à hier lors de notre retour sur l'axe Vientiane Vang Vieng, les deux seuls Occidentaux que nous avons croisés étaient des ingénieurs des mines accompagnés de force gardes du corps équipés de kalachnikovs. Nous avons plongé dans Tintin au pays des soviets ou dans la Chine à la grande époque de Mao. Nos projets une fois de plus ont été contrariés non par une panne mais par l'inspecteur Lee, qui en plein milieu des montagnes après une journée de 93 kilomètres et 2515 mètres de dénivelé sur des routes où ils n'ont pas encore inventé l'épingle à cheveux, conséquence des pourcentages affolants toujours au-dessus de 12% et souvent plus de 15. Mon altimètre prenait un mètre par tour de pédale ou presque. Donc après cette journée dans un bled lugubre du nom de Anouvong dans le froid des brumes, l'inspecteur Lee nous annonça:  very very sorry, but it's impossible for you to go ahead on this road, too dangerous. Devant notre mine surprise he told us: I call my boss and then told again: Very very sorry sorry, my boss confirms you must go back for your security. Bon ben vlà, le nord ça devient dur pour nous. Je vais vous raconter cela plus loin dans le détail, car manifestement nous avons été vendus, et après réflexion nous avons identifié les mouchards potentiels.

Je mets une carte montrant cet itinéraire de Vientiane à Vang Vieng:

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Voilà le détail de  la période du 24 février au 29 inclus, c’est à dire 6 jours. Une fois de plus les impondérables nous ont rattrapés.

 

24 février Vientiane à Thoay Noy 118 km dénivelé 163 m


Nous avons quitté Vientiane à 6h30 en suivant le Mékong vers l’est. Très vite le goudron a cédé la place à la piste. Parfois minuscule au plus près du fleuve, je me demandais même si ne nous étions pas trompés. Nous avons passé une multitude de temples, parfois nous nous arrêtions pour les visiter. L’accueil était toujours excellent aussi bien par les bonzes que par les personnes qui y travaillaient.
Tout au long du chemin les enfants font de grands signes et les sabady fusent par dizaines.

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Après une cinquantaine de kilomètres nous avons fait halte dans le village de Maknao, et mangé une bonne feee (soupe) puis quelques kilomètres plus loin retour sur le bitume et la circulation. Vers 17heures arrêt dans une guest house en bordure de route. Elle n’était pas très propre, je ne m’étendrai pas sur les détails, mais dans ce pays nous sommes habitués à mieux. Cependant nous avons bien mangé.

25 février Thoay Noy à Long Xan Distance 57 km Dénivelé 916 m
Ce matin départ très tôt. Après une dizaine de kilomètres sur la grande route, nous mettons le cap au nord par une piste. Nous allons traverser un parc naturel qui paraît-il regorge d’animaux sauvages, léopards, éléphants, ours et même de oupiphères ! Mais voilà nous ne verrons rien de tout cela. Cependant des monstres en fer nous en avons entendu gronder de nombreux, mais ceux-là étaient à roues avec beaucoup d’essieux. En effet, la piste est en réfection, sans doute en vue d’un goudronnage prochain.

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Mais les pourcentages sont terribles, ils ne connaissent pas le virage, il faut toujours que la chaussée parte droit dans la pente. Nous avons retrouvé le goudron et vers midi nous avons fait halte dans la petite bourgade de Long Xan, complètement ignorée du tourisme. Guest house agréable, petite rivière en contre-bas. Des gamins et gamines s’y baignent et y pêchent avec des petites épuisettes triangulaires sans manche. Les poissons attrapés ne dépassent pas quelques centimètres. Des petits enfants seuls de trois quatre ans maximum se laissent entraîner par le courant en rigolant. Certes il n’y a pas beaucoup de fond, mais en France on ne verrait jamais des enfants de cet âge seuls au milieu de la rivière entraînés par l’eau.
Joli petit marché, où l’on trouve de nombreux fruits très bons, mandarines, bananes, mangues. Ces dernières bien mûres et délicieuses. Il y avait aussi de jolis étals de poissons.

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26 février Long Xan à Anouvong
93 km 2515 m de dénivelé


Cette étape va être terrible, nous nous en doutons un peu, car le Laos ce n'est qu'une succession de bosses et de trous, mais toujours de belle ampleur et pour économiser la longueur des routes ils préfèrent ignorer le virage, donc souvent un peu azimut brutal!

Les 25 premiers kilomètres jusqu'à Xiang Mi se passent au mieux, sur une route en assez bon état, des pentes qui ne sont pas excessives, jusqu’à 10%, vraiment rien qui ne mériterait le déclenchement d'une grève par le syndicat des transporteurs de gros baluchons à vélo. Ensuite bien que la route soit toujours acceptable, les villages ont disparu et la chaleur elle a fait son apparition. Et au milieu de nulle part à l'entrée d'un lieu regroupant trois baraques en mauvais état, un policier assis sur le bord de la route nous arrête et nous demande nos passeports. Il note tout cela consciencieusement sur un grand registre et nous laisse continuer notre chemin. Nous avons faim, mais manifestement ces quelques maisons en planche nous laissent peu d'espoir. Cependant l'une d'elle vend quelques victuailles en sac genre petits sachets de chips, mais très petits. En effet, Gérard dans l'un d'eux n'en comptera que 6. Pour des galériens de la côte, de la poussière et de la chaleur c'est pas top pas cool. Mais nous constatons que la tenancière vend des œufs. A grands renforts de gestes nous lui faisons comprendre que nous mangerions bien une omelette, mais elle ne fait pas restaurant. Je ne sais pas si nos mines déconfites lui ont fait pitié, elle va chercher une gamelle et nous demande combien nous voulons d’œufs dans notre omelette. C'est gagné. Son mari va chercher une table basse et nous voilà installés. de plus elle nous apporte une platée de riz et des herbes bouillies, goût un peu particulier, mais ce n'est pas le moment de faire les difficiles. Nous payons une somme dérisoire et nous répandons en grands remerciements.

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Voilà cette gentille famille qui nous a fait à manger

Heureusement que nous avons pu faire un repas consistant, car le suite va nous conduire presque sur la lune.

Vers 14 heures nous rejoignons ce que la carte annonce comme une route principale. On la pense en fond de la vallée, notre carte au1/ 600 000 ne nous permet pas de bien percevoir les dénivelés. Manifestement de vallée il n'en est pas question. On se sent un peu fatigué, dans un village pour le moins très pauvre nous voudrions bien faire étape. Les seuls logements disponibles sont dans un état pas très reluisant et ils n'ont pas d'eau. On ne se sent pas encore l'âme de passer une nuit au goulag. Certes ce n'est pas beaucoup un après-midi et une nuit, mais nous reprenons notre courage à deux mains sur le guidon et deux pieds sur les pédales et sans le savoir nous lançons dans un enfer de dénivelé. Sur 17 kilomètres les parties à moins de 8 à 10 % nous sembleront en descente. Le brouillard commence à tomber et la nuit suit de près. Au crépuscule nous arrivons dans cette petite ville de Anouvong. Étonnamment, les gens ne sont plus aussi accueillants et souriants, certains montreraient même une attitude réservée à la limite de l'hostilité. Nous trouvons une guest house à l'entrée de cette agglomération juste devant un pont qui ne sert à rien, les véhicules passant à côté sur un vieil ouvrage en bois. Dans cet hôtel il fait froid et humide, pourtant la température est de 16 degrés, mais la fatigue couplée au grand écart de température de la journée nous donne cette sensation de froid, j'ai les doigts gourds. Une douche rapide dans une salle de bain presque en plein air nous motive à accélérer le mouvement. Nous nous jetons sur le lit et il fait si froid que nous sortons nos sacs de couchage afin de nous réchauffer.

C'est là que se situe l'épisode du fameux commissaire Lee.

Toc à notre porte. Je vois l'hôtelier entrer avec une silhouette qui se découpe derrière lui. Dans son anglais inexistant, il bredouille police. Il s'écarte et se présent à nous un homme jeune: I am police officer Lee. Un peu embarrassé il hésite sur la manière de nous aborder. Tout en restant couchés dans nos sacs nous lui faisons signe de s'approcher. Il s'approche et s'agenouille à l'arrière du lit sur lequel nous sommes couchés à l'envers, pour pouvoir bénéficier au moins mal de la lumière faible.Il commence à tourner autour du pot, et nous demande chacun notre tour nos passeports. Puis il nous demande où nous comptons aller demain. Je lui montre sur la carte l'itinéraire prévu et là il hoche la tête d'un  air navré et se lance dans sa fameuse tirade: Sorry very sorry but it's not possible for you to go ahead. Puis devant nos mines la séquence du boss confirmant le refus pour cause de sécurité. D'abord il est question de réparations de route dangereuse pour les cyclistes, puis d'insécurité pour les touristes, deux auraient été tués la semaine dernière, il s'agirait de Chinois. Il est vrai que nous sommes dans une zone contrôlée, des minorités y habitent qui ne seraient pas toujours d'accord avec le gouvernement. Cela me remet en mémoire que j'avais lu quelque chose à ce sujet. C'est vraiment dommage car nous devions passer juste au pied du plus haut sommet du pays qui culmine à plus de 2800 mètres. Mais nous n'allons jouer avec l'inspecteur Lee, car les perdants nous les connaissons. En effet, il ne faut pas oublier que chaque fois que flotte le drapeau laotien lui est associé un second rouge qui représente le marteau et la faucille de la grande époque. C'est assez dissuasif d'essayer de ne pas tenir compte des injonctions de la police, même si elle se dit very very sorry. L'entretien est terminé l'inspecteur Lee nous laisse son numéro de téléphone et nous dit de ne pas hésiter à l'appeler en cas de besoin.

Une fois notre commissaire Lee parti, nous réalisons que notre programme une fois de plus tombe à l'eau. Le demi-tour engage un changement majeur. Heureusement nous n'aurons pas à faire demi-tour sur les 140 kilomètres qui nous reconduiraient sur le Mékong. Une alternative se présente, il est possible de rejoindre le village de Natou au bord d'un lac de barrage et de prendre un bateau qui nous conduira 25 kilomètres plus loin à un chemin qui mènera sur l'axe Vientiane Vang Vieng.

Pour le moment partons manger, nous aviserons plus tard. Cette ville est triste et hostile. Différents restaurants où il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent font la compétition du plus gros raffut en mettant de la musique genre pop à fond. C'est extrêmement désagréable une telle cacophonie (je dirais bien cacaphonie). Nous en choisissons un et demandons à la jeune fille d'une douzaine d'années qui tient lieu de DJ de baisser le volume. Elle nous regarde d'un air hostile, la demande lui semblant inopportune. Cependant elle y consent en réduisant faiblement le son. Mais un consommateur vient lui faire la remarque que ce n'est plus assez fort, et c'est reparti. On a beau être dans un pays bien communiste, le capitalisme on s'en imprègne par ses côtés les plus tarés, c'est la mondialisation. On se contentera de parler plus fort pour tenter de nous comprendre. Puis après cette expérience, nous rentrons nous coucher. Cette ville que nous ne traverserons même pas, du fait de l'interdiction qui nous a été signifiée ne nous laissera pas un bon souvenir, contrairement à tout ce que nous avons connu dans ce pays.

 

27 février  de Anouvong à Natou40 km 606 m de dénivelé

La nuit s'est assez bien passée bien emmitouflés dans nos sacs de couchage. Il nous faut donc rebrousser chemin. Nous constatons facilement qu'ils ont mis un Dupont pour voir ce que nous allons faire. Nous ne lui avons pas demandé si c'était un Dupont ou un Dupond comme dans Tintin. Mais il nous regardait de la même manière les yeux au ras du dossier du divan, nous fixant avec attention afin de bien rendre compte de nos faits et gestes. Ne pas trop rigoler non plus on ne sait jamais. Une fois nos sacoches bouclées, au lieu de partir directement par la gauche comme cela nous a été ordonné, comme il nous faut faire quelques provisions en particulier d'eau nous tournons à droite vers la ville et la zone interdite.  Le téléphone doit chauffer dur. Nous nous demandons si nous allons atteindre le premier point de vente d'eau avant de nous faire intercepter par les sbires de notre ami l'inspecteur Lee. Heureusement nous ne faisons que deux cents mètres. Rien ne se passe et nous prenons alors sagement le chemin imposé. Dans un petit matin brumeux et tristounet nous nous mettons en route. Mais je sais de mon expérience de la traversée du Laos, que dans le nord la brume cède la place au soleil vers les 10 heures et qu'on la regrette, car elle génère des conditions de température beaucoup plus adaptées au cycliste que le soleil et ses rayons sans pitié.

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Nous nous rendons compte, s'il en était besoin, que le chemin de la veille était vraiment difficile. Les 25 premiers kilomètres nous les connaissons, puis nous prenons une piste qui nous conduit à Natou, village disparu au bord d'un grand lac de barrage. L'inspecteur Lee nous avait dit que le bateau partait à 10 heures. Ne pensant pas pouvoir le prendre à temps, nous ne nous dépêchons pas et arrivons à l’embarcadère à midi.

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Là nous apprenons que le bateau est parti à 11h30 . Grrr l'inspecteur Lee. Nous avons pratiquement 24 heures devant nous à méditer au bord du lac. Cela va me donner l'occasion d'utiliser la canne à pêche que je transporte depuis mille kilomètres, mais ce sera sans beaucoup de succès, un seul petit poisson va venir donner un coup de dent dans ma cuiller.

Nous nous installons pour bivouaquer au bord du lac et la patronne de l'embarcadère va nous faire de bonnes feee.

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Dans le fond cette expérience à méditer au bout du monde est pour le moins intéressante. C'est là qu'à deux reprises au cours des 24 heures nous allons voir arriver un ingénieur occidental escorté de gardes armés et partir sur un hors-bord pour rejoindre l'autre rive. Nous discuterons avec le second qui est britannique. Il nous parlera du Brexit qui devrait être soumis au vote à court terme.

28 février Natou Houayamor 1h30 de baeau 26 km et 400 m de dénivelé à vélo

 La nuit s'est bien passée. Les coqs et autres animaux en particulier les chiens ont fait des vocalises dès 3 ou 4 heures du matin. Tranquillement nous nous sommes levés vers 7 heures. Comme des poissons faisaient des bons juste à côté de nos tentes, j'ai une nouvelle fois tenté ma chance, une fois de plus sans succès. Nous avons attendu l'heure du départ au débarcadère. L'ingénieur anglais en attente de son hors-bord nous a permis d'improve our english, car notre laotien c'est dur dur et encore plus dur, même si Gérard a quelques mots de vocabulaire. Mais ils semblent parler du fond de la gorge sans articuler.

Vers 10 heures une première mobylette est arrivée, on commençait à se demander si le dimanche le patron "traverseur" faisait campo. A priori non. Vers 10 heures 30 ça a commencé à se précipiter, mobylettes, personnes arrivées en véhicule et en finale un petit transport en commun a déversé sa petite foule. Nous nous sommes retrouvés une vingtaine dont sept mobylettes, une moto et deux vélos. A 11heures trente le top départ est donné.

Une heure trente de traversée, puis arrivée dans une petite baie sur un embarcadère semblable à celui de départ. Il est 1h30 de l'après-midi, nous avons faim. Tous les Laotiens disparaissent aussitôt débarqués. Nous restons seulement, nous les deux phalangs. La patronne du lieu nous concocte une feee, pas terrible et au véritable goût de feu.  Comme on a très faim on la mange, mais c'est limite.

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Puis nous partons pour 26 kilomètres, la première moitié piste et la seconde route, très agréable.

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Nous nous arrêtons une fois la grande route Vientiane Vang Vieng atteinte. L'ambiance n'est plus du tout la même entre le Laos profond et les axes de passage du tourisme. Nous n'allons pas y rester très longtemps. Demain nous rejoindrons Vang Vieng, où nous passerons deux nuits. Puis nous reprendrons l'axe touristique en direction de Luang Prabang sur une cinquantaine de kilomètres, puis nous mettrons le cap plein sud par des pistes ignorées en direction du Mékong  sur environ cent cinquante kilomètres, puis nous changerons de vallée et nous remonterons par une autre piste d'une centaine de kilomètres pour couper l'axe Vientiane Vang Vieng. Alors nous longerons au plus près le grand lac de An Nam Gun. Une fois au bord sud du lac, une soixantaine de kilomètres nous mèneront au terme de notre escapade laotienne. Il sera alors temps de rentrer en France. Notre avion se posera le 11 mars à Roissy. il sera temps, car la pêche à la truite ouvre le douze!!

 

 

 

 

 

En prévision du 24 février

Il est 22H30, nous sommes prêts pour un départ matinal demain. Pour les 14 jours qu'il nous reste nous allons faire une boucle à partir de Vientiane que j'évalue approximativement autour des 800 km, en partie route en partie piste. Nous quitterons Vientiane vers l'est en longeant le Mékong sur une centaine de kilomètres par une piste facile, que je connais pour l'avoir parcourue en 2013. Puis nous partirons plein nord par une piste en direction de le plaine des jarres quelques centaines de kilomètres plus au nord. Ensuite nous irons plein ouest par une route et redescendrons sur Vien Vieng. De là nous prendrons des petites routes et pistes pour rentrer sur la capitale.

 

22 février

Notre retour sur Vientiane s'est poursuivi. Nous avons pris place dans un bus plus grand que celui de la veille. Le monde s"y est entassé jusqu'à plus que saturation, tous les strapontins utilisés, et les bagages un peu beaucoup partout sur le toit et sous les sièges et dans la travée centrale. Et puis une fois tout ce monde bien bourré le bus est parti. Il s'est arrêté un kilomètre plus loin et trois autres personnes avec gros bagages ont réussi à monter, mystère de la compression de la chair humaine. 9 heures de trajet au cours desquelles nous avons vu défiler la route que nous avions faite en sens inverse en 4 jours et  400 kilomètres.

Nous avons traversé le Mékong sur un bac à la mesure du bus, toujours à côté du pont en construction. Cela s'est déroulé rapidement dans un  embouteillage, qui n'était qu'apparent sur le chemin de terre poussiéreux en pente qui conduisait à la berge.

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On peut voir nos vélos

La zone karstique de 40 kilomètres qui avait essayé de nous garder prisonnier à l'aide de ces raidillons multiples infernaux et brûlants, a cette fois encore tenter sa chance. Mais c'était compter sans l'agilité du chauffeur. En effet il y avait un accident heureusement sans blessé, un énorme camion avait serré de très prêt un plus petit et les deux immobile bouchaient totalement la circulation. Un espace pour le moins minuscule sur la droite en bordure de précipice entièrement hors chaussée ôtait tout espoir de passer. Mais ce n'était qu'une appréciation de Phalang. Lui le chauffeur à quelques centimètres s'est faufilé avec parfois quelques secousses, qui m'ont fait regarder les trois Laotiens que je recevrais sur la figure au cas où nous basculerions.

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Danièle tu aurais adoré les roues à la limite du ravin avec des petites secousses laissant imaginer que les dernières mottes de terre cèdent avant la bascule

Une fois arrivés à Vientiane nous avons retrouvé notre hôtel.

23 février

Départ à 8h30 destination le réparateur de vélo que je connais depuis trois ans, lorsque j'avais eu une défaillance d'axe de pédalier. Très vite nous constatons que contrairement à ma panne d'il y a trois ans, celle actuelle de Gérard le laisse complètement mais alors complètement perplexe.Notre affaire semble assez mal embringuée. D'abord dans ce magasin ils ne parlent pas un traître mot d'une quelconque langue à par le laotien. Mais le patron nous murmure Willy, nous comprenons tous les deux Billy. Aucun rapport avec "kill Bill". mais cela me dit quelque chose. Il s'agit d'un Français qui répare les vélos et ont j'ai déjà entendu parler. j'avais même cherché son magasin il y a trois ans mais ne l'avais pas trouvé. Donc notre patron de magasin nous montre l'emplacement du magasin de Willy sur la carte. mais comme manifestement la lecture de carte ce n'est pas son fort, il nous envoie dans la mauvaise direction. Après avoir cherché en vain on revient le voir et là avec le doigt ils nous montre une destination par dessus les bâtiment. En contournant le patté de maisons et nous scrutons attentivement et miracle nous tombons sur un minuscule magasin, plutôt un couloir encombré de vélos. un homme est entrain de passer la serpillière. Gérard avec quelques hésitations lui demande s'il parle français. il lui répond: à priori oui; Gérard enchaîne: Vous êtes Billy réponse: non Willy.

Très vite le problème est expliqué et compris par Willy qui en dix minutes de différentes opérations de vidange et d'extraction de bulles d'air remet tout en place. Il nous suffira de repasser cet après-midi récupérer des plaquettes arrière en sécurité. mais le vélo devrait tenir pour notre prochain tour d'une douzaine de jours et de quelques 800 km. Il nous a expliqué que l'huile des freins hydrauliques dans des conditions de fortes contraintes que nous avons connues sur les pistes très raides du Nord Laos avait tendance à chauffer et de ce fait perdit ces qualités lubrifiantes, ce qui entraînait les problèmes constatés en particulier pour le frein arrière.

Ouf! ça roule. Visite d'un joli temple

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Bonjour à toutes et tous et un grand merci à ceux qui nous ont mis un petit mot et aussi aux autres qui prennent la peine de nous suivre. En effet, on ne part pas un mois sans sa famille sans un gros pincement au cœur et un lourd nœud à l'estomac, donc des petits signes ça fait du bien.

21 février

Ce matin nous avons mis nos vélos dans le bus et sommes retournés à Sayanabouly, et demain 22 nous irons jusqu'à Vientiane. On espère bien pouvoir trouver de quoi réparer les freins hydrauliques de Gérard.

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Pour le moment c'est tourisme forcé. Effectivement ça change de prendre son temps et de ne pas être le nez dans le guidon sur la piste ou le bitume du lever du jour à la tombée de la nuit.

Visite de monastère

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Tu as vu Danièle je commençais à perdre ma petite bedaine. On espère réparer assez vite et on a programmé un tour de 800 km approximativement à partir de Vientiane jusqu'à la plaine des jarres. 

 

 

 Et puis il y avait la fête de l'éléphant qui se terminait.

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Faire monter les éléphants dans un camion opération délicate, manifestement ils n'aiment pas ça du tout

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Et aussi une fête un peu à la mode père fouettard des Vosges, grosse frénésie de la part des enfants, tout cela dans une ambiance de foule dense et nonchalante qui fuit en criant de temps en temps lorsque les pères fouettards les chargent sans agressivité, après avoir été nargués en cadence de plus en plus sonores par de longues files d'enfants, mais ils sont impressionnants avec leur grosse tête rouge et leurs grandes dents dans tous les sens.

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Nouvelles des 4 derniers jours

Mercredi 17 

Repos à Luang Prabang, visite de temples 

Jeudi 18 Vendredi 19 et Samedi 20 de Luang Prabang à Hongsa 123 km de piste et 10 km de route 4240 m de dénivelé

Trois jours hors du monde sur une piste qui traverse les forêts impénétrables du Laos. Les côtes sont toujours supérieures à 15% et bien souvent supérieures à 20 ou 25%. Donc de longues séances de poussage dans une terre glissante pour les chaussures de vélo. Mais l'ambiance était tellement extraordinaire que je ne peux pas dire que j'ai trouvé le temps long. Le premier jour nous avons fait 45 km et 1140 m de dénivelé. Arrêt dans un village perdu avons dormi chez un garde forestier qui parlait quelques mots d'anglais. Les conditions de vie dans ces villages sont très rustiques. Tout le monde descend se laver à la rivière.

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Le deuxième jour départ très matinal juste au lever du jour vers 6h30

52 km et 2060 m de dénivelé. Journée entière à essayer de rouler et bien souvent à pousser dans des pentes à l'infini. Avons croisé trois motards deux Suisses et un accompagnateur. Avons discuté une dizaine de minutes avec l'un d'eux de Lausanne. Arrêt le soir dans un village encore une fois perdu nulle part. Avons dormi dans une petite construction à même la route ouverte aux quatre vents. Encore une fois toilette à la rivière. Avons cependant bien mangé, deux bonnes soupes.

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Troisième jours 25 km de pistes et 1040 m de dénivelé, puis 10 km de route. Sur le goudron on se surprend à rouler vite sans effort comparativement à la piste, même les côtes semblent faciles.

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Nos tentes sur notre lieu de bivouac

On a été contrôlé alors que nous venions de nous coucher, on nous a demandé nos passeports, comment nous étions arrivés ici, et le maire ou le policier municipal qui nous interrogeait notait tout sur un cahier rouge. On se serait cru en Chine au temps de Mao! Mais là cette séance s'est bien terminée, car ils nous a serré la main et est parti se coucher.

Ce soir hôtel à Hongsa qui se trouve plein ouest de Luang Prabang

Le vélo de Gérard a un problème de frein, sans doute dû à la difficulté de la piste de ces trois jours, qui a sérieusement sollicité le matériel, et pas que le matériel. Demain nous essayons de prendre un bus pour retourner à Vientiane, car au Laos à part la capitale aucun espoir de trouver du matériel de vélo.

Mardi 16 février 5 ième étape

Sayabouli  à Luang Prabang 116 km 1477 m de dénivelé

Départ à 6h50. Comme je l'avais déjà expérimenté au Laos, pas moyen de se faire préparer quelque chose de consistant le matin. Sur notre camping-gaz une petite gamelle de thé est vite chauffée, on mange avec une demi-minuscule brioche au goût étrange, et c'est parti. C'est donc la faim au ventre que je me mets en route. A vélo ce n'est jamais très bon d'avoir faim avant de commencer. Gérard ne semble pas avoir ce problème. La ville est calme.  Une échoppe ouverte, nous achetons trois litres d'eau chacun, mais à manger nous ne trouvons rien. Les trente premiers kilomètres c'est avec des "gri-gri" dans l'estomac que je les parcours.

La brume est très présente. La vie s'éveille, en particulier les écoliers sont nombreux sur le bord de la route, prenant le chemin de l'école, à pied ou à vélo.

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Nous traversons le Mékong et nous retrouvons sur sa rive est. Cette fois le pont est construit. Un petit étal sur le bord de la route, on achète des bananes, enfin de quoi se remplir le ventre. Après quarante kilomètres, nous quittons la route et entrons sur la piste qui va suivre le Mékong jusqu'à Luang Prabang.

Tout de suite l'ambiance change. Nous commençons par traverser de belles rizières et de grandes bananeraies.

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Un premier village est atteint. Rien à acheter, et la piste va se poursuivre de nombreux  kilomètres. Le paradoxe, même pas une banane, alors que nous sommes entourés de dizaines d'hectares de bananeraies. Nous faisons une erreur et notre piste monte très sec dans la montagne. Je termine un raidillon à pied. On aperçoit le Mékong loin au fond de la vallée. Marrant pour une piste censée le suivre. Nous redescendons et prenons le bon embranchement. Nous ne rencontrons jamais la moindre indication. Cependant avec un peu de réflexion nous aurions dû éviter cette erreur.

La piste se trouve à une cinquantaine de mètres au-dessus du fleuve et va de bosse en bosse. Quelques véhicules et mobylettes passent encore, donc nous ne sommes pas dans une impasse. La faim commence à être très présente. Dans un groupe de maisons je demande "kin kao" et miracle la femme à laquelle je m'adresse me montre du doigt la baraque juste au-dessus. Nous nous attablons et la patronne du lieu nous prépare une super feee accompagnée d'une gigantesque corbeille de riz bien gluant. Le chien au début très irrité de notre intrusion, devient vite notre copain et ne demande que des gros gratouilis.

Après ce super repas nous regardons un peu dubitatif le thermomètre. Il affiche plus de 41 degrés. Que faire à part se remettre en selle dans ce coin un peu pour le moins désolé. Donc, en avant et c'est reparti par bosses et creux. Mais nous souffrons moins que les jours précédents. Il y a même de jolies portions plates bien roulantes. Dans ces moments l'air relatif généré par la vitesse nous donne une illusion de fraîcheur, mais comme tout est dans la tête et le moral, tout va bien.

Nous avançons bien et les points de vue sur le fleuve sont magnifiques. Son cours est encore et toujours constellé de milliers de bancs de rochers. Rêveur je regarde en pensant à tous les poissons qui s'y cachent tapis dans cette eau terreuse et sombre. Le Mékong et l'un des plus importants écosystèmes d'eau douce de la planète, et les variétés de poissons qu'il recèle sont légion. Et de plus certains peuvent atteindre plusieurs centaines de kilogrammes. Stop au rêve, il fait très chaud, les bosses nombreuses et parfois assassines et les kilomètres eux-aussi sont légion!

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A 25 kilomètres de Luang Prabang nous croisons nos premiers Phalangs à mobylette (Occidentaux) depuis 5 jours, bien entendu mis à part le Martien à deux roues au regard perdu dans un autre monde dont je vous ai déjà parlé. Nos congénères les Phalangs se reconnaissent tout de suite sur leur engin à moteur, car ils sont les seuls ou presque à porter des casques, et puis ils sont les quatre membres bien blancs exposés au soleil, à mon sens pure folie, quand on voit comme ça cogne, mais à chacun ses choix.

A 20 km du but nous retrouvons le goudron et c'est à un rythme efféné que nous entreprenons une course de vitesse contre la nuit qui tombe d'un coup vers les 18h30. Une dernière côre bien raide et bien longue nous conduit au point de départ d'une descente de 5 kilomètres qui nous ouvre les portes de la ville.

Bonjour tout le monde, nous venons de passer 4 jours dans le Laos profond, de phalangs (occidentaux) point. On en a vu un seul, un peu hirsute tout seul et sur un vélo un peu bizarre plus très propre mais il avait l'air épanoui et son regard rayonnait le bonheur dans la chaleur et la poussière, mais pas très causant nous nous sommes seulement croisés. lui n'était plus qu'à une centaine de kilomètres de Vientiane et il savait que son bonheur allait prendre fin avec un retour à la civilisation, où à chaque repas il serait sûr de trouver facilement quelque chose et non plus  quémander au hasard de la route un bol de  kao ou feee (accentuer le premier e et laisser ensuite traîner la voix en douceur). je vous expliquerez ce que c'est.

Donc nos 4 premiers jours de route prennent fin. 383 km et 3766 m de dénivelé. Le matin vers 6 heures tout va bien et puis le soleil apparaissant, la chaleur comme une marée irrémédiable s'amplifie et submerge tout, pour aller culminer vers les 35 degrés. Malgré les chapeaux qui ont remplacé les casques, les efforts surtout en côte deviennent assez difficiles, et puis de l'ombre ça n'existe pas. Tout les 5 ou 10 kilomètres un buisson ou une touffe de bambous plus  élevés et on marque un arrêt éphémère histoire de faire tomber le rythme cardiaque et aussi le flot de transpiration qui dégouline. Mais les bêtes tiennent, et nous avons sans doute le même regard illuminé que le Martien à deux roues croisé le premier jour.

Je vais vous décrire un peu plus dans le détail ces quatre journées.

12 février Vientiane à Vang 110 km et 529 m de dénivelé

Départ vers les 8h30 de Vientiane d devant l'hôtel.

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Nous sommes partis plein ouest en longeant le Mékong sur une piste qui domine le fleuve. Après 6 kilomètres retour sur le goudron. Très vite la circulation s'évanouit. Après une quinzaine de kilomètres la route est à nous. Les conditions sont bonnes, cela veut dire pas de vent adverse et ds côtes modérées. Des vues superbes sur le Mékong, fleuve secret constellé de myriades d'îles.

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 Vers les 16 heures, nous demandons sans trop d'illusion à un homme s'il y a un lieu pour dormir afin de prendre une douche et si possible éviter la touffeur de la tente. Pendant qu'il nous explique comment rejoindre une Guest House son épouse nous offre à chacun un grand verre d'eau fraîche. un bonheur!

Nous y arrivons rapidement. c'est spartiate mais à l'abri de la grosse chaleur, et nous aurons droit à une superbe platée de riz pilaf assaisonnée d'une multitude d'herbes odoriférante. Tout va pour le mieux.

13 février Ban Vang Paklay 103 km 1560 m de dénivelé

Départ très matinal mais nous aurons droit à un café. La route prend fin à 200 mètres et la piste commence. Elle suit le Mékong mais passe sur de nombreuses petites bosses, dur pour les mollets mais le panorama embrasse le fleuve sur son immensité.

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Vers 9 heures notre première feee (soupe) dans un petit établissement perché sur une hauteur d'où le Mékong apparaît toujours plus mystérieux.

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 Tout en dégustant notre première feee nous regardons cette eau qui coule tout autour de ces innombrables rochers. L'ambiance est d'autant plus étrange qu'une brume à l'opacité aléatoire danse devant nous. Mais la fee avec sa belle assiette de salades aux goûts multiples est absolument délicieuse. Elle se compose d'une bouillon bien relevé, d'une bonne quantité de pâtes de riz, de boulettes de viandes et toujours cette incroyable palette d'herbes aux goûts prononcés.

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Puis nous reprenons la piste, qui parfois prend des allures de route de montagne, pas jamais sur de grandes distances.

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Après 34 kilomètres la piste prend fin, mais nous allons la regretter notre piste qui nous offrait quelques belles bosses, mais point trop. Il est midi nous dégustons notre deuxième feu et à 12h30.

 A l'annonce du menu Gérard avec le cri du cœur s'exclame" à non pas de feee". Bon ben c'est très bien mais si pas de feee rien d'autre à manger. Donc ce sera feee pour tout le monde. Une fois de plus elle est excellente.

c'est reparti pour 50 kilomètres pensons nous. Ce sera plus et au milieu d'une zone karstique aux bosses innombrables et incroyablement raides. Toute descente se termine sur un mur bien trop pentu pour le passer en restant sur le vélo. Donc la patience apprise dans l'Atacama va servir. Par succession de 20 double pas je progresse le long de ces rampes , et cela jusqu’à 6 heures du soir, sous un soleil de plomb.  Pour Gérard ça se passe un peu mieux mais à peine, lui aussi pousse son vélo, cependant sans marquer l'arrêt tous les 20 pas.

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Au centre la zone karstique qui nous a mis à dure épreuve

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A 18 heures alors que l'on commençait d'envisager de dormir sur le bord de la route, car cette zone karstique est déserte, la délivrance se concrétise par le Mékong. Le pont marqué sur la carte n'est pas encore fini, loin de là, à peine la moitié est construite. une barque nous fait traverser. En réalité deux pirogues associées sur lesquelles repose une petite plate-forme de planches. Nous montons avec nos deux vélo et une mobylette. Le coût de la traversée 50 centimes d'euro chacun.

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Nous trouvons une superbe guest house, nous sommes seuls et nous avons droit à notre grosse platée de riz. Un jeune d'une dizaine d'années croyant nous faire plaisir met une sono très puissante à plein volume. Nous avons toutes les peines du monde à lui faire comprendre que nous préférons le silence. il finit par baisser le son. Se faire comprendre ans cette langue est mission impossible!

3 ème jour 14 février Paklay Namo  distance 76 km dénivelé 800 m

La journée d'hier a été particulièrement éprouvante. La journée complète dans la chaleur à pousser nos vélo à l'infini dans une chaleur terrible, alors que nos organismes ne sont sans doute pas sortis de leur régime hiver en France. Donc départ tardif, vers les 8 heures et nous n'attaquerons pas par la piste montagneuse prévue. On préfère suivre la route, afin de récupérer et laisser à nos corps le temps d'optimiser la fonctionnement dans une atmosphère brûlante.Démarrer à 8 heures c'est déjà tard pour l'époque et la région, et ça se paye en fin d'après-midi si on ne s'arrête pas avant 13 heures.

Nous roulons jusqu'à 15 heures sous une chaleur terrible encore une fois et pratiquement pas d'ombre. m'arrête quand j'en vois une parcelle, mais elles sont rares et minuscules.

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Vers les 15 heures nous trouvons un gîte pour la nuit. Il est un peu spartiate, l'eau est froide et les wc à la turque nécessitent des acrobaties. Mais n’oublions pas que cela nous coûte l'équivalent de 2,5 euros chacun. 

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Mais par contre pas moyen d'y manger. A la tombée de la nuit nous prenons nos vélos en direction du village le plus proche. Après maintes demandes et maintes réponses contradictoires nous tombons sur un petit estanco bien dans le style laotien. une gentille cuisinière nous ert une fois de plus une "feee" 4 étoiles sur le guide des feee.

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4 ème jour Namo à Sayabouli 90 km 780 m de dénivelé

Lever 6 heures, pliage rapide de nos affaires. on se fait un thé sur le réchaud et à 6 heures 50 nous sommes sur la route. Tôt le matin c'est un régal de rouler. Rapidement du fait du ventre creux une petite fringale nous prend. Arrêt sur le bord de la route et Gérard se mue en sabreur de pastèque.

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On peut aussi acheter des poissons chats ou des petits rongeurs conservés dans le congélateur pour esquimaux, mais la pastèque un café et quelques gâteaux au goût suranné nous suffisent.

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Après cet arrêt intéressant à plus d'un titre nous reprenons notre route. Notre étape de 90 km va se passer sans problème, à part une crevaison pour Gérard, ce qui est rare avec les pneus schalbe. Nos corps commencent à s'habituer et nous souffrons moins, pourvu que cela dure. Quelques belles rencontres en route et une bonne feee.

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11 février

Nous avons passé notre première nuit au Laos. Avec le décalage horaire cette première nuit n'est pas très facile, d'autant plus qu'un chien n'avait pas l'air d'avoir sommeil.

Hier nous avons changé 600 euros et nous avons obtenu plus de 54 millions de kips. Nous sommes millionnaires.

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Nous avons trouvé facilement du gaz, car nous risquons au cours de notre périple de nous retrouver loin de tout sur les pistes montagneuses entre le Mékong et la frontière thaïlandaise.

Quelques photos du temple  magnifique à côté de notre hôtel

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10 février

Le trajet a été assez long, avec une halte de 5 heures à Bangkok. Paris Bangkok , trajet de 10 heures; pour la première fois je voyage en A 380. Cet avion est vraiment gigantesque, et en particulier l'aile est d'une dimension incroyable. Puis sur la dernière partie jusqu'à Vientiane nous avons pris utilisé un Boing 737. Il faisait tout petit.

Arrivée vers 13 heures locales, les démarches pour l'obtention du visa sont vite effectuées. On verse son dû de 30 dollars et le tour est joué. Les vélos n'ont subi aucune casse, c'est toujours un peu l'angoisse quand on ouvre nos emballages. Le remontage a pris une bonne heure Gérard a bataillé avec son porte-bagages et moi avec ma potence pour surélever le guidon.

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Puis nous avons rejoint en quelques kilomètres la capitale et nous sommes installés dans un hôtel pas très loin du Mékong. Nous sommes allés y faire un petit tour. beaucoup de gens s'y promène, pas mal de Laotiens et aussi des touristes occidentaux.

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Puis nous sommes allés manger en bordure de promenade l'incontournable platée de riz accompagnée du non mois contournable poulet rôti. Cependant nous avons agrémenté le tout avec des champignons locaux relevés d'une sauce somptueuse, juste suffisamment pimentée pour que les champignons à la chair ferme s'expriment complètement.

 

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9 février

On vient d'arriver à l'aéroport de Roissy. La grosse galère avec les vélos. hier une fois déposé à la gare de Remiremont par Danièle, premier constat pas de train, donc transporter mon bardoa jusqu'à la gare routière. 3 heures de bus au lieu d'une heure trente de train. Ce matin le tram à Nancy, la navette pour la gare TGV Metz-Nancy, puis l'aéroport  et enfin la délivrance du booking. le poids des bagages mon bagage à mains  14,5kk, mon vélo et sa housse 21,6 kg et mon bagage à maint 5,6 kg plus l'ordi. Je comprends pourquoi je trouvais dur de marcher avec tout ce barda sur le dos. Super sympa les hôtesse d'air thaï, bien que nous dépassions tous les deux les poids autorisés elles nous ont laissé passer. Gérard le vélo: 14,5 kg et le bagage à main 19 kg. dire qu'on va trimbaler tout cela sur les pistes? mais comme d'hab ça devrait faire.

 

Un mois au nord Laos à vélo

Avec Gérard nous partons pour un mois à vélo sur les pistes du nord Laos.  Nous partons de Paris le 9 février. De Vientiane dans un premier temps nous allons remonter le Mékong lorsqu'il marque la frontière avec la Thaïlande. Puis lorsque le fleuve s'enfonce dans le territoire laotien, nous allons la traverser et rouler sur des pistes dans cette zone entre fleuve et frontière thaïlandaise. Puis nous allons traverser le fleuve monter encore au nord puis mettre le cap à l'est , et lorsque nous nous approcherons de  la frontière vietnamienne nous partirons au sud jusqu'à intercepter de nouveau le Mékong, et nous rentrerons sur Vientiane.

Voilà en très gros notre projet. Mais les pistes au Laos ne sont pas faciles à trouver par endroits. Cette partie du pays est très montagneuse, il y pousse une véritable forêt vierge. Donc il est très vraisemblable que notre parcours se décidera au fur et à mesure en fonction des possibilités et des renseignements que nous glanerons. ans toute la mesure du possible nous essayerons de nous éloigner des grandes routes pour nous plonger dans le Laos profond. mais ce ne sera pas toujours possible et il est fort à parier que nous serons obligé d'emprunter  des routes asphaltées. mais elles sont aussi jolies, j'en ai l'expérience, ayant traversé le pays du nord au sud sur 1700 kilomètres, cela fait maintenant trois ans.

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07/12/2015

Juste une balade à Chamonix

                                                                                                              

Mon camarade Robert me propose une randonnée pédestre à Chamonix pour le samedi 7 novembre. Nous devons nous retrouver la veille au Chamoniard Volant, gîte refuge bien connu des alpinistes et des randonneurs à l'entrée de la ville.

Habitant dans les Vosges, je me pose la question de savoir comment je vais rejoindre notre lieu de rendez-vous. Plusieurs options sont envisageables: prendre le train jusqu'à Paris rejoindre Robert à Fontainebleau et descendre ensemble, ou prendre ma voiture et me rendre directement au pied du mont Blanc. Puis une dernière idée me vient, pourquoi ne pas m'y rendre à vélo en traversant le Jura par la Suisse? Novembre à vélo, selon les aléas du temps, surtout à travers le Jura et les zones montagneuses des Alpes, les surprises y sont possibles, qui se concrétisent par de belles souffrances. En effet, un coup de mauvais temps avec pluie ou neige et le voyage à vélo se transforme en vraie galère, il peut même être interrompu. Les jours précédents mon départ je surveille avec assiduité les bulletins météorologiques.

J'en profite pour faire quelques sorties entre 500 et 1200 mètres d'altitude pour tester mes différents habits, en particulier les pantalons que je compte enfiler par-dessus mon cuissard en cas de froid. En effet, je me souviens d'un trajet Lyon-les Vosges fin octobre 2014. Je comptais passer par les parties hautes du Jura, mais le froid et l'humidité m'avaient repoussé vers des routes plus basses. Le matin, aux premières heures de la journée je roulais avec les extrémités bien froides et cela piquait. Alors, ne vais-je pas avoir encore plus froid en passant par des coins réputés les plus glacials de notre pays, comme la ville de Mouthe.

Arrive la date du départ, mardi 3 novembre. Le temps devrait rester couvert seulement ce jour, puis le grand beau pour une semaine est annoncé, idéal pour m'assurer un aller-retour de plus de 800 kilomètres en tout confort. Donc sans hésiter à 8 heures je me mets en route. J'ai essayé de limiter mes bagages, mais à cette période pour être autonome et pouvoir  bivouaquer sans trop de souffrance, il est nécessaire de prendre un minimum de matériel. Mon barda pèse de l'ordre d'une douzaine de kilogrammes, qui tiennent dans deux sacoches arrière et une de guidon.

J'espère rejoindre Chamonix en 4 étapes, le trajet aller totalisant un peu moins de 400 kilomètres,le retour un peu plus.  Mon plan consiste, après avoir quitté les Vosges, à traverser le Jura par de petites routes au hasard de ma carte et  descendre en Suisse et me diriger vers Vevey sur le lac Léman.  Ensuite, longer ce dernier par sa rive nord en direction de l'ouest, puis remonter la vallée du Rhône en Valais jusqu'à Martigny, où je compte m'arrêter pour la nuit chez ma camarade de l'Atacama, Flora. Une dernière étape me conduira à Chamonix par les cols de la Forclaz et des Montets.

En ce matin il fait froid, mais pas de brouillard. Dans les prés la gelée blanche apporte sa légère touche hivernale avant l'heure. Sur un rythme alerte je m'engage dans l'escalade de deux cols des Vosges au dénivelé faible, le Ménil et les Croix. Très vite la chaleur de l'effort m'envahit de sa douce irradiation et dans la foulée les épaisseurs d'habits sont enlevées. J'ai très vite la sensation de pédaler comme en été. Pourtant la température est légèrement négative et le ciel bien gris. Comme toujours, avec les premiers kilomètres d'une nouvelle aventure les doutes s'envolent et l'esprit du voyage me submerge. Il n'est pas besoin de partir de l'autre côté de la planète pour se sentir vivre. Rapidement je quitte le département des Vosges pour la Haute-Saône. Par des routes confidentielles à la circulation quasiment inexistante je traverse de nombreux villages, qui dans cette triste journée, à la lumière crépusculaire, sont déserts.

J'avance rapidement. Aux environs de midi je traverse le Doubs à Isle-sur-le-Doubs. Un salon de thé, je m'arrête et déguste un énorme chocolat au lait accompagné d'un gros gâteau plein de crème. Cette belle collation, qui me tient bien au ventre, va constituer mon repas de midi.  A la sortie de la ville, sur quelques kilomètres il me faut emprunter la D 683, large route à quatre voies. Heureusement le trafic y est faible. Puis une route, presque oubliée des cartes, me permet de m'échapper en direction des montagnes du Lomont, que je franchis par le col de Ferrière.

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Quelques gouttes commencent à tomber, juste de quoi m'inquiéter. Mais cela ne va pas s'aggraver. Une jolie descente me conduit au village de Sancey-l'Eglise. Le temps passe vite et en cette période de l'année. Sous cette couche nuageuse épaisse la pénombre s'intensifie dès 14 heures.  Je commence à me poser la question du point de chute pour la nuit. En effet, il est vivement conseillé de ne plus rouler après 17 heures, car la circulation dans le noir est dangereuse pour les cyclistes. Une côte bien raide de quelques 6 kilomètres me ralentit. Vers les 16 heures j'arrive à la petite ville de Pierrefontaine-les-Varans. Deux gendarmes, je leur demande s'il y a un gîte communal. Ils me répondent par la négative, mais m'indiquent un camping et un hôtel. Mon choix me conduit vers cette deuxième option, d'autant plus qu'il se situe juste devant moi à 300 mètres. Joli établissement au charme désuet, où l'accueil est très sympathique et les prix doux. Cette première journée s'est bien passée avec 117 kilomètres au compteur et 1526 mètres de dénivelé. La route n'a pas été aussi plate que je le pensais. En effet, une succession de côtes, jamais trop marquées, mais une fois cumulées donnent un dénivelé équivalent à celui d'un grand col des Alpes.

Repas du soir agréable, nuit douillette, les prévisions météo sont moins optimistes que prévu quelques jours auparavant. Pour cette deuxième étape, c'est sous un ciel bas et menaçant que je me mets en selle. Par des routes de traverse étroites, tortueuses et désertes, agrémentées de fortes côtes par de belles forêts à l'aspect mystérieux et austère sous une lumière blafarde, je rejoins la ville de Morteau. L'humidité très forte déclenche des bancs de brouillard ténu qui s'accrochent au relief. La pluie n'est pas très loin. Je traverse la ville assez animée. Je me dirige vers la bourgade de Montlebon, porte d'entrée vers la Suisse. J'y fais une halte afin de me ravitailler,  pour éviter de faire des achats chez nos amis helvètes, car les prix y sont prohibitifs. Le temps de mon arrêt la pluie se met à tomber, elle est assez forte, et semble s'installer. Et dire qu'il n'y a pas même un  café dans cette agglomération, pourtant pas si petite. Depuis ce matin, en une bonne cinquantaine de kilomètres, je n'ai pas vu dans les villages traversés le moindre commerce. La désertification des zones rurales est bien réelle. Je m'abandonne à ces pensées tout en regardant tomber la pluie, abrité  devant la boulangerie qui m'a vendu deux jolis pains dont l'un de seigle.

Je suis toujours partisan du mouvement et de ne pas trop perdre de temps. Donc, sans attendre que la pluie cesse j'attaque la côte assez raide qui mène à un petit col, qui n' a pas de nom. Je ne peux pas faire la photo rituelle de mon vélo devant le panneau mentionnant le nom du point haut, car il n'y en a pas. Je passe la frontière quelques kilomètres plus loin. Là encore petite curiosité, le changement de pays ne correspond pas exactement à la ligne de crêtes.

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Je traverse une magnifique région, un peu triste et fraîche malgré le vert intense des prés. Elle est dénommée la petite Sibérie suisse. Effectivement, il n'y fait pas très chaud, tout particulièrement dans les descentes. Je dépasse le village de la Brévine. Une perte d'altitude de quelques  600 mètres en une dizaine de kilomètres me conduit à la bourgade de Fleurier. Imprudemment je ne me suis pas couvert en descendant à vive allure et c'est transi de froid que je m'arrête dans une cabane en bordure de village pour casser la croûte. Je grelotte et j'ai du mal à me réchauffer. Pédaler en novembre malgré le réchauffement terrestre  ce ne sera jamais la même chose que pédaler en été. Une fois ma pause terminée, c'est chaudement habillé que je me remets en route, en direction du col des Etroits, qui culmine à 1153 mètres. Très vite je transpire et j'enlève les couches les unes après les autres, pour très rapidement me retrouver en tee-shirt. Et malgré tout, je continue à transpirer dans cette côte qui n'en finit pas. En novembre, une fois les habits mouillés de sueur, il est très difficile de les faire sécher si l'on envisage de bivouaquer. Donc c'est torse nu sous une légère pluie que je termine l'ascension du col. Les automobilistes qui me doublent doivent se demander quel est cet étrange cycliste.

Vers les 15 heures j'atteins le col. L'obscurité risque de tomber rapidement ce soir. Mais la pluie s'est arrêtée et tout là-bas, à l'ouest, les Alpes se dessinent en ombres chinoises. De larges zones de ciel bleu les dominent. A mes pieds la vaste plaine, bordée par les lacs de Neuchâtel  au nord et Léman au sud, s'étire. Elle semble très loin en contre-bas. Le brouillard étend son emprise et la recouvre toujours plus. Dans ces conditions elle m'apparaît bien froide et hostile. Il me faut me dépêcher de la rejoindre, et un peu avant que la nuit ne tombe trouver un endroit où poser ma tente. Bien que je sente la course contre la nuit déjà enclenchée, je prends le temps, depuis ce haut promontoire, de m'imprégner de ce spectacle grandiose qui s'étire jusqu'à cette immense barrière de montagnes hérissées de pics acérés. Ces flashes qui m'interpellent de loin en loin, en s'égrainant au hasard du chemin, sont l'un des carburants du voyage à vélo. Je sais que cette sensation que j'éprouve entre extase face à la nature et urgence de chercher un lieu pour ériger ma tente, tant que la lumière est suffisante, restera l'un des instants forts de cette semaine sur la route.

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Je m'habille chaudement avant de me lancer dans une belle descente en direction de cette vallée qui s'enfonce dans le flou de la pénombre et de la brume. 

A ces moments, où il reste moins de deux heures de jour et que la plus grande incertitude règne quant à l'endroit où l'on va pouvoir s'établir pour la nuit, alors tout l'intérêt de l'itinérance à vélo se révèle. L'esprit se met en activité tous sens en éveil. On étudie le type de contrée que l'on traverse. Plutôt des cultures, des prairies ou des forêts, ou pire des zones d'habitations assez denses. Dans des pays comme la Suisse le camping sauvage n'est pas très facile, mais à cette période de l'année il suffit d'attendre la tombée de la nuit pour se poser, et généralement personne ne vient vous déloger.

La circulation est importante sur les grandes routes que je suis contraint de suivre durant une quinzaine de kilomètres. Je contourne la ville d'Orbe par son périphérique est. La zone est très industrialisée et fortement habitée. Une immense usine Nestlé, dont les dimensions du parking prouvent le gigantisme de ce site. Il me faut au plus vite m'éloigner vers des coins de campagne plus propices au bivouac. Une route peu passante part plein est vers le village de Chavornay, puis cette localité dépassée, elle se dirige vers Corcelles. A la fontaine au centre je remplis mes deux bouteilles d'eau, ce qui me donnera un peu moins de trois litres  pour bivouaquer. Entre les pâtes à faire cuire, le thé du matin et la boisson c'est ce qu'il faut.

Une fois cette tâche  accomplie je me dépêche de me remettre en route à la recherche d'un lieu éloigné des habitations. Je traverse une large zone de cultures entrecoupée de loin en loin de bosquets et petits bois, qui marquent des lignes nettes de séparation. Je devrais trouver le coin idéal et discret pour me cacher. Un chemin part sur la droite parmi les arbres. Le sol est tout détrempé de cette humidité qui se condense alors que le froid s'intensifie. Après quelques centaines de mètres je débouche dans une large clairière où s'étale un champ de maïs. Il vient juste d'être récolté. J'y recherche un emplacement bien plat et je m'installe. Il est plus de 17 heures. Une course contre le temps s'enclenche. Il me faut avoir organisé mon matériel avant la nuit, qui progresse rapidement. Bien que mon dernier bivouac remonte à plusieurs mois, les réflexes acquis reviennent vite. La couverture de survie étalée, la tente montée, le sac de couchage, le matelas gonflable, le sac à viande et le coussin lui aussi gonflable sont déroulés. Je me change, enlevant mon cuissard, le remplaçant par un pantalon épais, mon tee-shirt humide vite échangé avec un sec et plus chaud, par-dessus lequel je rajoute deux épaisseurs dont ma doudoune en plumes d'oie. Me voilà prêt pour une longue nuit d'immobilité de 13 heures. Une dernière photo de mon camp avec les ultimes lueurs du jour qui meurent à l'ouest. Je me rends compte que je suis installé  sur une terre bien grasse qui colle aux chaussures. Je rentre dans ma tente, me glisse entre mes trois sacoches, les deux arrière et celle de guidon, mais pas de problème j'ai de quoi m'allonger.

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Maintenant vient le moment de préparer mon repas. Une bonne gamelle de vermicelles rehaussée de deux bouillons Kub. Il me faut faire très attention à ne pas mettre le feu au tissu de la tente, d'autant plus que mon réchaud a le pas de vis qui s'est grippé et devient particulièrement instable. Le repas terminé, il ne reste plus qu'à me laver les dents et puis me mettre en position confortable pour attendre le jour demain matin. Je suis à plusieurs centaines de mètres de la route et encore plus loin de la première habitation, donc  la nuit sera calme.

Au matin je guette les premières lueurs du jour dans l'attente du moment où je vais sortir de mon duvet afin de replier au plus vite mes affaires. Je suis toujours étonné par ces bivouacs hivernaux, plus de 12 heures et le temps qui semble avoir filé comme s'il ne s'était agi que de quelques heures. Cette capacité d'adaptation aux éléments même lorsque qu'ils deviennent un peu adverses procure un réel plaisir. Là encore on découvre un autre aspect de la motivation du voyage à vélo.

Dès que la pénombre s'est suffisamment dissipée je plie avec un maximum d'ordre mes affaires dans mes trois sacoches tout en faisant démarrer un thé sur mon réchaud. Une heure plus tard je suis en mesure de repartir. Dans mon champ il y a du brouillard. Pourvu que la route n'en soit pas trop recouverte.

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Le soleil pointe derrière le rideau d'arbres devant moi. Une fois sur le goudron je constate que la visibilité reste assez bonne. Aujourd'hui, je compte rejoindre Martigny au pied du col de la Forclaz. Cette plaine entre ces deux grands lacs suisses est loin d'être plate, succession de bosses plus ou moins grosses.

Le temps est redevenu très beau, contrairement aux deux jours précédents, durant lesquels j’ai roulé sous la menace de la pluie, qui heureusement ne s’est jamais vraiment concrétisée.

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Alors que je ne vois pas encore le lac Léman, je distingue très nettement  les montagnes qui se situent sur sa rive sud en France, comme la Dent d’Oche ou les aiguilles du Midi. Je longe le lac de Bret, puis je plonge en direction du Léman à travers les vignes de Vevey. Dans cet automne en son milieu, elles sont d’un jaune éclatant, et se découpent sur l’eau sombre du lac. Le soleil les éclaire de face. Toujours cette féerie de la surprise à vélo, cette immensité toute jaune s’étend et s’échelonne sur un large pan de colline, qui prend fin dans l'immensité bleue du lac. Si par moments on se demande ce que l’on fait à souffrir sur la route, il suffit d’un tel spectacle pour ne plus douter et en comprendre les raisons.

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Rapidement je rejoins la rive, que je vais suivre jusqu’à l’entrée de la vallée de Martigny. De très beaux tronçons de piste cyclable me font traverser la ville de Montreux, aux bâtiments imposants, baignés dans une végétation multicolore. Un peu avant le bout du lac je m’installe confortablement sur un banc face au large et je fais un copieux repas à base des nombreuses réserves que je transporte. Des voiliers croisent en silence. ils me font penser à Ella Maillart, cette grande aventurière des années 30,  écrivain de talent qui relata magnifiquement ses expériences d'exception. Elle commença sa vie aventureuse en éprouvant son courage sur un frêle esquif livré aux tempêtes parfois soudaines et violentes du lac de Genève.  En effet, par mauvais temps de forts vents tombent des montagnes environnantes, certaines culminant à plus de 3000 mètres d'altitude, et  agitent l'eau avec fureur. 

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Sous ce soleil généreux, avec difficulté je m'arrache à mes rêveries, transporté quelque part dans l'Himalaya à la suite d'Ella dans le souvenir de ses nombreux livres, comme par exemple Croisières et Caravanes ou Oasis interdites. Je vais quitter le bord du lac aux eaux très calmes au cours de cet été indien. Les derniers kilomètres sur cette grève je les fais à vitesse réduite pour fixer un maximum d’images, de sensations et d'émotions dans ma mémoire.

Voilà c’est fini, la vallée se présente devant moi. J’ai de la chance un vent favorable  me pousse tout au long des trente derniers kilomètres. Je sais que la via Rhodania se cache quelque part à ma droite, mais mes quelques essais pour la rejoindre se terminent par des impasses avec demi-tour dans des culs-de-sac. Vers 15 heures j’arrive à Martigny, et je rejoins en traversant cette petite ville le gymnase où m’a donné rendez-vous  Flora. Pour le moment elle travaille à la piscine et me rejoindra plus tard. Effectivement,  un peu après 17 heures elle arrive pour assurer ses cours de gymnastique. Je peux attester que ses élèves passeront une bonne nuit après une séance intense, où elle sait les pousser loin dans l'effort, dans la bonne humeur ponctuée d'éclats de rire. Nous allons passer une soirée superbe à se remémorer notre incroyable voyage à vélo ensemble à travers le désert de l’Atacama. Cela fait maintenant deux ans.

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Le lendemain matin départ à 8 heures. Elle m’accompagne dans les premiers kilomètres du col de la Forclaz. Au lieu de suivre la route principale à la circulation importante, elle me fait découvrir de petites routes qui serpentent dans les vignes. Certes ça monte très raide, mais nous sommes seuls. Aujourd’hui encore, le temps est très beau, et la végétation explose en une multitude de couleurs en ce milieu d’automne. Je passe à la meilleure époque pour pouvoir jouir de ce spectacle. Dans quelques jours les teintes se seront affadies et les parures d’hiver prendront le dessus.

A mi-pente Flora fait demi-tour car le devoir l’appelle dans son gymnase.

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Je reprends ma route par voies détournées et chemins en sous-bois. Il me faut par moments pousser mon vélo tant la piste à travers la forêt est pentue. Mais ce n'est que du bonheur. Je suis toujours étonné de constater, alors que l'on marche à faible allure, accroché au guidon de son vélo , que le dénivelé se creuse rapidement. Il faut dire que dans le désert d'Atacama, nous avions été à bonne école de patience. Des dizaines de kilomètres à rester à côté de nos montures, qui s'enfonçaient dans les scories volcaniques pulvérulentes, parfois du lever du jour jusqu'à la tombée de la nuit, bousculés par des bourrasques de vent adverses.

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Je débouche sur la grande route pratiquement au sommet du col. Quelques centaines de mètres et j’y suis. Je fais une longue halte.

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Un couple de Chinois m'aborde, lui parle anglais et elle très bien français. Ils me mitraillent de leurs appareils photo. Très vite notre conversation se dirige vers la politique internationale. Ils sont sévères avec la France dont ils trouvent la politique internationale molle et sans cap. Habitants d'un grand pays, qui vise la suprématie mondiale, il sont pour l'ordre et la discipline. Je m'arrête là cette parenthèse politique, car justement l'un des buts des voyages consiste à nous déconnecter de ce flot d'informations angoissantes qui nous submerge à longueur de télé, de radio, de journaux d'ipad et autres engins, soit-disant de progrès, qui rythment avec tyrannie notre vie quotidienne. 

Après ce moment très intéressant, je me lance dans une longue descente afin de rejoindre le pied du dernier col, celui des Montets. Il fait froid et humide. La route est mouillée dans ce grand pan de montagne à l’ombre, et pourtant il est midi. Je pense à après-demain lorsque je vais faire ce trajet dans l’autre sens tôt le matin. Je risque d’avoir beaucoup plus froid, et peut-être du verglas. Chaque chose en son temps, il sera toujours temps d'aviser le moment venu. Le col des Montets est vite enlevé.

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Apparaît alors le massif montagneux mythique de Chamonix, d’abord l’aiguille Vertes et les Drus. Ces derniers sont une vieille connaissance, constituant l’une des plus mémorables ascensions que j’ai effectuées, il y a déjà bien longtemps. Il ne me reste plus qu’à me laisser entraîner dans une dernière descente pour rejoindre Chamonix, à la recherche du Chamoniard Volant, où je rejoins un groupe d’amis afin de faire une randonnée en montagne demain. J’ai parcouru 368 kilomètres en 4 jours.

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Ce samedi est mon jour de repos avant de reprendre la direction des Vosges. Nous prenons le train à crémaillère du Montenvert. Le décor que je connais bien est absolument extraordinaire, d’abord la face ouest des Drus qui s’élance d'un jet sur mille mètres de verticalité et qui culmine à un peu moins de 3800 mètres, et la face nord de l'aiguille du plan qui nous domine de sa paroi froide et glacée. Tout au bout de la mer de glace et du glacier de Leschaux la face nord des Grandes Jorasses dresse son mur de roche et de glace qui monte dans le ciel jusqu’à plus de 4000 mètres. La mer de glace par contre donne un spectacle inquiétant, surtout en fin de saison avant les premières chutes de neige. Elle est entièrement noire couverte de caillasses et elle s’enfonce toujours plus dans le lit qu'elle a érodé, perdant en épaisseur des quantités importantes. Sur un an elle vient de fondre de 3,5 mètres en épaisseur, ce qui est particulièrement important. Jusqu’à présent on était sur une moyenne annuelle de 2 mètres. Elle est encore épaisse d’une centaine de mètres. Une division simple permet de réaliser quelle est la durée de vie de ce symbole de nos Alpes à ce rythme. La succession  des échelles pour la rejoindre a été multipliée par deux, voire plus, en trente ans. D’ailleurs, il n’y a pas que la glace qui disparaît, les parois de granit s’éboulent. La glace interne, qui colmate les fissures et tient lieu de ciment entre ces immenses plaques qui supportent l’architecture de ces magnifiques parois d’escalade,  eh bien cette glace fond et les rochers s’écroulent. Les éboulements peuvent atteindre des dimensions gigantesques. Toutes les aiguilles de Chamonix arborent d’immenses balafres claires qui jurent sur la belle couleur fauve du granit qui a subi la patine du temps. Les Drus sont particulièrement affectés. Sur plus de 700 mètres cette lèpre blanche due à l'effondrement atteste sans contestation possible du réchauffement. De toute évidence il se passe quelque chose dans nos montagnes, et l’augmentation de la température est toute désignée comme coupable de ces bouleversements.

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 On ne se croirait pas au mois de novembre à 2000 mètres d'altitude. En effet, afin d’économiser mes habits pour le retour, je me déplace torse nu, même à l’ombre des montagnes. Bien évidemment le beau temps y est aussi pour quelque chose, mais je ne peux m’empêcher de penser à certaines promenades dans ce coin par mauvais temps en été, la température était nettement moins clémente.

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De retour dans la vallée, après une magnifique journée passée au pied des aiguilles de Chamonix, flammes de pierre mondialement connues pour leur esthétique unique et la beauté de leurs escalades, nous assistons au spectacle de la nuit envahissant ces vastes  parois. Les derniers rayons de soleil livrent un ultime combat en semant une incandescence fugitive sur les neiges de la Verte et dans la verticalité des Drus.

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Dimanche matin, après un copieux petit déjeuner dans notre sympathique refuge le Chamoniard Volant, je me prépare à reprendre la route. J’ai un dernier entretien intéressant avec le propriétaire, qui m’explique qu’avec le durcissement des réglementations en matière de sécurité, de nombreux établissements comme le sien, n’auront pas les moyens financiers pour se mettre aux normes. Il faut donc s’attendre à voir disparaître ces chalets de montagne chargés d’histoire, qui nous rappellent la longue tradition montagnarde de ces régions. Je me souviens aussi du refuge de l’Aigle au pied de la Meije à plus de  3000 mètre, qui a été remplacé par une structure moderne. On peut le regretter, mais il est vrai qu’un incendie de nuit dans un lieu qui accueille du public a souvent des conséquences dramatiques.

Il est 8 heures, il fait froid dans le fond de la vallée de Chamonix, un au revoir à mes amis qui vont repartir de leur côté, et je prends la direction du col des Montets.

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Je m’attends à avoir froid, mais tout de suite la montée me réchauffe et je me déshabille. La descente en direction du pied de la Forclaz est sèche et se passe bien. A bonne vitesse je franchis les 500 mètres de dénivelé qui me conduisent au col. En ce dimanche de novembre, le beau temps a motivé de nombreux randonneurs à venir profiter des beautés de la montagne. Je fais une dernière pause et je jette un ultime et long regard à ce massif magique, dans lequel j’ai vécu tant d’aventures. Cette intrusion à vélo à cette époque de l'année ajoute une touche supplémentaire à la longue série d’émotions qui me lie à ces hautes terres peuplées de parois redoutables. 

Je plonge vers Martigny dans une descente d’une vingtaine de kilomètres et plus de 1000 mètres de dénivelé. Les vignes ont perdu en moins de 48 heures leur jaune éclatant et tirent sur un brun plus terne. Une fois en fond de vallée je me trompe dans la ville et pars dans la mauvaise direction, car la vallée fait un coude à 90 degrés. Rapidement je me rends compte de mon erreur et reprends la direction du lac Léman. Aujourd’hui encore les éléments sont avec moi. Une petite brise me pousse et la moyenne s’en ressent. En début d'après-midi je quitte la Suisse en passant le poste frontière de Saint-Gingolph. Le lac est d’un calme plat, semblable à un miroir, pas une ride.

 

Les montagnes qui me dominent cachent le soleil qui descend rapidement. La température s’en ressent. Sur mon vélo il me faut jongler avec les couches de vêtements pour gérer au moins mal les coups de chaud et les coups de froid, le tee-shirt mouillé de sueur, sans parler des bouts de doigts et de pieds.

Je traverse la ville d’Evian, qui en cet après-midi de dimanche est envahie de piétons qui viennent profiter de cet été indien dans ce décor immense au milieu des montagnes. La densité de population est importante sur cette rive. Je ne pense pas pouvoir trouver un coin tranquille pour bivouaquer. En arrivant à Thonon-les-Bains je recherche un hôtel. Un passant en centre-ville me donne le bon renseignement et à quelques centaines de mètres sur les hauteurs je rejoins un établissement tranquille à l’accueil très sympathique et au prix modéré. En ce jour j’ai effectué 117 kilomètres et la fatigue me tombe dessus au moment de la douche. Comme la restauration de l’hôtel est fermée en ce jour férié, je ne vais pas trouver le courage d’aller me promener en ville à la recherche d’un lieu pour dîner. J’ai de nombreuses réserves que je transporte maintenant depuis 500 kilomètres. Je vais donc mettre en route mon camping gaz dans la douche, attention au déclenchement de l'alarme incendie, et me faire une ration de riz précuit. C’est extrêmement   pratique, le temps de chauffe se limite à deux minutes. La contrepartie, comme le riz est déjà imprégné d’eau, les provisions sont donc plus lourdes. Ce que l’on gagne en économie de gaz on le perd en poids de riz.

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Lundi matin, après une bonne nuit et un excellent et gargantuesque  petit déjeuner je suis sur mon vélo à 8h15. Heureusement pas de brouillard, très fréquent à cette époque, il constitue un vrai danger pour le cycliste. Contrairement à ce que je pensais, pas de piste cyclable sur cette rive du lac. La route qui suit la grève, pas toujours au plus près, est particulière encombrée en ce début de semaine, et de plus par de nombreux camions. Au plus vite j’essaie de m’échapper vers des routes moins importantes. A plusieurs reprises je me fourvoie dans des impasses. A l’aide de plusieurs personnes qui me renseignent fort aimablement je réussis à me faufiler par des routes et des chemins  à travers des  bois agréables pour le cycliste.

Dans le lointain je vois le grand jet d’eau, symbole de la ville de Genève. Je pénètre en Suisse et comme par enchantement les pistes cyclables font leur apparition. Plus je rentre en ville et plus le déplacement à vélo est facile. Au cœur de la capitale suisse c’est un vrai plaisir de suivre le bord du lac. Je fais ma pause casse-croûte au plus près du jet.

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Je continue à suivre le lac en direction de Nyon. La piste cyclable est continue, à part quelques travaux qui me forcent à la quitter ponctuellement. Les 25 kilomètres qui mènent à cette ville sont parcourus rapidement. Pour le moment les conditions sont clémentes,  d’après la météo elles devraient continuer à être favorables, voire très favorables pour la saison.  Une fois à l’entrée de Nyon je me dirige vers le col de la Grivine.  Les premiers kilomètres en m’éloignant de la grève du lac sont très raides. Depuis une centaine de kilomètres j’avais pris l’habitude du plat, il va falloir me remettre aux côtes. Une succession d’épingles à cheveux me conduit au village de Saint-Cergue. Encore 5 kilomètres et j’atteins le col.

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Le temps passe, la station des Rousses n’est plus qu’à quelques kilomètres et je décide de ne pas m’y arrêter et de continuer, quitte à devoir bivouaquer à la tombée de la nuit. Rapidement je suis à Bois-d’Amont. J’ai le choix entre partir par la vallée de Joux en Suisse ou me diriger plein est par une minuscule route en direction de Bellefontaine. J’opte pour cette deuxième solution. Ça monte dur, mais heureusement la circulation est nulle. J’ai l’impression de ne jamais sortir de cette forêt d’altitude, des bosses qui n’en finissent pas de se succéder, et le jour décline. Enfin, par une descente franche, à belle vitesse je rejoins le village précité. Il va falloir que je commence à me poser la question de mon lieu de station pour la nuit. Ce village est désert, je me dirige vers le suivant, Chapelle-des-Bois. Le plateau du Jura est magnifique dans son immensité dépouillée, de grandes prairies encore bien vertes. Je sais que dans quelques semaines, voire quelques jours, ces espaces auront perdu leur couleur de pâture pour une livrée blanche, sur laquelle les fondeurs se livreront à leur sport.

Au centre de Chapelle-des-Bois je découvre deux hôtels, mais à cette époque de l’année, juste l’entre-saison, aucun d'eux n’est ouvert. Cependant j’essaie de contacter l'un des propriétaires à partir d’un numéro de portable affiché sur la porte. Personne ne répond. Un passant, le seul que je verrai ne me laisse pas grand espoir de trouver un toit. Il ne me reste plus qu’à remplir mes deux bouteilles d’eau à la fontaine toute proche et partir à la recherche d’un endroit confortable pour m’installer pour la longue nuit qui arrive avec rapidité. Une fois en mouvement, plus que la route je scrute les  environs à la recherche du coin  adapté. Des vaches paissent tranquillement à ma gauche. Sur ma droite un indice, il n’y a plus de clôture, je vais donc pouvoir partir à la recherche d’un emplacement plat. Je roule dans l’herbe en direction de quelques sapins. Entre deux d’entre eux, une place plate me convient. Je monte mon camp talonné par la nuit qui tombe rapidement. Je me suis arrêté juste à temps. Le plus difficile n’est pas de monter sa tente de nuit, ni d’organiser son matériel de bivouac à l’intérieur, mais de trouver un endroit plat dans la nuit. En effet, le halo de la lampe ne porte qu’à quelques mètres  et alors trouver un emplacement convenable relève de l’aiguille dans la botte de foin.

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Une fois bien installé dans mon duvet, il ne me reste plus qu’à faire chauffer ma soupe aux vermicelles. Un petit problème sur le pas de vis trop oxydé de mon réchaud entraîne la chute de ma gamelle et de son contenu. Pas de problème pour récupérer les pâtes, mais l’eau il me faut en remettre. Mes réserves sont limitées, deux bouteilles, l’une de 1,25 l et l’autre de 1,50, donc un peu moins de trois litres. Je ne peux pas me permettre une seconde mauvaise manipulation si je ne veux pas souffrir de la soif durant la nuit. Pour ce deuxième essai tout se passe pour le mieux et ma platée  rehaussée de deux bouillons Kub est un vrai régal. Quelques petites sucreries en guise de dessert et je suis en mesure d’affronter la longue nuit sur ce magnifique plateau à plus de mille mètres d’altitude. Un appel téléphonique, il s'agit de l'hôtelier qui me demande si j'ai trouvé un gîte pour la nuit. A ma réponse négative il émet un regret de ne pas m'avoir répondu immédiatement. Mais ma nuit sera beaucoup plus belle et enrichissante que dans une chambre confortable.

Je vais entendre la vie nocturne bruire. Certains cris d’animaux me sont complètement inconnus. C’est plein de curiosité que j’écoute la nuit bruisser. Le bivouac seul permet une telle proximité avec la nature. Les sacrifices d’inconfort sont nettement remboursés par cette osmose avec les éléments climatiques et la vie sauvage que l’on vit, comme accepté par effraction dans ce monde discret et fragile.

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Le jour arrive tardivement en ce 10 novembre. Je guette le moment où la lumière sera suffisante pour commencer à plier mes affaires et me faire chauffer du thé. Ça y est le top est donné. Bien que ma tente soit petite, les sacoches sont stockées à l'intérieur, et rapidement chaque chose prend sa place pendant que le thé arrive à ébullition. Il ne fait pas froid, vers les 3 degrés. Une brume ténue flotte aux alentours. L’effet est superbe, encore une raison de se laisser aller au bivouac à cette époque. Je prendrais presque mon temps, tant je me trouve à ma place dans ce matin calme plein de mystère, où les formes apparaissent de manière floue à travers un léger voile qui se répand horizontalement, laissant le ciel d’un bleu uniforme. Encore une magnifique journée en perspective. Je me couvre de façon adaptée pour partir dans cet air frais et humide, tout en dosant bien le nombre d’épaisseurs pour ne pas avoir froid, ni me retrouver en sudation au bout de quelques minutes.

La route prend des airs fantastiques dans ce jeu de lumières entre brumes, ombres et soleil montant lentement, tout en étant toujours caché par le relief à l’est. Je m’arrête à plusieurs reprises pour photographier ce spectacle  éphémère, qui évolue rapidement au rythme du soleil qui se fait toujours plus présent.

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Une fois à Mouthe, arrêt dans un bar très accueillant. J’y fais un petit déjeuner copieux tout en discutant avec le propriétaire. Bien repu je reprends la route en direction de Pontarlier. Je longe le lac de Saint-Pons. Encore une journée que l’on peut qualifier d’été indien. Quand je pense que je me demandais s’il était raisonnable de partir à vélo pour un périple de plus de 800 kilomètres à cette époque. La preuve est faite qu’il faut toujours tenter.

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Une fois Pontarlier traversée, je tombe sur la piste cyclable qui se dirige vers Gilley. Une vingtaine de kilomètres de plaisir dans un décor d’automne finissant, les teintes perdant leur éclat, les feuilles au sol commençant à s’accumuler par endroits, tout espace encore à l’ombre étant détrempé. Manifestement les dernières résistances de l’automne cèdent rapidement aux parures de l’hiver, que les prévisions météorologiques prévoient pour la semaine à venir. J’ai un peu l’impression de voler une dernière magnifique chevauchée à vélo au cycle des saisons. Cette incertitude  face aux éléments qu’il s’agisse d’intempéries ou d'éminence de l'hiver, le vélo permet d’en ressentir toutes les vibrations et les émotions. Je ne suis jamais tant attentif à l’évolution du temps que lorsque je suis en voyage à vélo. Une sortie à la journée ne permet pas d’éprouver ce lien fort au climat. En effet, il n’y a que l’engagement qui vous pousse à essayer d’anticiper les choix en fonction de l’évolution du temps. Lors d’une sortie de la journée, il est toujours possible de rebrousser chemin ou de forcer sous la pluie pour finir au chaud à la maison, où des habits propres et secs vous attendent. Mais quand on sait que la prochaine nuit risque d’être sous tente avec les vêtements que l’on porte, alors les sens se mettent en éveil et les stratégies s’élaborent.

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Oui le voyage à vélo donne une vraie dimension d’aventure. Mais aujourd’hui de toute évidence le temps reste au beau fixe et pas de souci du côté d’une quelconque dégradation à venir. Je traverse de longues zones au relief de moins en moins montagneux, bien que les dénivelés se succèdent de bosse en bosse. La montagne laisse la place à la campagne. Je rejoins la ville de Pierrefontaine-les-Varans, lieu d’arrêt lors de la première étape de mon périple. L’horaire me permet de pousser plus loin et j’atteins le village de Sancey-l’Eglise, où je vais trouver un hébergement pour la nuit.

Le dernier jour de mon escapade arrive. En une centaine de kilomètres à travers la Haute-Saône je vais rentrer dans les Vosges. Le temps est toujours aussi beau, seuls quelques bancs de brouillard matinal me donnent parfois des sueurs froides pour des raisons de sécurité, malgré mon éclairage assez efficace. Mais en ce 11 novembre la circulation n’est pas très importante. Rapidement cependant, le soleil réchauffant le sol, la visibilité va devenir très convenable. En une belle étape au dénivelé conséquent à travers cette plaine toutes de bosses je vais rejoindre le département des Vosges. Sans perdre de temps après un pique-nique, agréable chauffé aux rayons du soleil au bord de la rivière l’Ognon, je vais à bonne vitesse gravir les deux cols, des Croix et du Ménil, que je commence à bien connaître.  Vers les 15 heures je suis à Cornimont, après une chevauchée à vélo de 8 jours , une randonnée à Chamonix et un cumul de 825 kilomètres et 10500 mètres de dénivelé. La pratique des sorties de ce type avant les froideurs de l’hiver me procure un vif plaisir et je crois bien que je vais repartir dès que possible.

 

23/07/2015

Une boucle à vélo des Vosges aux Vosges par 5 pays alpins plus la France en 2300 km

Dans une semaine l'aventure à vélo reprend. Cette fois elle sera familiale. Je pars avec mon petit-cousin Maxime, héritier d'une fameuse famille de sportives et sportifs. Même les jeux olympiques ne les ont pas effrayés.Trois de ses grand-tantes y ont participé. Dans la famille on ne compte plus les médailles. Maxime est moniteur de ski, bien dans la tradition familiale où depuis des générations on chausse les planches au moment de faire ses premiers pas. Il va donc  falloir que je m'accroche. Mais je n'oublie pas l'écrivain Kazansakis et sa fameuse devise "Un jour où je n'ai pas souffert est un jour où je n'ai pas vécu". Donc tout devrait bien se passer!

61 et 22 font 83, donc moyenne d'âge de l'équipe 41,5 ans , pas si mal. Heureusement que nous rentrerons avant le 17 septembre sinon cela ferait 62 et 22.

 

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Bodensee

 

 

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Autriche

 

 

 

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Slovénie

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Dolomites italiennes

 

 

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Suisse

Notre projet sur 40 jours consiste à faire le maximum de cols à vélo dans les Alpes en traversant 5 pays, l'Allemagne, l'Autriche, la Slovénie, l'Italie et la Suisse. Nous y ajouterons quelques cols français des Vosges au départ et du Jura en finale. Notre périple devrait avoisiner les 3500 kilomètres. Mais comme toujours dans ces aventures de durée moyenne, il ne faut pas trop planifier, afin de se laisser la liberté de modifier l'itinéraire en fonction des coups de cœur et des découvertes en cours de route. 

Nous partons avec le même type de vélo, Fahrrad Fabrik, deutsche Kalität. Pour ma part je viens de le tester en mai sur un trajet de 1200 kilomètres à travers les montagnes de la côte atlantique espagnole. Manifestement il va très bien, même s'il est un peu plus lourd que mon  Trek alu, avec lequel j'ai parcouru trois continents.

 

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le vélo

 

 Le départ est prévu le lundi 27 juillet, après avoir été retardé d'une semaine pour raison de santé dans la famille. Mais tout rentre dans l'ordre et le compte-à-rebours est enclenché.

Départ de Ventron direction le Rhin au plus court. Puis de là nous remonterons jusqu'au Bodensee en suivant la vélo-route du Rhin en Allemagne. A l'extrémité est du lac nous rentrerons en Autriche, où au gré des massifs montagneux réputés nous nous dirigerons vers la Slovénie. Dans ce pays nous irons admirer le Triglav, point culminant de Slovénie, sommet très parcouru. Et puis si une opportunité se présente, peut-être essayerons-nous de le gravir. Mais que faire des vélos et du matériel? Et puis j'ai bien peur qu'il n'y ait foule. Enfin nous verrons bien sur place, wait and see. De Slovénie nous pénétrerons en Italie avec l'intention de gravir un maximum de cols haut perchés de ce formidable massif des Dolomites. Ensuite nous traverserons la Suisse par quelques-uns de ses cols mythiques pour venir buter contre le Jura, dernière bosse avant de retrouver nos Vosges.

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Je teste tous mes appareils électriques, photos, GPS, ordinateur, des petits problèmes comme toujours, mon ordinateur portable ne charge plus. Ouf! Il ne s'agit que d'une panne du câble, tout va donc bien, il suffit d'en acheter un nouveau.

 

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Toujours quelques préparations, puis quelques actions pour la famille, un petit tour du Parc de le Tête d'or avec ma tante de 93 ans, sans problème elle a effectué ses 7 kilomètres dans la canicule, comme dirait Flora c'est top c'est cool.

Le soir, venue du fils de Danièle et de sa famille et de la correspondante anglaise d'Alysée. Elle est originaire d'une famille d'Afrique du Sud, et sa grand-mère qui est médecin a soigné Mandela lorsqu'il était en prison. On en oublie presque que l'on est sur le départ, mais le rosé coulait bien.

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Je suis dans les Vosges, demain matin départ à 7h, le temps n'est pas terrible, mais nous ne devrions pas avoir des trombes d'eau. Les sacoches sont prêtes, encore quelques petits réglages sur le vélo, mettre un rétro et fixer le support GPS, puis au dodo.

 

27 juillet Cornimont Bad Säckingen 163 km

Départ au petit matin avant 7 heures sous un ciel bas et pluvieux. C'est toujours étonnant de se dire que l'on part pour un grand périple et que ça commence par la pluie. Comme prévu Maxime m'attend au carrefour de Frère Joseph. Notre premier col Oderen sous des trombes d'eau, on a froid.

 

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La traversée de l'Alsace en évitant Mulhouse par le nord pas si facile.  On traverse la forêt de la Harth.

On finit par rejoindre une piste cyclable qui nous amène en Allemagne.  Mais on doit revenir en Suisse et traverser Bâle, on galère un peu. Puis c'est parti le long du Rhin, une fois en Allemagne une fois en Suisse.

Un coin sympa pour bivouaquer en Suisse mais le feu y est strictement interdit, et nous n'avons que du riz, donc pas possible de s'arrêter.

Vers 19 heures on roule toujours.  En Allemagne un super marché est ouvert, nous faisons quelques courses et partons bivouaquer le long du Rhin. Longue journée 10 heures effectives sur les vélos. Je dors comme une souche de 21H30 à 5H.

 

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28 juillet Bad Säckingen à Constance 130 km

7h30 nous prenons la route avec un vent favorable. La vélo-route du Rhin est un peu "pomatoire", on ne sait jamais si on est dessus et en plus on ne sait pas si on est en Allemagne ou en Suisse. Moi qui pensais que le fleuve marquait la frontière, pas du tout. Sur la rive droite parfois on est en Suisse et en plus dans ce territoire suisse il y a des enclaves allemandes. Ce matin déjà presque 80 km, les affaires marchent!

Nous déjeunons à 13h dans une enclave allemande sous régime économique suisse donc en francs suisses et pas en euros. Casse-tête.

Nous sommes passés aux chutes du Rhin.

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Nous reprenons la route en espérant rejoindre Constance ce soir, on verra. 

Les 50 km pour Constance sont assez vite faits. Encore une journée à 130 km.

Camping à Constance, difficile à trouver dans la ville sans véritable indication mais les gens sont sympa. Le vélo est roi, sur les pistes cyclables que des bolides, jeunes vieux et même gros. pas intérêt à traîner.

Nuit un peu moins bonne, un peu de pluie et un gros ronfleur dans une tente à côté.

29 juillet  Constance pied de la Silvretta 124 km

Départ 7h30

Le lac de Constance est vite remonté. Comme la veille on fait du saute frontière, mais là entre Suisse et Autriche. 

 

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A 13h 80 km, on mange à Götzis, des super pâtes aux cèpes de Bordeaux avec une grande bière. L'après-midi va être dure, et le jeune me mène la vie dure sur la route, les étapes de moins de 130 il ne voit pas l'intérêt. Demain la montagne commence avec le premier col à plus de 2000 m et on est à peine à 400!

 

Mais, déjà aujourd'hui on va passer le cap des 400km en trois jours avant les grandes montagnes qui commencent à nous regarder de haut, un peu dans les nuages cependant.

L'après-midi se passe pas trop mal, route coupée pour travaux de réfection, mais ils nous ont laissés passer avec nos vélos. On attaque la montée vers le col de la Silvretta. Le temps n'est pas terrible, plutôt à la pluie. On double un Polonais aussi à vélo, petite discussion sympa, puis nous reprenons notre montée. On trouve un coin pas trop humide pour bivouaquer sous des sapins. La pluie va nous bercer tout au long de la nuit. Nous avons fait 124 km ce jour. Je ne sais pas si ce train d'enfer est bien raisonnable.

 

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30 juillet pied Silvretta à Öetz au pied du Timmelsjoch 125 km 1700 m de dénivelé

 

Bonne nuit de 10 heures, il fallait bien cela. Le temps est couvert, mais il ne pleut plus. 7h30 nous roulons, tout d'abord ça ne monte pas trop. Nous passons une première station de ski avec 4 splendides tremplins de ski.

 

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Au pied des difficultés nous marquons l"arrêt vers les 9h30 et prenons un petit déjeuner complet dans une salle de restauration magnifique avec les serveuses en tenue traditionnelle autrichienne, superbe. Nous mangeons comme des goinfres, mais on fait bien, car il nous attend une montée de 16 km avec des passages bien au-dessus des 10%. Et cela est d'autant plus impressionnant que nous retrouvons rapidement dans le brouillard, et que la pente semble d'autant plus impressionnante en disparaissant dans le néant des hauteurs.

Comme je l'avais prévu je mets 2h30 pour gravir la partie raide ce col de la Silvretta, Maxime 1h50. Mais j'étais à fond tout du long, je vais essayer de m'améliorer!

 

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Col dans le brouillard, on ne voit rien. Nous ne traînons pas et nous lançons dans une descente à fond la caisse. Nous décidons de rejoindre la vallée de Ötztal (pléonasme Tal veut dire vallée) afin d'être positionnés au mieux pour le col de demain qui d'après ma carte culmine à 2400 mètres. Encore une belle journée en perspective. Ce soir je décide que ce sera hôtel car nous ne trouvons pas de camping et qu'après deux jours et 250 km une douche sera la bienvenue, l'étape du jour est de 125 km et presque 9 h effectives sur les vélos.

Super appartement à Öetz, ce qui nous permet de faire sécher nos affaires qui commencent à être bien humides. Bon repas avec  un superbe vin rouge autrichien. Souhaitons que ce sera une bonne nuit bien réparatrice car l'étape de demain s'annonce coriace et nous avons déjà 541 km dans les pattes en 4 jours, certes au cours des trois premiers jours le dénivelé n'était que 800 mètres en moyenne.

31 juillet 89 km Öetz à San Leonardo 1935 m de dénivelé Timmelsjoch  ou Paso del Rombo 2509m

Le temps est beau pour la première fois depuis notre départ. L'étape du jour, col à 2509m (j'ai corrigé car j'ignorais l'altitude exacte difficile à lire sur la carte) Paso del Rombo, 1800 m de dénivelé. On va faire une petite incursion en Italie d'une journée avant de repasser en Autriche demain par le Paso Vizze.

La journée aura été difficile la vallée à remonter jusqu'au col fait 60 km, les 24 derniers une succession de rampes souvent au-dessus de 10%. Le clou une fois arrivés à 2300m, une descente nous ramène vers les 2000 mètres et c'est parti pour 500 mètres dans une petite vallée et ça monte direct, souvent plus de 10% et un fort vent dans le nez. Evelyne va comprendre, c'est un peu comme la fin de la Colombière en plus raide plus long (déjà 50 km de montée dans les mollets)et cerise sur le gâteau un vent rageur en plein nez. On est en plein Kasansakis, que la souffrance nous rappelle qu'on est vivant!

 

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Etant partis à 8h30 je suis arrivé au col à 17h, belle journée d'effort. Maxime ne m'a mis que 50 minutes dans la vue, il en a aussi chié, ouf! car je me demandais si j'étais encore à ma place.

 

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Superbe descente en Italie par une route comme seuls les Italiens savent en construire. Ça a bombardé dur, devant moi j'avais Pantani, je n'ai pas cherché à le provoquer!

 

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Camping à San Léonardo, nuit sympathique dans un coin pas trop populeux. Personne ne parle italien, nur deutsch. On a même vu écrit en allemand: le sud Tyrol n'est pas italien. Ambiance ambiance, vive l'Europe.

J'avais prévu de repasser en Autriche dès demain, mais j'avais mal vu la carte et j'avais oublié un col de 1400 m de dénivelé qui culmine à 2094 m. Ce sera notre étape de demain en vue de s'avancer sur le col qui nous fera passer une fois encore la frontière.

1 août San Leonardo à San Giacomo col de Jaufenpass ou Passo Giovo et 30 km de montée vers le Passo Vizze 65 km 1965 m de dénivelé

 

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Il est 14 h on mange à Vipitelo après avoir gravi le col de Giovo.  Montée de 1400 m assez tranquille dans le brouillard en finale et parfois sous un petit crachin, juste de quoi nous rafraîchir. Descente d'enfer j'ai suivi Pantani mais je ne vais pas le provoquer plus, on s'est fait un super dépassement de voiture en duo, ça m'a rappelé ma jeunesse à moto. Promis je me calme.

 

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Cet après-midi on attaque le col suivant qui sera désert car il n'y a pas de route qui descende en Autriche. Ça va être notre séquence Atacama, Amérique du Sud, quand même on n'est pas là pour que ce soit trop cool. 

Nous attaquons une longue montée sous un ciel uniformément couvert. La pente est raide et n'en finit plus de s'enfoncer dans une longue vallée. Nous passons le village de San Giacomo et allons bivouaquer trois kilomètres au-dessus dans un endroit charmant au bord d'un torrent. Sauf que la couche de nuages dès les 19h30, à peine notre repas terminé, se déverse en une pluie continue, qui ne prendra fin que vers 5h du matin. Que ces nuits de bivouac sous des trombes sont agréables!

J'ai redécouvert les joies d'aller me laver dans un torrent glacé à 1500 m d'altitude et sous la pluie. Je pensais ce charme suranné oublié depuis une éternité, eh bien non! on revient toujours à ce qu'on a aimé!!!

2 août Passo Vizze puis descente sur Zell im Zillertal 52 km 832 m de dénivelé

Ce matin la vallée est obstruée juste au-dessus de nous par de vilains nuages qui ne me disent rien de bon. Nous prenons notre petit déjeuner en pensant à ce col Vizze qui nous attend quelques 800 m plus haut. De ce côté, ça n'a pas belle allure. Je me souviens trop bien des grosses caillantes dans le mauvais temps dans les Alpes, pour me sentir tranquille. Maxime n'a pas l'air perturbé, je m'attends à ce qu'il me dise: c'est top c'est cool.

 

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Nous démarrons à 7h30 dans un petit crachin et montons vers les nuages qui manifestement forment une couche épaisse. On se croirait dans une aube de fin du monde. Je m'attends au pire. Mais il ne viendra pas. Au contraire nous allons prendre un bon rythme sur notre piste de 11,5 km, qui somme toute n'est pas si mauvaise, pas de gros cailloux, pas de sable qui force à marcher en poussant le vélo, une piste civilisée.

 

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Sur les trois derniers kilomètres nous rentrons dans un brouillard épais avec un vent frais. la visibilité est réduite à 50 m tout au plus. Du col un petit raidillon nous amène au refuge de Vizze à 2294 m. Nous y faisons halte bien au chaud et nous reconditionnons pour la descente en Autriche.

Là, terminée la belle piste, un sentier de montagne la remplace sur 7 kilomètres. Maxime en fera une grande partie sur son vélo, pour ma part ce sera à pied au milieu des gros cailloux qui parsèment le chemin.

 

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Puis nous trouvons brusquement une belle route qui va nous conduire sous la pluie à Zell im Zillertall. Nous décidons de faire halte à l'hôtel, afin de faire sécher nos affaires qui commencent à être sérieusement mouillées. Cet hôtel est superbe, le personnel très accueillant, et l'espace sauna hammam une merveille. C'est la première fois depuis une semaine que nous nous arrêtons de pédaler avant 18h voire souvent au-delà de 19h. Que c'est bon!

Notre chambre est encombrée de tout le matériel qui sèche, pour que ça aille plus vite Maxime a même monté sa tente. Super séance de sauna et hammam, on y boit des sirops de fruits faits maison absolument fabuleux!

Le moral est au beau car justement ils annoncent une semaine de beau temps. On espère reprendre notre rythme et sans doute nous serons en Slovénie avant les prochaines grosses pluies. 

Pour le moment notre prochain massif montagneux autrichien le Dachstein, sans doute dans deux ou trois jours nous y serons.

 

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 3 août Maria Alm 50 km au sud de Salzbourg 121 km dénivelé 1546  

Ce matin, départ à 9h. Le temps est magnifique, on peut voir toutes les montagnes qui hier étaient cachées. Montée au Gerlosspass, col sans aucun caractère, un simple panneau au bord de la route sur une ligne droite plate.

 

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A la descente nous pouvons admirer la plus puissante cascade  que j'ai vue.

 

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Parfois nous avons des pistes cyclables, parfois non. Dans ce second cas, du fait de la forte circulation et des automobilistes pas toujours respectueux de la distance de sécurité pour doubler un vélo, il n'est pas très agréable de rouler. Mais sur piste un vrai régal.

 

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Les 15 derniers kilomètres sur une piste de toute beauté face à de grande montagnes calcaires sont de toute beauté.

 

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Notre camping est au pied de cette vague calcaire. Quel spectacle à la tombée de la nuit. 

 

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 4 août Hallstatt 109 km dénivelé 1658 m

 

La nuit dans ce camping fut absolument géniale, en plus internet sous la tente c'est le must. Le couple de vieux paysans autrichiens qui ont implanté ce camping sur leur terres sont absolument charmants. Très beau moment. Le lever de soleil sur les tentes un régal.

 

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Que le lieu est calme avant de replonger dans une circulation d'enfer au cours d'une longue étape et trois cols. En Autriche la limitation sur route est de 100 km/h. C'est rapide sur des routes assez étroites, juste deux voies et personne ne respecte cette limite. Les voitures qui nous passent à 140 voire plus sont légion. Comme toujours ceux qui font attentions aux cyclistes ce sont les Allemands, les autres ont tendance à forcer quand il y a quelqu'un en face. Un mauvais point pour les Hollandais, ils sont les pires pour raser les vélos.  Pourtant on m'a toujours mis en exergue leur savoir-vivre.

 

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Camping au pied du Dachstein dans une petite ville charmante Hallstatt, surpopulation généralisée en ville et dans le camping. Mais la tenancière est particulièrement sympathique et gère sa grosse foule avec bonne humeur et compétence. Gros orage dans la nuit avec des éclairs partout. Les tentes MSR tiennent bien le coup.

 

5  août pied du Sölkpass vers 1200 m Distance 71 km dénivelé 1215 m

Départ tôt, le lac au petit matin superbe. Tout de suite la première difficulté une montée à 23% sur 500 mètres. Dans un virage en forçant sur les pédales ma roue avant a décollé, c'est la première fois que cela m'arrive sur route. Maxime avait déjà disparu dans le lointain. 

 

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Vers les 11h superbe arrêt dans une pâtisserie salon de thé, très bons gâteaux et fraulein  sympa à l'accent à couper au couteau. Dommage que nous ne restions pas plus longtemps dans ce pays car je commence à m'habituer à leur accent marqué.

Très belle portion de route à travers une gorge surplombant un lac, circulation interdite, que cela fait du bien.

 

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Grosse chaleur, nous marquons l'arrêt sous un arbre et petit roupillon d'une heure avant de partir à l'attaque du col. On a fait une vingtaine de kilomètres et le bivouac s'effectue à même le bord de la route, heureusement peu de trafic. On se débrouille pas mal en matière de nourriture, pâtes, riz, beaucoup de charcuterie, fromage, du pain généralement excellent et des fruits en pagaille. Ça nous réussit pas trop mal.

6 août passage Sölkpass 1790 m arrêt à Völkermarkt  distance 117 km dénivelé 1249 m

Notre lieu de bivouac:

 

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On a attaqué le col pour les dix derniers km à la fraîche et c'est passé tout seul.Les 3 derniers kilomètres à 12% on les a à peine vus. Au sommet petite rigolade avec trois motards dont une motarde autrichiens.

 

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Une super moto Guzzi est venue. Maxime s'est fait un plaisir à la doubler dans la descente. Je n'ai pas pris part aux réjouissances. Cette partie de l'Autriche avant la Slovénie est superbe, des petites routes sans trop de véhicules, de belles pistes cyclables, et partout dans les champs les paysans font les foins. Ça sent bon, le vélo est un vrai plaisir dans ces conditions.

A midi, menu du jour dans un petit restaurant au très bon accueil. On a mangé des chanterelles excellentes ramassées la veille par le chef cuisinier dans la forêt au-dessus, le paradis!

Après-midi rentable malgré la grosse chaleur, 60 km le long d'une belle vallée, certes descendante, mais avec un petit vent adverse.

 

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Puis en finale quelques raidillons pour arriver à Völkermarkt. Petit hôtel au très bon accueil au centre ville. C'est mon côté petit bourgeois, Maxime serait peut-être retourné dans la touffeur en bordure de route un peu plus loin. Mais je ne lui ai pas laissé l'alternative, merde quoi dans une vie antérieure j'étais chef!

Nous sommes à moins de 40 kilomètres de la frontière, demain nous dormirons en Slovénie. Les conditions météo s'annoncent assez bonnes, même si la grosse chaleur va durer. Pourvu que ça tienne jusque dans les grands cols italiens et suisses.

7 août Seebergpass  Kranj 88 km dénivelé 873 m

Départ assez tardif vers la frontière slovène à 40 km. Le Seebergpass n'est pas très difficile mais très joli. Des grandes courbes en lacet avec pente raisonnable. Mais j'étais un peu beaucoup à la ramasse. Je paie les 12 jours de vélo à pédaler du matin jusqu'à 18h, parfois plus tard, tous les jours.

 

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Longue pause au sommet. La descente sur Kranj s'est bien passée car ça descendait justement. En arrivant dans la ville, juste à l'entrée une épicerie un peu genre balkanique. On s'arrête pour acheter une demi-pastèque. Mais nous ne parlons pas slovène.

Je demande à la tenancière:

Do you speak english? No

Sprechen Sie deutsch? No

Parlez-vous français? No

Flisni shqip? Po

Super elle est albanaise. On achète notre pastèque, elle sort un grand couteau. Elle nous sort des caisses pour nous asseoir. On entame la conversation Elle est de Priseren, une vraie ville d'Ali Baba au Kosovo. J'avais adoré. Je revis dès que je mets les pieds dans les Balkans, même si la Slovénie en est à peine la porte d'entrée.

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Difficulté à se loger. Camping 10 km à l'est. On trouve un couple de prof d'EPS de Chambéry en voyage à vélo qui vont prendre la même route que nous vers les Dolomites.

 

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8 août  Tolmin 82 km 914 m de dénivelé

Nous sommes en route pour les Dolomites. Nous faisons une pause dans un café, les gens sont super sympa, ils nous parlent de foot, moi qui ne connais pas un seul joueur ça les fait rigoler, eux qui vous citent tous les joueurs  de Paris, Marseille ou Lyon.

 

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Demain on devrait passer en Italie et les gros dénivelés vont reprendre. Mama mia!!!

Etape sur petite route pas trop passante, agréable, malgré la grosse chaleur et la multitude de points de passage qui ressemblent à des cols et qui n'en sont pas.

On se refroidit comme on peut.

 

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Camping sympa avec musique nostalgique balkanique,on en profite car demain on retrouve l'Europe plus classique en Italie. La bière Lasko se laisse boire sans problème!!

Par crainte de l'orage et aussi pour être en mesure de rouler dès 6h30 pour échapper à la canicule, nous avons opté pour les cabanes en bois. Nous sommes dans celle de droite à la fenêtre ouverte.

 

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 9 aoüt  Pontebba 92 km 2009 m de dénivelé

Ce matin nous décidons de changer notre mode de fonctionnement en partant plus tôt. Nous avions prévu le départ à 6h30, nous sommes partis à 6h55, c'est déjà pas mal demain on fera mieux. 

Un petit brouillard nous accompagne les premiers kilomètres, les super phares de nos vélos sont une sécurité supplémentaire. Nous profitons de nos quarante derniers kilomètres en Slovénie. Nous n'y sommes pas assez restés, dommage car ce pays est vraiment attachant. L'ambiance des villes est calme et accueillante, les campings bien organisés, peu chers et pas trop encombrés.

Passage au pied de Caporetto, tristement célèbre pour les Italiens au cours du premier conflit mondial.

 

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On profite de nos dernières statues bien dans la tradition balkanique et soviétique. Pourvu qu'avec l'entrée dans l'Europe tous ces pays au passé plus ou moins communiste ne détruisent pas les traces de leur histoire, même si elle fut douloureuse et tragique.

 

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Premier col qui nous conduit en Italie. Jolie petite route avec très peu de circulation, voilà le vélo  comme on l'aime.

 

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Arrivée vers 13h dans une vallée basse en Italie sous une chaleur suffocante. On s'arrête au restaurant, Maxime mange comme un ogre à une vitesse faramineuse. Pourtant je croyais m'y connaître en repas ingurgité à fond la caisse avec une carrière dans l'armée de l'air. Eh bien j'ai encore à apprendre. Je ne m'étendrai pas sur les techniques d'ingurgitation à full speed.

Nous pensions rester cloués sous la chaleur, mais on a décidé de ne pas réfléchir et vers 14h on a attaqué la côte suivante de 19 km. Ça c'est bien passé au delà de nos espérances. On a fait une petite halte baignade dans le torrent qui nous faisait des clins d’œil. Absolument sublime.

 

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Les premières montagnes dolomitiques ont fait leur apparition, et ce n'est qu'un début.

 

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Petit hôtel sympa, bien en Italie ça parle fort au bar et la bière est un peu moins bonne qu'en Autriche, mais on la boit quand même.  

 

10 août bivouac dans la pampa 50 km 1640 m de dénivelé

Nous avons fait tous deux le col le plus difficile de notre vie à vélo. 1100 m de dénivelé dont de très longs passages entre 15 et 20%, même certaines portions encore plus raides. Son nom: Passo Canon di Lanza. Ensuite encore une pente à 18% en pleine chaleur vers 14 h, dure journée.

Point de bivouac très sympa on s'est baigné et lavé dans un torrent pas trop froid. 

 

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11 août camping au pied des Tre cime di Lavaredo 86 km 2031 m de dénivelé

Encore une dure journée. En finale dans des pentes à 12%, Maxime a pris une partie de mes bagages, sans doute demain toute petite étape, car cela fait 16 jours que l'on roule sans se reposer, 1566 km et 21933 m de dénivelé. Il va falloir calmer un peu le rythme.

En tout cas des Dolomites sont d'une grande beauté, malgré le fort trafic sur la route.

 

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12 août Bivouac à 15 km de la Marmolada 52km 1280 m de dénivelé

 

Nous avons quitté le camping des Tre cime assez tardivement vers 9h. A priori la bête repart après un repos un peu plus long que d'habitude. On n'a fait que passer à Cortina d'Empezzo, car WE du 15 août oblige, la foule est immense. On attaque dans la foulée le col de Giau, à peu près mille  mètres de dénivelé. Maxime fait la course avec les vélos justement de course, alors que moi je me traîne à mon allure habituelle, pourtant on a échangé nos sacs, lui ayant pris le plus lourd.

Le décor est fabuleux, je reconnais des parois grimpées il y a déjà presque 40 ans, snif ça passe.

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Dans la descente une vision magnifique sur le Civetta la plus fabuleuse paroi des Dolomites avec ses 1200 de développement.

 

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 La Civetta et ses 1200 m de paroi et dire que des grimpeurs l'ont gravie dans les années 30, quand on pense au matériel de l'époque, prodigieux!

 

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13 août bivouac un peu après Merano 120km 1635 m de dénivelé

Départ très matinal de notre bivouac, 6h40, on gravit le col de Fedaia à la fraîche sans beaucoup de circulation. 1000 m de dénivelé, à 9h nous y sommes. Les 6 derniers kilomètres sont très raides et continus dans les 15%, les rampes du col de Marie Blanque dans les Pyrénées, pourtant célèbres, sont moins longues et moins raides que ce qu'on trouve souvent dans les Dolomites.

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La vue au cours de cette montée est époustouflante sur une multitude de parois qui émergent dans le soleil du matin.

 

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Café à Canazei. On met le cap sur Bolzano, et nous quittons les Dolomites.

Nous passons le col de Costalunga à 1752 mètres et nous quittons les Dolomites. Un descente rapide vers Bolzano nous amène à une belle piste cyclable que je connais. Elle nous conduira au pied du col du Stelvio le deuxième des Alpes après l'Iseran. Nous poussons jusqu'à Merano, camping complet, aïe, il nous faut continuer et 6 km plus loin nous trouvons notre bonheur, ouf.

 

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 14 août  Santa Maria Suisse 90 km 2384 m de dénivelé

Départ vers 8 heures, l'étape d'hier ayant été longue, 7h30 sur le vélo. Dans un premier temps on remonte le val Vinosta jusqu'à l'embranchement qui conduit au fameux col Stelvio, qui culmine à 2756 mètres. On a l'intention de monter jusque vers 1500 et de le gravir demain.

On parcourt les 45 km de fond de vallée par une piste cyclable entre les pommiers.

Arrêt à Prato allo Stelvio, où j'avais passé la nuit il y a quelques années lorsque j'avais gravi le Stelvio avec Gérard au cours d'une traversée Venise Thonon-les-Bains. Après un sérieux casse-croûte, nous reprenons la route  à 13h30, et atteignons notre point prévu d'arrêt vers 15h. On se sent une forme superbe, donc c'est parti pas d'arrêt. La magie  du Stelvio joue à fond, et j'arrive au col un peu après 18h, bien qu'ayant eu un petit passage à vide 5 km avant le sommet. J'ai poussé mon vélo quelquLs centaines de mètres. Maxime ne m'a pas trop attendu au sommet. le temps est mitigé.

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Nous descendons  sur la Suisse par le col Umbrail ou de Santa Maria, mais seulement 50 mètres de montée. Splendide descente, bivouac  dans une clairière au-dessus du village. Forts orages qui se sont succédé au cours de la nuit. Mais les tentes ont bien tenu. 

 

15 août 10km de Saint Moritz  58 km 1230 m de dénivelé

Départ vers 8h, le temps semble assez beau en ce début de matinée, mais il fait frais.

 

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Première difficulté, l' Ofenpass ou Pass dal Fuom, 2149 mètres d'altitude. Malgré le gros dénivelé de la veille la montée se passe assez bien.

 

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A la descente sur Zernez, surprise on remonte de 200 mètres après une première descente. Je suis sec!!! Maxime caracole loin devant.

On teste notre premier bistrot suisse. ils acceptent les euros mais les prix! 17 euros une assiette de pâtes.

Le temps ne va pas vers le beau, on s'attend à en c.. un peu dans les derniers cols qui s'annoncent avant Interlaken.

Durant notre repas de midi des grosses trombes d'eau s'abattent. Ça se calme et nous partons à 13h30. Mais rapidement la pluie revient et s'intensifie. A 10 km de Saint Moritz nous devons attaquer notre col suivant, mais les conditions météo se dégradent, pluie forte et nuages bas, donc un col à plus de 2300 mètres cela ne nous inspire pas. On trouve une chambre chez l'habitant dans le village de Madulain. La propriétaire est sympa, et sa maison une ancienne ferme très originale avec un petit air vieillot que j'adore. Et puis on est au sec à l'abri de l'humidité.

Les prévisions météo à 4 jours sont très mauvaises, neige prévue à partir de 3000 m. Le 15 août est toujours un tournant pour le temps. On réfléchit, on consulte les horaires de train, on décide ce soir si on s'engage  dans les derniers cols prévus ou si on déclare forfait en prenant le train pour Bâle.

16 août 

Nous avons décidé de rejoindre Bâle à vélo mais par les fonds de vallées et non les cols, le mauvais temps y sera moins éprouvant. Un col cependant à passer l'Albulapass  2312 m juste au-dessus du village où nous nous sommes arrêtés hier. Nous allons attendre un moment pas trop défavorable pour le passer. Vers midi il est question d'une accalmie. 

Une fois passé ce col nous suivrons la vallée par Chur, Zurich, Bâle et retour dans les Vosges.

16 août Chur 83 km 1043 m de dénivelé

Après une bonne nuit nous partons vers les 10 heures en direction de l'Albulapass. Le temps n'est pas à la pluie bien que très nuageux. On monte sans se faire mouiller, au sommet il fait très frais.

 

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La redescende en direction de la vallée du Rhin se fait sous un ciel très menaçant, mais pratiquement pas de pluie. On s'arrête manger un platée de frites avec un petit bout de viande et un café, on s'en tire pour 52 euros, même la carafe d'eau ils la font payer.

 

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Le Rhin encore tout petit

 

Camping à Chur, demain cap sur Zurich et ça va pas tarder à sentir la fin du voyage.

 

17 août Zurich 128 km 602 m de dénivelé

Après un petit déjeuner pris à l'abri de la pluie, nous partons vers les 8 heures dans une ambiance humide, petite pluie qui rend ces fonds de vallées  des Alpes bien tristes.

 

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L'itinéraire de la piste cyclable du Rhin nous balade à flanc de colline. A midi nous n'avons fait que 30 km. Nous pique-niquons au bord du Walensee.

 

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Puis nous reprenons notre route à petit rythme. Vers 18h nous réalisons que nous n'aurons pas d'opportunité en matière de camping sauvage. Alors on appuie au max sur les pédales pour rejoindre Zurich et son camping. Nous y sommes à 19h30.

La Suisse est vraiment très chère, quelques courses pour pique-niquer: 47 euros, la place de camping 20 euros. Nous sommes contents à l'idée que nous ferons notre dernière étape suisse demain.

 

18 août retour à la maison pour Maxime et Altkirch pour moi

Maxime 190 km 2000 m de dénivelé

Luc 138 km 1040 m de dénivelé

 

Départ tardif du camping de Zurich, car la veille nous avons roulé jusque tard. Petite mesquinerie qui me fait cependant bien plaisir, nous n'avons déclaré qu'une tente au camping et on a cependant payé 40 euros à deux. La resquille ce n'est pas ce que j'aime le plus mais dans ce cas j'ai bien aimé. D'autant plus que notre place était minuscule collée contre la route passante et une voie ferrée aussi très active. 

Donc départ à 9 heures en direction de Bâle. On commence par se tromper dans Zurich ce qui occasionne quelques détours, et quelques renseignements demandés. Certains Suisses dans ce coin ne parlent pas un traître mot de français, donc allemand obligatoire, par contre certains font l'effort d'essayer de parler, pas toujours bien. C'est intéressant à constater. 

Une fois sur la route de Bâle nous prenons un bon rythme malgré le vent défavorable, qui impose des efforts supplémentaires. Arrivée à Bâle vers 16 heures. Nous négocions bien la traversée de la vile sans perte de temps.

Nous retrouvons la France à Saint-Louis. Nous prenons la direction Altkirch. A Hesingue après 105 kilomètres nous faisons notre seconde  pause casse-croûte. 

Elle lui trottait dans la tête depuis le matin, l'envie de rentrer à Ventron d'une traite. Il est 17 heures et la distance à parcourir est de 90 kilomètres avec vent défavorable et le col d'Oderen à passer. Je ne me sens pas de tenter l'expérience. Cependant j'encourage Maxime à se lancer si c'est son envie, malgré ses scrupules à me laisser. Donc je le vois disparaître rapidement. Il arrivera chez lui à 22 heures. Pas mal, Zurich Ventron avec des sacoches et vent défavorable.

Pour ma part je repars sur un rythme plus calme, cependant il me faut appuyer sur les pédales, car il y a des bosses et toujours ce vent dans la figure depuis 4 jours.

La fin d'après-midi est très belle et malgré la fatigue je trouve très agréable de rouler sur cette route vallonnée. Du hauts des monticules on aperçoit très clairement les Vosges.

 

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La fin est proche. A Altkirch j'ai quelque peine à trouver un point de chute pour la nuit. Un hôtel très sympathique me permet de dîner, mais n'ayant plus de chambre libre, la patronne m'autorise à planter ma tente dans la forêt attenante qui domine l'établissement.   Je fête à ma manière la fin de cette belle expérience, qui nous a conduits nous l'équipe improbable de deux protagonistes de 40 ans d'écart au cœur des Alpes.

Superbe nuit, je ne mets pas le double-toit de ma tente et j'ai de grands arbres en guise de voûte de cathédrale. J'ai un peu de mal à dormir correctement car je me suis installé de nuit et ce n'est pas très plat, et la vin a peut-être été un peu trop bon, beau Haut-Médoc. Je sais nous sommes en Alsace mais avec un filet de bœuf et une belle palette de fromage, de toute évidence un rouge consistant s'impose. 

 

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 19 août Cornimont fin de voyage 64 km 732 m de dénivelé

La nuit dans ma forêt n'a pas été très confortable.A 7 heures je descends la pelouse de l'hôtel et pars. Je réussis à trouver un itinéraire à travers de petits villages jusqu'à Thann, afin d'éviter les grands axes au fort trafic. Arrivée dans cette ville vers 9 heures, je fais un très agréable et copieux petit déjeuner. Sur les 6 villages traversés pas un seul n'avait de bistrot. Cela montre à l'évidence que l'on est en pleine désertification des campagnes.

Un peu avant 10 heures je reprends ma route à bonne allure. les 31000 mètres de dénivelé  accumulés depuis le 27 juillet manifestement m'ont donné la pêche. A vive allure je monte le col d'Oderen, col de départ et col d'arrivée de notre aventure. Je roule un peu avec un Allemand en voyage avec son fils, puis sur les derniers kilomètres avant le sommet avec un cycliste en vélo de course, qui a une bonne expérience du voyage à vélo. J'arrive au col à 11 heures 15, les Allemands me rejoignent. Mon téléphone n'a pas de réseau pour annoncer mon arrivée imminente à Danielle, le cycliste allemand gentiment me prête le sien.

 

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Vous pouvez constater sur cette dernière photo que  j'ai perdu ma petite bedaine, mais faites- moi confiance pour la reprendre malheureusement assez vite! Je suis avec le jeune Allemand.

 

Après un bon moment passé à discuter je me lance dans la descente et retrouve avec joie Cornimont et Danièle. 

Bilan: très belle expérience inter-générationnelle, qui demande à chacun à s'adapter à l'autre, ce qui n'a pas été trop difficile, sauf en matière de longueur d'étapes et d'absence de jours de repos!

Distance totale: 2299 kilomètres

Dénivelé total: 31864 mètres

Durée  24 jours

Dans ma planification j'avais prévu plus. D'une part, nous avons écourté notre traversée des Dolomites, car gros trafic en août et puis les pentes sont très difficiles, et d'autre part le mauvais temps en Suisse nous a amenés à éviter les grands cols du centre du pays, ce qui a entraîné une baisse sensible de la distance parcourue.

Merci à ceux qui nous ont encouragés par leurs petits mots et aussi à tous ceux qui ont pris de leur temps pour nous suivre.

 

 

 

08/01/2015

Mon premier livre "quelques récits d'un touche-à-tout" Editions Persée

 Vous pouvez le trouver en le commandant dans toutes les librairies. 17 récits dans divers domaines avec un fil conducteur l'engagement physique, souvenirs de jeunesse, montagne, voyage à vélo, expériences professionnelles siège de Sarajevo, Albanie d'où le titre " Quelques récits d'un touche-à-tout". Le lien suivant vous permettra d’y accéder.

-2013- 394 pages www.editions-persee.fr

Et puis si cela vous plaît faites-le savoir!  Merci

Traversée de l'Atacama à vélo

Un voyage de deux mois à vélo à travers le désert de l'Atacama de Arica au nord du Chili jusqu'à Santiago sa capitale, en passant par la Bolivie et l'Argentine sur une distance d'à peu près  3600 kilomètres, à travers l'une des plus arides régions du monde, est un projet enthousiasmant que nous nous apprêtons à entreprendre à partir du 16 octobre, sur une période de deux mois Flora et moi. 

Pour celles et ceux qui ne prendraient pas le temps de suivre ce voyage dans les détails, je rajoute une synthèse de 5 minutes de ces 40 jours sur la planète Mars:

https://www.youtube.com/watch?v=CvVUzUv-gDw

 

Elle est suissesse, elle a la grosse pêche physique et comme moi est fascinée par ce coin de la planète. Elle a renoncé à son projet initial, le parcourir en véhicule 4X4, choisissant de l'affronter à la loyale à la force des mollets et au moral, les deux étant intimement liés. Partir de cette façon sans se connaître, ayant simplement communiqué par le net et avoir déjeuné ensemble un jour dans la magnifique ville d'Annecy peut apparaître un peu comme un jeu de roulette russe. Mais il ne faut pas longtemps pour se jauger et juger de la motivation de l'autre. Le challenge lorsque la barre est assez haute se charge de vite souder l'équipe, chacun tendu vers le but à atteindre, sachant que l'entraide devient un besoin vital. Si la fin du chemin en elle-même ne représente rien de particulier, les efforts deux mois durant en vue d'y parvenir devraient créer l'esprit du chemin de l'aventure à laquelle nous aspirons.

Le vélo dans ces coins reculés rend à la planète sa dimension. Se soumettre de cette façon aux caprices du temps, du vent, du froid, du sable et peut-être de la neige sans savoir où l'on va pouvoir s'arrêter et poser sa tente si possible à l'abri de bourrasques furieuses  et subir les aléas du ravitaillement tout particulièrement sur les mille premiers kilomètres, cela crée les conditions qui nous attirent irrésistiblement, mais qui nous inquiètent aussi un peu. Ne pas se perdre, assurer dans tous les cas le minimum en particulier l'eau, bien prendre garde aux longues nuits durant lesquelles la température descend en-dessous de moins dix et bien d'autres choses.

Dans quinze jours l'aventure démarre. J'ai un peu de mal à l'imaginer, bien au chaud dans mon salon.

Dans un premier temps la préparation de l'itinéraire permet de rêver sur des cartes absolument extraordinaires dévoilées par Google earth. Cette région d'Amérique du Sud vue du ciel ressemble à la lune voire à la planète Mars, que l'on appelle aussi la planète Rouge.

Je me donne encore une semaine de vacances dans les Vosges entre cueillette des cèpes et pêche à la truite dans le dernier lac encore ouvert à cette activité après le 15 septembre, le lac des Corbeaux. En fin de semaine prochaine, retour à Lyon et préparation du matériel, du vélo et de quoi réparer la casse; les habits, le couchage, la tente, le réchaud et les gamelles, les appareils photo, l'intégration des données dans le GPS et plein d'autre choses. Les bagages devront être le moins lourds possibles, mais ce sera autour des 25 kilogrammes.

 

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Sur cette première photo notre itinéraire est matérialisé en rouge, et se développe sur 3500 km. On constate que  nous allons rester pratiquement tout le long dans des zones désertiques. Juste au nord de la trace rouge on distingue une tache bleue allongée, il s'agit du lac Titicaca, à la frontière du Pérou et de la Bolivie.

 

 

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L'itinéraire complet plus en détail

 

 

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Le trajet de Arica à San Pedro de Atacama qui se développe sur plus de  mille kilomètres dont 800 de piste et de sel. Il est détaillé sur les trois vues suivantes.

Cette première partie devrait nous prendre trois semaines. Elle représente la plus difficile, par le fait que nous serons en permanence en altitude(à part le début de la montée partant de la mer et nous conduisant à 4500m)  au-dessus de 3600 mètres, et souvent au-dessus de 4000, et parfois frisant ou dépassant de peu les 5000 en particulier dans le sud Lipez. La difficulté sera aussi directement liée à la quasi-absence de route goudronnée et parfois à la disparition de la piste dans le sable et les pierres. Le ravitaillement devra être étudié avec minutie car les quelques villages traversés ne seront pas en mesure de nous proposer un réel choix d'aliments. Nous allons compter sur un stock de pâtes et de riz. Cependant nous espérons rencontrer de loin en loin dans ce nul part des petits restaurants improbables où nous pourrons manger à l'abri du vent, et éventuellement trouver un toit afin d'éviter de dormir dehors.

 

 

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La première partie du trajet d'Arica au salar de Coipasa sur une distance d'à peu près 500 km dont plus de la moitié hors route goudronnée.

 

 

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La seconde partie du voyage, sans doute la plus étonnante sans être la plus difficile. Entièrement en dehors des routes, uniquement sur pistes ou directement sur le sel des deux salars de Coipasa et Uyuni, sur une distance de 300 km. L'altitude des salars est de 3600 mètres.

 

 

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La troisième partie de notre périple, le sud Lipez, passage de 400 km; à part l'arrivée à San Pedro de Atacama par route goudronnée, nous serons sur des pistes sableuses où parfois il faudra pousser les vélos, l'altitude rapidement après avoir quitté le salar d'Uyuni se situe entre 4000 et 5000 mètres, avec un court passage au-dessus de cette dernière altitude.

 

 

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La quatrième partie de notre voyage de San Pedro de Atacama à Salta nous fera passer par le paso Sico la frontière du Chili et de l'Argentine. Nous retrouverons des pistes et peut-être des routes goudronnées!

 

 

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La cinquième partie de Salta à San Miguel de Tucuma 300km

 

 

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La sixième partie de San Miguel de Tucuma à San Juan 700 km

 

 

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Dernière partie de la Rioja à Santiago du Chili

 

 

Je reviens plus précisément sur la partie de notre voyage qui a trait aux salars de Coipasa et d'Uyuni, ainsi que sur la région du sud Lipez.

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Les traits jaunes matérialisent les frontières entre le Chili à gauche, la Bolivie en haut et l'Argentine à droite et en bas.

 

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Au centre de la vue ci-dessus les deux taches blanches sont les salars de Coipasa et d'Uyuni, celui du haut le plus petit a une superficie de 2500 km2 et une largeur de soixante kilomètres et le second Uyuni s'étend sur 12000 km2 et dans sa grande largeur dépasse les 150km.



 

 

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Ci-dessus le salar de Coipasa d'une superficie de 2500 km2 et de soixante kilomètres de large.

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La zone entre les deux salas de Coipasa et de Uyuni, le chemin matérialisé est d'environ 70 kilomètres.

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                                                     La Laguna Colorada

 

                                                                  

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Désert de Dali

 

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La Laguna Verde et le volcan Licancabur qui frôle les 6000m, ce sera la fin du sud Lipez. la route en bas de l'image est goudronnée et en 2000 mètres de dénivelé elle conduit à San Pedro de Atacama

Ci-dessus différentes vues de la région la plus envoûtante que nous allons traverser, le sud Lipez. 400 km de piste et de sable entre 4000 et 5000 mètres d'altitude. Le rêve de tout cyclo-rando. Ceux qui en reviennent en parlent comme d'une expérience unique dans le vent le froid l'altitude, les pistes instables, mais l'incroyable beauté de l'une des régions les plus sauvages de notre planète.Terre perdue semée de lacs salés aux couleurs changeantes, du vert au rouge en passant par le bleu et le jaune, parmi lesquels jaillissent des volcans pour certains actifs et qui montent jusqu'à 6000 mètres. Dans cet enfer subsistent les flamants roses et les Vigognes, ainsi qu'un drôle de gros lapin à la queue en tire-bouchon, la viscache. Au cours de mes périples à vélo, lorsque j'ai rencontré des cyclistes lancés dans un tour du monde, le coin qui les a le plus fortement marqués c'est justement ce bout de Bolivie perché à la frontière chilienne. Tous, sans exception, cette traversée ils en parlent comme d'une révélation,  et l'on comprend que c'est la plus forte expérience à vélo qui les a marqués de façon indélébile.

 

J-2 lundi 14 octobre

Les sacs sont pratiquement bouclés. J'ai mis mon vélo en carton. C'est toujours une opération qui demande du temps, car dans les transports aériens les bagages sont malmenés, et les vélos sont des engins fragiles. Notre parcours aérien va nous mener de Lyon à Madrid puis à Santiago du Chili et enfin à Arica près de la frontière péruvienne. Cela fait trois transferts, ce qui augmente d'autant les risques de casse. En confectionnant mon paquet j'ai à l'esprit toutes les manipulations que cela va nécessiter. Il ne faut pas trop y penser!

Ensuite j'ai préparé mon sac avec le matériel pour cette aventure, de quoi camper par grand froid, les habits, le matériel de réparation du vélo et le reste. Cela fait un peu moins de vingt kilos. En route, il faudra selon les tronçons ajouter jusqu'à 10 kilogrammes entre l'eau et la nourriture. Donc une addition rapide me permet d'évaluer le poids de ma monture avec moi dessus à 110 kilogrammes.

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L'élément le plus lourd, la tente représente 3,1 kilos. Mais cet abri sera essentiel dans la réalisation de notre aventure. En effet, il faut s'attendre à des températures basses en-dessous de -10 et des vents violents. Donc ,une tente adaptée aux conditions très difficiles (en particulier résistance au vent) est essentielle afin d'assurer des conditions de sécurité minimales.

Le vélo comme moyen de voyager laisse libre cours à tous les espoirs d'aventure, en nous permettant une vraie confrontation avec la nature. Cela me rappelle mes lectures, en particulier les fabuleux écrits d'Ella Maillart, "croisières et caravanes" et "oasis interdites", pour n'en citer que deux. Dans les années trente elle arpentait les grands déserts d'Asie à pied et à dos de chameau. Elle narre cela de façon remarquable. En hiver, durant de longues semaines elle dormait en se protégeant du froid et des intempéries en se collant au corps de son chameau. Ces récits m'ont fortement marqué et cette envie de traverser de grands déserts, comme nous allons le faire, je la dois en partie à cette Suissesse, qui représente l'une des plus grandes exploratrices de tous les temps. Les déserts attirent par les conditions extrêmes qui y règnent. Ce qui m'interpelle et me fascine aussi, ce sont les noms qu'ils portent. Les plus grands sont largement pourvus en a, Sahara, d'Ad Dahna, Atacama, Taklamakan, respectivement situés en Afrique, dans la péninsule arabique, en Asie et Amérique du sud. Je me souviens d'une époque où je partais pour une mission de plusieurs mois en Arabie. Je m' y étais rendu à bord d'un avion militaire Hercule. Il ne volait pas très haut et nous avons traversé toute la péninsule arabique de la mer Rouge jusqu'au golfe Persique. J'étais resté fasciné, le front collé au hublot assis sur un missile, des heures à regarder défiler ces terres mystérieuses comme n'appartenant pas à  notre planète.  Cette expérience m'a aussi fortement marqué et sans doute l'envie de me plonger dans ces régions "hors de notre Terre" n'y est pas étrangère.

J

Ce matin je suis allé chercher Flora à la gare de la Part Dieu. Puis nous avons mis son vélo en carton. Le voisin nous a donné un bon coup de main pour desserrer ses pédales, en s'aidant d'un bras de levier d'un bon mètre. A 14h les vélos étaient sur le toit de la voiture et mon frère nous emmenait à l'aéroport. Sans problème nous avons pu les faire embarquer.

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J+1

Nous sommes en transit à Santiago après un long voyage de 13 heures et nous avons 12 heures d'attente avant de faire la dernière partie de notre trajet en avion pour notre mise en place à Arica;  Les bagages et les vélos à la consignes, quand même 40 euros pour deux, nous sommes partis faire un tour au centre ville où nous sommes en train de déjeuner dans un petit restaurant. On a profité de l'occasion pour faire du change en monnaies chilienne et argentine, mais pas de possibilité d'avoir des bolivaros. On espère à Arica, car à la frontière à Parinacota, il ne faut pas y compter. Nous avons aussi prospecter pour voir les possibilités de trouver de quoi emballer les vélos lors de notre retour, certain pour moi par Santiago et possible pour Flora. Les vélos procurent un moyen de voyager fabuleux mais procurent aussi beaucoup de soucis pour les faire accepter dans les avions.

Ce matin, la vision de l'avion alors que nous traversions le Andes pour passer d'Argentine au Chili était fabuleuse. Nous avons pu admirer l'Aconcagua dans toute son immensité. Bien entendu la première pensée qui vient à l'esprit c'est l'exploit moult fois répété par les pilotes de l’aéropostale, Guillaumet, Mermoz, Saint Ex et les autres, qui vers les années 1930 franchissaient cette immense barrière que je contemple bien au chaud dans notre boing 787. Eux, il leur arrivait de sortir à pied de la chaîne montagneuse, suite à un crash, après avoir bataillé des jours dans la neige, animés d'un farouche instinct de survie. il faut lire le "Mermoz" de Kessel.

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Notre dernière partie du voyage s'est bien commencée sans problème pour l'embarquement de nos vélos. 

J+2

Tout début de ce vendredi 19 nous arrivons à 0h15 à Arica.  Pas de chance nos sacs étaient dans les derniers à sortir de l'avion, mais nos vélos dans les premiers et les cartons étaient en bon état, ce qui veut dire qu'ils n'ont pas été maltraités au cours de ces trois changements entre Lyon et Arica.

Par contre pour trouver un taxi voulant prendre ces volumineux paquets, nous avons bien cru que nous n'y arriverions pas. Il s'en est fallu de peu que nous nous mettions à les remonter dans la nuit afin de parcourir les 18 km qui nous séparent de la ville. Pas terrible, surtout qu'il s'agit sur une partie de la terrible panaméricaine que j'avais expérimentée sur 600 km en Équateur, expérience dont on se souvient, mais c'était de jour, j'imagine difficilement ce que cela donne à deux heures du matin.

Mais un chauffeur de taxi a eu pitié de nous et a téléphoné à un de ses copains qui est venu avec une camionnette, et voilà comment à deux heures du matin nous nous sommes retrouvés dans un lit après 33 heures de voyage.

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Lever 7h15. Petit déjeuner sympa, mais nous n'avons pas vraiment faim. En effet, nos organismes n'ont pas encore bien pris en compte les six heures de décalage.

Ensuite, opération de remontage des vélos. Tout se déroule pour le mieux. Apparemment ils n'ont absolument pas souffert. Il faut reconnaître que nos grands cartons qui nous ont permis de ne pas démonter les roues arrières sont très pratiques même si pour le transport ils nous causent plus de soucis.

Premier contact avec la ville. Elle est vraiment dans le désert, qui la cerne de toutes parts. Par endroits, on a vraiment l'impression qu'il veut déferler à travers les rues. Notre première préoccupation, faire les réserves suffisantes pour la première partie de notre voyage, 1000 km au cours desquels les possibilités de ravitaillement risquent d'être  faibles, même si nous espérons trouver de loin en loin des lieux improbables, où il sera possible de manger une platée de riz ou des pâtes.

Les commerces sont nombreux, nous trouvons des cartouches de gaz. Nous achetons trois kilos de riz et quelques sacs de pâtes ainsi que tout un assortiment de denrées, salées et sucrées. Sur les  trois semaines à venir nous devrions passer la moitié des nuits dehors, donc notre fond de nourriture devrait nous permettre de tenir. En effet nous ne pouvons pas nous permettre de trop prendre car le poids est un ennemi redoutable. Nous allons chacun avoir des charges aux environs des 25 kilos, et la première côte fait deux cents kilomètres et 4600 mètres de dénivelé.

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Nous sommes allés nous promener au bord du Pacifique regarder les pêcheurs qui tiraient leurs filets à partir de barques en tout point semblables aux pointus de Méditerranée. Je n'étais pas le seul intéressé. En effet des phoques suivaient les bateaux en attente d'un poisson rejeté.

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Arica vue des hauteurs surplombant la mer

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J+3 66 km 1550 mètres de dénivelé

Nous petit-déjeunons, les vélos sont chargés. L'aventure va commencer. On nous a mis en garde contre la difficulté de la route à venir du fait de l'interminable montée. Le propriétaire de l'auberge qui nous reçoit connaît remarquablement sa région. Il nous parle avec passion de tous  les géoglyphes, ces immenses dessins à même la caillasse dans le désert. Il nous fait part de ses réflexions et de son expérience sur le mal des montagnes, la pouna. Elle n'est pas due simplement à l'altitude mais aussi aux forces telluriques du coin. Par exemple il nous affirme qu'à Putre, petite ville pas loin de la frontière avec la Bolivie, où nous passerons, bien que l'altitude ne soit que de 3500 mètres, il y ressent la pouna, alors que plus au sud au salar de Souriré à 4200 mètres il n'en ressent pas les effets! Nous verrons.

 

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Nous commençons par longer l'océan Pacifique sur 12 kilomètres puis nous pénétrons dans le fameux désert de l'Atacama. La route est enserrée entre d'immenses dunes aux teintes multiples. Les 38 premiers kilomètres sont presque plats, 400 mètres de dénivelé. Un restaurant avant le début des grandes pentes. Nous nous y arrêtons, mais il n'est que 11H30, donc rien n'est cuit. On se contente d'un sandwich.

 

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Nous reprenons notre route et de suite une immense rampe fait tomber la moyenne à 5 voire 4km/h. En effet, nous sommes très lourds, car nous avons une quinzaine de jours de nourriture en prévision des déserts boliviens. Mais il nous faut d'abord franchir ce premier obstacle avec un passage à 4600 mètres. Une montée de presque 200 km. On essaie de ne pas trop penser.

 

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Une dizaine de kilomètres plus loin un autre restaurant. Il est 13H30, donc tout est cuit, et nous nous régalons. La patronne nous affirme que le prochain point de ravitaillement se trouve à 30 kilomètres. Nous partons donc pas très chargés en eau, avec l'intention de bivouaquer vers la moitié du trajet et demain vers les 10 heures pouvoir nous ravitailler. Mais l'information s'avérera fausse, le prochain point est à 62 kilomètres et 1700 mètres plus haut à 3200 mètres d'altitude.

Nous partons donc confiants dans des pentes gigantesques au milieu des camions. Mais les chauffeurs sont très courtois avec nous et nous gratifient de grands bonjours. Les bords de la chaussée sont très raides. Va-t-on trouver un endroit où poser la tente?

 

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Vers les 19h, une petite gorge en amont. Je vais jeter un coup d’œil.  A une centaine de mètres de la route une petite plage de sable, idéale pour notre tente.

Rapidement elle est montée, le camping gaz est mis en œuvre et nous mangeons une bonne platée de riz et sombrons dans le sommeil.

 

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J+4 lieu de bivouac à Zapehuria altitude 3200, 45 Km 1800 mètres de dénivelé

Après une nuit longue et réparatrice nous attaquons confiants en direction de cette station à 14 km. Elle n’est pas là, nous faisons huit kilomètres supplémentaires. Sur le bord  de la chaussée un 4X4 arrêté. Le propriétaire nous dit que le prochain point d’eau est à plus de vingt kilomètres. Nous n’avons plus une goutte d’eau, il fait plus de trente degré et la pente est très raide. Avec nos vélos lourdement chargés en matériel et nourriture en prévision des pistes désertes à venir, nous nous traînons à six à l’heure. Je lui demande de l’eau. Il n’en a pas. A ce moment un camping-car freine. Sa plaque d’immatriculation est française, le 83 montre que le couple qui est à l’intérieur vient du Var. Je réitère ma demande. Le véhicule vient se garer et voilà comment nous remplissons toutes nos bouteilles, ce qui fait plus de sept litres.

 

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Nous  discutons un peu avec ces gens qui sont sur la route depuis treize mois. Puis chacun reprend sa route, eux vers le bas et nous dans cette pente infernale. Et la chaleur de plus en plus terrible qui se concentre comme dans un four le long de ces parois claires. Rapidement nous faisons une pause et le réchaud est mis en action pour des pâtes. Mais la chaleur est tellement pénible que nous replions vite tout et reprenons notre ascension. Il est hors de question de pouvoir s'assoupir, on a vraiment l'impression de cuire. 

 

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Vers les 17h nous rencontrons un camion en panne. Le chauffeur me demande si j'ai de quoi réparer. Je sors tout ce que j'ai pour réparer un vélo. Mais un camion ce n'est pas un vélo! Cependant notre camionneur ne perd pas sa bonne humeur et la conversation va bon train. Pour lui expliquer qu'un homme et une femme qui voyagent ensemble ne vivent pas ensemble est presque mission impossible.  Il nous raconte sa vie entre deux "ports" La Paz et Arica!

 

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On l'abandonne à son sort. La pente faiblit. Nous sommes sur un immense plateau. Mais rien à l'horizon. Puis soudain derrière une bosse du terrain le havre salvateur se révèle .

 

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Nous y trouvons une chambre et mangeons très bien. Puis nous nous enfonçons dans un long sommeil de 10 heures.

 

J+5 Zapehuria à Putré 32 km  altitude 3400, dénivelé 732 mètres

Après les efforts des deux premiers jours nous décidons de faire une étape courte. En effet, commencer à tirer comme nous venons de le faire avec des charges de trente kilos, alors que nous sommes partis pour un voyage de deux mois ce n'est pas très bon.

La route s'humanise. Aux côtes pas très longues et pas toujours raides succèdent des parties plates et des descentes. Les grands volcans sont de plus en plus présents. Ils sont enneigés de frais.

 

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On nous a dit que vers les 4000 il avait neigé la semaine dernière. Paradoxe de ces pays, un jour on étouffe et le lendemain il neige. Nous surplombons Putré en passant un col à l'altitude de 3550 mètres. D'un joli point de panorama nous contemplons la ville et le trajet qui nous mènera à la frontière 1000 mètres plus haut. Nous y rencontrons un motard australien qui parle couramment le français du fait de sa mère.

 

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Arrivés à Putré  un peu après midi nous trouvons une auberge "Hostal Cali" très accueillante. En plus elle est pleine de chats qui se vautrent partout et qui n'arrêtent pas de faire miaou-miaou.

 

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Je crains que le prochain point de contact internet ne soit à San Pedro de Atacama après 900 km de piste et vingt jours. Mais il n'est pas impossible que nous ayons une bonne surprise demain à Tombo Quémado ou dans une semaine à Sabaya avant d'attaquer le salar de Coipasa. Mais je fais le max pour donner des nouvelles, mais pas de panique s'il y a un silence de vingt jours. Merci Bertrand et bises à tous.

 

Nous somme arrivés à San Pedro de Atacama

Bonjour nous venons de terminer la première partie de notre périple. 1000 km dont 800 de pistes dans des conditions parfois difficiles. On a poussé les vélos dans le sable et la caillasse volcanique entre 50 et 60 km. 

Deux bivouacs d'anthologie entre 4600 et 5000 mètres d'altitude. Un passage dans une fournaise collés dans une espèce de talc avec 45 degrés du côté de Sacabaya. Un camion improbable nous a sortis de ce sale pas.

Le sud Lipez c'était vraiment la planète Mars sur 400 km. L'épreuve a été facilitée par deux qualités de Flora, un moral d'acier et une puissance digne d'un tracteur. Demain j'essaie de vous raconter ces vingt jours de folie et surtout de vous mettre de belles et surprenantes photos entre lagunes  multicolores et mers de sel ou momies de plus de 5000 ans conservées dans ces montagnes les plus sèches du monde.

 

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Je reprends le fil de notre aventure là où je l'avais laissé il y a 15 jours:

 

L’étape après Putré nous a conduits à passer un col à plus de 4600 mètres dans un décor magnifique, deux volcans à plus de 6000 mètres couronnés de neige. Le cumul du dénivelé depuis notre départ du niveau de la mer à Arica s’élève à plus de 5700 mètres. Le passage de frontière s’effectue sans difficulté. Notre arrivée à la tombée de la nuit dans la ville frontière bolivienne de Tombo Quemado dans un froid et un vent terribles est pour le moins patibulaire. Ces villes frontières fourmillent de personnes prêtes à vous arracher une sacoche ou plus. Les cyclos lourdement chargés sont particulièrement vulnérables. Mais à deux on s’organise, et mon expérience du vol quasiment à l’arrache, que j’ai subi il y a quatre ans au Pérou a été très formatrice. On détecte de ce fait plus facilement les individus qui ont l’intention de s’emparer de nos affaires. Je vais cependant y laisser mon compteur de vitesse pour un oubli de quelques minutes sur la table du «restaurant» où nous avons mangé une platée de riz. Ce qui m’a forcé à mieux utiliser mon GPS afin de connaître les kilométrages effectués.

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Après une nuit fort médiocre nous dégarpissons au plus vite de cet endroit sordide. L’équipement des vélos se fait sous haute surveillance d’un voleur qui guette la moindre inattention de notre part pour s’enfuir avec une partie de nos affaires. Flora pige vite le processus d’action de ce sordide individu et elle le maintient à distance pendant que je descends les bagages.

Les vingt premiers kilomètres sont rapidement avalés sur une piste roulante bien qu’il nous faille un peu pousser les vélos dans les pentes trop raides pour nos charges importantes. Dans le deuxième village, nous recherchons un point d’eau. Le lieu semble désert. Cependant nous détectons un mouvement dans une cour. Nous demandons de l’eau. Gentiment un homme nous remplit nos bouteilles vides. Il en profite pour nous indiquer un chemin plus court. Enfin les vélos chargés nous prenons le large. Le premier point de mon GPS nous donne la direction des pistes plein sud que nous allons suivre durant 800 km. Il est toujours assez inquiétant de se lancer comme cela à travers des régions réputées les plus arides du monde, avec comme seules indications des points GPS «piochés» sur Google earth. Quant à la nourriture et à l’eau on ne peut que se fier à nos estimations pleines d’incertitude.


L’information s’avérera complètement erronée du fait de la confusion entre le village de Sacabaya et la laguna de Sacabaya. Après quelques kilomètres nous allons être piégés dans des sables inconsistants au milieu d’une immense plaine bordée de grands volcans, dont l’un émet de ses flancs des panaches de fumée blanches. La température devient infernale. Notre moral en prend un sacré coup. Comment imaginer que nous allons traverser 800 kilomètres dans cet enfer absolument pas adapté au vélo? 
Un camion, le seul que nous verrons de la journée nous dépasse et nous met en garde quant au piège dans lequel nous nous enfermons. Dans un premier temps nous refusons son aide. Quelques kilomètres plus loin nous réalisons que nous n’aurons pas l’énergie de nous sortir de ce terrain mouvant, de plus terrassés par une chaleur accablante. Dans le lointain nous distinguons le camion à l’arrêt. Nous allons dans sa direction. Il se met en marche et vient vers nous. Nous l’arrêtons et acceptons son aide. Il nous conduit vers ce fameux village de Sacabaya, au milieu de nulle part, à travers un terrain totalement inconsistant de poussière blanche.

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Ce village du bout du monde est incroyable. Il y a un petit poste militaire qui contrôle les mouvements improbables. La frontière chilienne n’est pas loin, et les deux pays ne sont pas amis, depuis qu’au 19 ème siècle la Bolivie au cours d’une guerre a perdu son accès à la mer entre le Pérou et le Chili.atacama,arica,coipasa,uyuni,sud lipez,bolivie,chili,argentine,paso sico,san pedro de atacama,arbol de piedra,laguna colorada,laguna verde

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Nous débarquons avec nos vélos dans ce lieu étrange écrasé d’une chaleur suffocante. Qu’allons nous faire? Les militaires et le chauffeur nous regardent comme des bêtes curieuses et pas très sensées. Après un moment d’attente, on nous propose un logement dans un hôtel fermé sans eau ni électricité qui n’a sans doute jamais vu un client.

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Nous attendons devant  la porte fermée à clef un improbable propriétaire. Alors que nous commençons à désespérer un femme s’approche et nous propose de la suivre. Elle va nous offrir le gîte et le couvert pour une somme modique. Un problème de résolu. Mais comment allons nous sortir de cet enfer de poussière inconsistante? Alors le chauffeur vient nous avertir qu’à 5 heures, c’est à dire dans deux heures il part pour Négrillos, justement notre itinéraire y passe. Nous acceptons avec empressement son aide. Alors que nous préparons nos bagages, il nous dit de ne pas nous presser, car son départ est différé, puis il nous annoncera dans la soirée qu’il partira le lendemain matin très tôt. Après une nuit à ruminer nos incertitudes et à douter de nos capacités à affronter le défi de l’Atacama, nous nous préparons au départ en camion. Mais rien ne vient. Nous partons aux renseignements. Nous apprenons par personne interposée que le départ est prévu pour midi, puis pour 14 heures.

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Alors que nous commençons à douter sérieusement de la fiabilité du chauffeur, il nous annonce qu’il partira à 15 heures et cette fois en direction de Sabaya à proximité du salar de Coipasa. Nous n’hésitons pas et acceptons l’offre, cela nous recalera sur un terrain moins mouvant où nous pourrons décider de la suite de notre projet. Mais le moral n’est pas haut et nous pensons bien abandonner pour prendre la direction du bord de l’océan Pacifique et cela même quasiment  avant d’avoir engagé le combat. Après un transport de plusieurs heures dans un décor dantesque, nous voilà à Sabaya. Le moral remonte un peu, et nous décidons sans réelle conviction de nous remettre dans le course. Nous faisons quelques provisions chez l’hôtelier épicier en prévision de la traversée des salars de Coipasa et d’Uyuni et du sud Lipez, ce qui représente  une distance de plus de 600 kilomètres par des pistes réputées infernales. Je me dis que si cela se passe mal nous aurons la possibilité de nous échapper soit vers la ville d’Uyuni ou cent kilomètres plus loin en direction de la frontière chilienne.


Nous voilà donc partis lourdement chargés en direction de Villa Vitalinia petit village sur la route donnant accès au salar de Coipasa. Tout se passe pour le mieux, la vingtaine de kilomètres est effectuée rapidement sur une piste acceptable. Une fois en ce lieu, nous complétons nos réserves d’eau. Je suis toujours étonné de constater que dans ces villages en plein désert, à proximité d’une mer de sel on trouve des robinets qui délivrent une eau fraîche de bonne qualité, mystère de la nature. Des ouvriers en plein travail nous saluent. Ils nous indiquent un chemin direct pour le salar. Nous voilà mettant le cap plein sud vers ce premier miroir blanc de 50 km qui s’ouvre devant nous. Commence alors ce genre d’expérience qui reste gravée en soi pour la vie.

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Les roues crissent sur cette surface de sel. Je sais que cette entrée se fait par une zone humide, mais l’assurance des ouvriers quant à la dureté du sol nous a enlevé toute hésitation. Effectivement, le sol ne se dérobe pas sous nos pneus, même si parfois nous traversons des flaques. Les vélos se couvrent de sel, qui s’accroche en gros conglomérats un peu partout. Nous louvoyons entre des mares parfois importantes sur une vingtaine de kilomètres. Puis toute trace d’eau disparaît et nous voilà sur un sol dur, tout accaparés par le plaisir fou de traverser un lieu aussi insolite. Nous sommes seuls, aucun mouvement de véhicule. La vue porte loin. Mon GPS indique qu’il reste plus de trente kilomètres pour atteindre la rive sud qui semble cependant si proche. Lentement elle se rapproche. Il est important de sortir par une zone stabilisée afin d’éviter des efforts surhumains de poussage, les roues enfoncées dans des alternances de sable et de sel, qui bordent les abords des déserts de sel. Nous rejoignons un chemin, sableux en bordure sud . La chaleur est forte. Un village, nous y entrons, il est désert. Sur la place centrale, en réalité sur la zone sableuse qui en tient lieu un robinet. Nous en profitons pour faire un peu de lessive et nous nettoyer ainsi que les vélos, couverts d’une gangue de sel. La chaleur est terrible. Mais où est donc le chemin du village de Luca que mon GPS donne dans le sud est pour vingt kilomètres? Il nous faut absolument une indication. Nous partons doucement à travers les rues ensablées. Un chapeau immobile dans la fournaise, il dépasse d’un mur. Y a-t-il une tête dessous? Je l’interpelle par un «per favor» dans ce silence troublé uniquement par le vent, qui comme chaque après-midi monte en puissance. Effectivement, mon appel a un effet. Le chapeau pivote puis s’élève et une tête tirée du sommeil dans la torpeur ambiante nous regarde et répond à nos questions. Il nous faut repartir en direction du salar. Nous voilà à nous battre contre le sable qui obstrue le chemin. Vers les 18 heures nous décidons de nous arrêter et de monter la tente dans une légère dépression creusée par les eaux lors des rares précipitations. La tente est spacieuse. Nous avons de bonnes réserves d’eau et de nourriture. Une belle platée de riz est vite préparée et aussi vite engloutie. Le moral remonte après cette journée où nous avons effectué plus de 80 kilomètres dont 47 sur le sel.

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Assister à la venue de la nuit dans un lieu aussi insolite s’apparente plus à un rêve qu’à la réalité.
Bien que nous soyons bien installés, l’effet de l’altitude plus de 3600 mètres se fait ressentir sur la qualité de notre sommeil. Au matin dans un air immobile nous déjeunons rapidement et plions vite notre matériel et nous voilà en route pour Luca que mon GPS donne à 10 kilomètres. Nous y voilà. A la recherche d’eau, une femme nous donne une indication et nous nous présentons devant une cour. Un homme nous invite à entrer. Il nous offre un plein seau du liquide précieux. Nous en remplissons nos nombreuses bouteilles. Nous lui demandons si nous pouvons faire une lessive, car nos habits sont complètement imprégnés de
sel. Son épouse nous prête une bassine et nous voilà lancés à neuf heures du matin dans la plus improbable lessive de notre existence. On nous vend même deux bananes que nous dégustons avec grand plaisir.
A dix heures après des remerciements chaleureux nous reprenons notre route. Elle escalade les hauteurs au sud du village. Cependant une trace directe à travers un «golfe» en bordure de salar nous laisse envisager un raccourci possible. Alors la chance nous sourit, un véhicule s’arrête et nous voyant dans l’hésitation le chauffeur nous confirme que si nous suivons cette trace à travers cette zone de sel et de sable nous arriverons à Alcaya, le lieu que nous cherchons à rejoindre. Comme souvent dans ces bordures de salar les parties très roulantes et les parties ensablées alternent. Globalement nous avançons de façon satisfaisante. Mais la chaleur devient infernale. Vers midi nous quittons définitivement la zone du salar pour la terre ferme. Il fait horriblement chaud, mais rien pour s’abriter. Flora remarque une buse qui passe sous la piste. Il n’en faut pas plus et nous voilà allongés à l’intérieur à la recherche d’un peu d’ombre à nous faire cuire une gamelle de riz. La situation me fait penser au livre de Bernard Ollivier.

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En effet, lors de sa traversée du désert de l’Atlamakan en Asie il recourt aussi aux buses sous la route à la recherche d’un peu d’ombre. Sous notre piste nous profitons de ce moment de répit. Un bruit de moteur. De toute évidence il s’agit d’un deux roues. Je sors de notre trou et monte sur la piste. Le véhicule s’arrête et nous engageons la conversation. Le conducteur m’indique que le village d’Alcaya se situe à quelques kilomètres. Nous décidons donc de nous y rendre malgré la terrible chaleur qui nous écrase. Effectivement deux kilomètres plus loin sur notre gauche apparaît l’un de ces villages typiques, figés dans la désolation et l’absence apparente de vie. Nous y entrons. Dans une cour je vois deux femmes. Nous nous rendons au centre, où de drôles de constructions attirent notre attention. Il s’agit du fameux musée précolombien, qui retrace l’histoire d’une civilisation disparue il y a cinq mille ans d’après ce l’on nous expliquera. Pour le moment personne, tout est fermé et j’ai mal à la tête en proie à un début d’insolation. Je pars à travers le village à la rencontre des deux femmes entraperçues. Gentiment l’une d’elles m’accompagne jusqu’à la maison du couple qui pour une période de deux semaines gère ce site. L’épouse nous fait visiter le musée qui recèle quelques restes de cette civilisation perdue, puis le mari nous propose une visite de la ville morte dans la montagne. Nous acceptons mais seulement à partir de 18 heures en espérant que la chaleur devienne supportable. Ils nous invitent à prendre une douche, et nous découvrons de ce fait qu’il y a de quoi loger deux fous égarés dans cette fournaise. Il ne nous en faut pas plus pour profiter de cette occasion inespérée qui nous évite un bivouac dans des conditions difficiles.
A 18 heures, après avoir savouré la délicieuse omelette confectionnée par la maîtresse des lieux nous partons pour une incroyable visite dans la montagne sur les traces d’une civilisation disparue. Le guide et Flora marchent allègrement,  pour ma part j’ai du mal à avancer encore sous l'emprise d’un coup de chaleur. Ce que nous découvrons est tout simplement stupéfiant. Une ville étrange, immense toute de pierre à flanc de montagne. Les constructions ressemblent à de petites borilles semi-enterrées. Il n’y a pas de porte, seulement un orifice à section carrée d’une quarantaine de centimètres de côté qui permettait aux habitants de se glisser dans leurs habitations. Cela me semble effrayant et je ressens tout le poids de la claustrophobie à l’idée de me faufiler à l’intérieur. Mais le plus surprenant provient des sépultures qui recèlent des momies conservées dans des conditions étonnantes de par les millénaires. Cela est dû à l’hygrométrie presque nulle de ces montagnes les plus arides de la planète. Absolument stupéfiant. Les images se passent de commentaires! Cette civilisation aurait été anéantie par la chute d’un météorite à quelques dizaines de kilomètres. On peut effectivement voir un cratère de belle taille pas très loin.

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Le lendemain départ matinal malgré un quiproquo dû  au fait que nous sommes restés à l’heure chilienne qui diffère de celle de Bolivie. La journée commence par un poussage des vélos sur une piste dure mais trop raide pour que nous restions sur nos montures très lourdes. Arrivés au col qui nous domine après une petite heure, devant nous se dévoile le salar d’Uyuni, le plus grand de la planète. Nous restons subjugués par le spectacle. La petite ville de Salinas est vite atteinte. Il s’agit d’une bourgade où le  marché sur la place centrale donne une activité inhabituelle dans ces coins reculés.

 

Comment vous parler en quelques mots des cinq cents kilomètres suivants, parcourus en onze jours entre le plus grand salar du monde Uyuni et la traversée du sud Lipez haute terre entre 4000 et 5000 mètres, où le climat touche au paroxysme, grand froid la nuit, de la glace dans la tente, et des températures fortes la journée et puis ce vent terrible qui se lève systématiquement vers les onze heures pour ne s'apaiser qu'une heure après la venue de la nuit. Et encore ces poussages de vélos à l'infini dans le sable et les champs de lave. Un jour nous avons poussé 8 heures d'affilé dans la tourmente et une montée terrible avec un passage au-dessus de 4700 mètres presque jusqu'à la tombée de la nuit. Mais Flora indestructible ouvrait le chemin. Et puis ces rencontres de fous animés par la même envie de dépassement qui rigolent dans les pires situations. Une nature aux teintes inimaginables, on croirait qu'un spécialiste a retouché les couleurs des montagnes du ciel, des nuages et des lagunes. Les quelques photos ci-dessous vous donneront un bref aperçu de ce que furent ces jours de joie intense dans l'effort.

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Sur cette dernière photo nous sommes Flora et moi avec Daniel un Allemand voyageant au long cours jusqu'à la Tierra del Fuego. Nous effectuons les derniers kilomètres presque à reculons tellement nous avons l'impression de terminer une expérience d'une rare intensité au milieu de ces hautes terres boliviennes.

Dans quelques kilomètres le goudron et après une descente de 47 kilomètres, 2200 mètres plus bas à 2400 mètres d'altitude la ville très touristique de San Pedro de Atacama. La prochaine étape le Passo Sico à plus de 4000 mètres va nous conduire en Argentine, à la découverte d'une autre partie de ces immensités désertiques de l'Amérique du Sud.

 

Sur le lien suivant vous pouvez lire le compte-rendu spécifique que j'ai fait concernant  cette traversée de 10 jours du Sud Lipez:

 Notre traversée du Sud Lipez à vélo

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J'allais oublier: on a vu Moustaki

Donc après une journée et demie passée dans le village de San Pedro de Atacama, le Sud Lipez ne nous a pas calmés, mais au contraire notre envie de repartir dans ces grands déserts est plus forte que jamais et sur les 500 kilomètres à venir nous n'allons pas être déçus! L'aventure sera à la hauteur de ce que nous venons de vivre précédemment.



10 Novembre  Départ pour le Paso Sico


Ce col va nous donner accès à l’Argentine. Depuis San Pedro de Atacama deux chemins sont possibles le Paso Jama et le Paso Sico. Les deux sont de redoutables obstacles. Nous choisissons ce second col car d’une part nous avons déjà parcouru les 42 derniers kilomètres du précédent à la sortie du sud Lipez, et d’autre part il est réputé plus facile, bien que asphalté uniquement sur les 85 premiers kilomètres de la montée qui en comprend 216. Et je ne parle pas de la descente en Argentine, où nous ne retrouverons le goudron après San Antonio de los Cobres, c’est à dire 135 kilomètres plus loin, sans parler des portions qui par la suite ne sont pas asphaltées.


Nous partons donc à l’assaut de ce col assez tardivement, vers les 9h30, du fait des démarches douanières qui doivent se faire impérativement à San Pedro de Atacama, alors que nous ne quitterons le pays véritablement que trois jours plus tard. Nous prenons un bon rythme sur la route goudronnée. Nous longeons le salar d’Atacama qui s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres. Sans incident nous arrivons dans le village de Socaire vers les 17h après 86 kilomètres et 800 mètres de dénivelé.

 

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Nous sommes tout étonnés de cette distance parcourue, en pensant aux minuscules distances que nous effectuions dans le Sud Lipez en poussant nos vélos toute la journée, parfois à peine 20 kilomètres et généralement de l’ordre d’une trentaine. Très gentiment un homme nous accompagne pour trouver un logement. Ce n’est jamais très simple, mais nous finissons par avoir satisfaction. Le soir le restaurant attenant nous confectionne une excellente platée de spaghettis, mais nous en aurions bien mangé deux fois plus.


Le lendemain départ matinal, nous espérons monter rapidement. En effet, nous sommes à 3200 mètres d’altitude et la Paso Sico, bien qu’encore fort éloigné ne culmine qu’à 4060 mètres. Mais ce que notre carte ne nous dit pas, car pas assez précise, c’est qu’avant de l’atteindre il nous faudra d’abord passer trois points hauts dont deux dépassent les 4600 mètres. Nous sommes lourdement chargés, en particulier 7 litres d'eau chacun, car nous savons que nous avons peu de chance d’éviter un bivouac. Les deux premières heures sont longues, cloués sur place dans une pente raide en terre. Vers  midi le vent va se lever et par moments souffler en furie. Nous ne nous en plaignons pas car il nous pousse.

 

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Par moments il soulève de tels nuages de poussière que nous sommes littéralement aveugles, et nous devons nous immobiliser. Nous dépassons allègrement les 4200 mètres avant de replonger vers des lagunes d’une beauté stupéfiante. Nous commençons vers les 15 heures à nous demander où nous allons bien pouvoir nous arrêter pour la nuit dans ces éléments déchaînés. Vers les 17 heures sur le bord gauche de la route à quelques centaines de mètres un énorme rocher d’une dizaine de mètres de haut semble présenter un écran contre ce vent rageur. A son pied nous découvrons un petit espace sableux, qui correspond parfaitement aux dimensions de notre tente. Le lieu est parfait, l’altitude est un peu supérieure à 4200 mètres. Une fois bien installés nous pouvons assister à l’évolution des couleurs dans ce monde stupéfiant de l’Atacama. Au sol une herbe rase à la couleur jaune avivée par le soleil rasant se découpe sur le rouge sombre des montagnes qui l’entourent. Le tout rehaussé de touches de blanc éclatant, d’une part dû aux quelques névés qui subsistent et d’autre part du fait de la couleur de la roche qui par endroits s’apparente plus à du talc qu’à de la pierre. Absolument fantastique. Nous nous disons que tous les efforts consentis sont bien payés, de pouvoir assister bien installés dans notre tente à ce spectacle unique de la nuit qui vient sur ce désert de l’Atacama. 

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11 novembre


Après une nuit confortable malgré le vent qui a soufflé par intermittences et parfois très fort nous sommes d’attaque pour une nouvelle journée avec la ferme intention de passer en Argentine. Le Paso Sico n’est qu’à quarante kilomètres, mais ce que nous ignorons, c’est qu’avant de l’atteindre il nous faudra d’abord franchir deux passages au-dessus de 4600 mètres par des pistes pas très bonnes, pour ne pas dire plus, et le poussage sera long dans la première partie.
Donc vers huit heures après un petit déjeuner à base de flocons d’avoine nous nous mettons en route pleins d’entrain. Très vite la piste devient exécrable, et de plus elle monte dans le ciel. Deux heures plus tard nous atteignons le Camp el Laco à 4600 mètres. S’y trouve un  ensemble de bâtiments. Flora a la géniale idée d’aller voir si nous pouvons nous y approvisionner en eau et éventuellement acheter quelques denrées. Il s’agit d’une base de mineurs. Ils nous invitent à un petit déjeuner gargantuesque, qui nous remet  d’aplomb, car nos rations congrues ne sont pas vraiment adaptées aux efforts que nous effectuons. Nous passons une heure exquise à manger  comme des ogres dans une douce chaleur.

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Chez les mineurs je n'ai pas eu le temps de faire la photo qu'on avait tout mangé!


La reprise n’est pas trop dure, le vent est modéré et le soleil darde des rayons généreux. Cependant la pente continue à monter vers le ciel et pourtant le camp est à 4600 mètres. Enfin nous  arrivons au sommet de cette bosse et nous découvrons de l’autre côté un salar de plus, tout à fait splendide dans ce monde minéral. Sur le bord, minuscule, le poste frontière chilien. Nous l’atteignons, un dernier contrôle et nous continuons en direction de l’Argentine, encore fort éloignée. Le point frontière est à 25 kilomètres et le poste argentin 11 kilomètres plus loin. Avant de quitter les douaniers chiliens nous leur demandons de l’eau. Ils nous offrent une bouteille de 1,6 litre, c’est toujours cela en plus en cas de nouveau bivouac.

 

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La piste est un enfer, nous poussons sur plusieurs kilomètres. On se dit que jamais nous ne serons en mesure d’atteindre ce fameux Paso Sico. La piste ne s’améliore pas et commence à repartir dans le ciel. Mais le décor est tellement surréaliste que nous sentons à peine nos efforts, même si nous sommes quelque peu inquiets de la moyenne ridicule de notre déplacement.

 

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Puis la délivrance arrive. Au sommet de cette nouvelle bosse, la piste s’améliore et nous  nous engageons dans une descente d’une extraordinaire beauté, parmi des roches multicolores, de hautes dunes et des salars qui virent au rose. Dans un immense cratère  plusieurs cônes de terre offrent un spectacle d’un esthétisme parfait. Bien loin vers le bas un gigantesque salar se dessine.

 

 

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Cette région gigantesque est  loin des dimensions européennes.  Notre vitesse sur une piste dure est tout à fait satisfaisante et rapidement nous atteignons ce fameux Paso Sico, qui n’est pas à proprement parler un col, mais plutôt une plaine d’altitude.

 

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11 kilomètres plus loin le poste argentin. Les formalités sont rapides. Dans ce coin de désert nous sommes les seuls à nous présenter à la frontière. Manifestement les 36 kilomètres de piste entre les deux postes chilien et argentin se sont pratiquement pas utilisés. Nous n'y avons pas vu un seul véhicule. Il est déjà 16h30, et nous demandons aux douaniers s’ils peuvent nous héberger pour la nuit. Ils refusent. Ils nous donnent cependant une bouteille d’eau. Ils nous indiquent un village à 18 kilomètres où nous pourrons trouver un hébergement. Ce qui est embêtant, c’est que ce n’est pas notre route. Ils nous certifient que le village  se trouve sur un autre itinéraire qui n’est pas plus long et qui rejoint la route de Salta cinquante kilomètres plus loin.
Il ne nous en faut pas plus pour nous lancer dans une course effrénée pour essayer de rejoindre ce village avant la nuit. Même si le vent est avec nous, cela commence assez mal, une terrible piste en tôle ondulée qui de plus monte. Après quelques kilomètres nous nous demandons si nous n’avons pas réagi  trop impulsivement. Mais il est trop tard pour faire demi-tour, donc nous forçons sur nos pédales malgré la grosse journée que nous avons déjà derrière nous. Par miracle la piste s’améliore et le vent persiste en notre faveur. Vers 18 heures nous atteignons   ce village étonnant de Catuan, minuscule enfermé dans une gorge désertique. Nous y trouvons un logement rudimentaire et faisons quelques courses dans un mini-market qui n’a pas grand chose à offrir. Le coin est très dépaysant. Nous nous disons qu’il est préférable de loger chez l’habitant que de monter notre tente sans contact avec la population.



12 novembre


Départ vers les 8 heures après nous être confectionné notre petit déjeuner. Il fait bon, le soleil chauffe et le vent est nul. Le matin dans ces hautes terres est toujours agréable. On a du mal à imaginer que la nuit y soit  si hostile.  Après quelques kilomètres qui nous laissent pleins d’espoir quant à la facilité de cette portion de route non prévue, nous tombons sur les premières difficultés et elles sont de taille, une piste qui monte et qui est entièrement sablonneuse. Il s’ensuit une épuisante séance de poussage. En trois heures nous n’effectuerons que 13 kilomètres. Notre étape du jour en comporte 45. De plus pas une voiture, nous sommes vraiment sur une piste presque à l’abandon. Ce qu’il y a de plus épuisant nerveusement sur ce type de chemin, c’est de ne jamais savoir quand le sable commence et où il va s’arrêter. Parfois après cent mètres on peut remonter sur les vélos mais voilà qu’ à nouveau il faut pousser sur plusieurs kilomètres et tout cela dans une pente qui ne faiblit pas. La roue avant a tendance à se mettre de travers, entraînée par le sable pulvérulent. Les efforts pour la remettre dans l’axe sont épuisants. Avec cela l’altitude continue de monter alors que nous sommes déjà à plus de 4000 mètres. Loin devant nous, nous distinguons une crête. De toute évidence c’est par là que passe notre itinéraire pour rejoindre la route nationale qui va vers Salta. Enfin après plus de trois heures le point culminant  vers les 4300 mètres est atteint. Comment va être la descente?

 

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Un peu sableuse mais nous réussissons à prendre un bon rythme et enfin dans le lointain, à l’aide des jumelles de Flora, nous apercevons les véhicules qui lèvent des nuages de poussière sur la route que nous convoitons. Un salar de grandes dimensions nous en sépare. Nous le traversons sur une piste dure et le plaisir de se trouver dans ces environnements inhabituels est très grand.

 

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Malgré l’immensité qui se développe devant nous, notre vitesse qui doit frôler les 20 km/h nous laisse envisager de rejoindre rapidement cette fameuse nationale que nous avons quittée hier soir au poste de douane. Nous y sommes vers 13 heures. A l’abri d’un mur en ruine nous faisons une pause casse-croûte, thon, pain et une demi-pomme. Le lieu est désolé, complètement à l’abandon. On se croirait vraiment dans ces cités construites à la va-vite lors de la ruée vers l’or et désertées quelques temps plus tard du fait des espoirs déçus d’enrichissement du fait du défaut de filons rentables.

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La nationale est une affreuse piste sablonneuse molle qui alterne avec des passages redoutables de tôle ondulée. Deux états de la route qui sont un enfer pour le cycliste. Notre but de ce jour, le village de Olatacapo est distant de huit kilomètres. Il nous faut une bonne heure sous une chaleur forte pour les franchir. Les cinq cents derniers mètres pour accéder aux maisons sont impraticables et nous voilà à nouveau à pousser. Nous trouvons un hébergement et sommes satisfaits que cette étape prenne fin vers les 15 heures, car les jours précédents nous sommes restés dix heures sur ou à côté de nos vélos.

 

13 Novembre Olatacapo à San Antonio de los Cobres 60 km

Après une bonne nuit nous décidons de partir de bonne heure car l’étape de la journée fait plus de 60 kilomètres. Cela peut paraître peu, mais vu l’état de la fameuse RN 51  nous nous attendons à une étape que je qualifie de peu tranquille. Et je suis loin d’imaginer ce qui nous attend. En effet mon GPS donne la ville de San Antonio de los Cobres vers les 3900 mètres. J’en déduis que nous aurons peu de montée. Là, je me trompe très nettement. En effet il nous faudra passer un col à 4560 mètres d’altitude, et la piste est franchement horrible, sable en permanence et tôle ondulée très fréquemment. 31 kilomètres de montée, ils me semblent interminables. J’en arrive même à me demander ce que je fais là dans ces pentes infinies. Mais le col est enfin atteint et la descente ne pose pas vraiment de problème même si nous nous faisons secouer très sérieusement.

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Ces grandes randonnées à vélo ont ont un côté étrange. Alors que l’on passe des heures à se traîner le long de pistes sablonneuses ou  dans des pentes trop raides pour rester sur nos montures, eh bien dès que la phase suivante se présente, on oublie du passé, tout du moins tout ce qui nous a demandé des efforts épuisants, pour ne se souvenir que des paysages à couper le souffle.

 

14 Novembre San Antonio à Campo Quijano 130 km

Aujourd'hui nous allons renouer avec la route asphaltée, mais d'abord vingt kilomètres de piste. Cette dernière n'est pas mauvaise et nous n'aurons pas à pousser nos vélo dans le sable. Puis enfin le goudron, ce que cela est bon. Rapidement nous atteignons le Abra Blanca, col qui frôle les 4000 mètres. Alors s'ouvre à nous une descente gigantesque, qui va nous permettre d'effectuer plus de 130 kilomètres ce jour. Dans un premier temps le vent nous est favorable, mais dans l'après-midi il s'inverse et redouble de vigueur. Après un moment d'hésitation nous reprenons notre descente en appuyant sur nos pédales. Avec Flora nous nous relayons en tête face au vent rageur. Nous prenons goût à cet effort. Une dernière section de piste de 22 kilomètres et nous arrivons vers les 18h dans la petite ville de Campo Quijano.

 

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Nous quittons la piste pour l'asphalte

 

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Encore 22 km de piste, mais après nous devrions rester sur le goudron pour des centaines de km

Nous ne sommes plus qu'à une vingtaine de kilomètres de la ville de Salta. Mais nous avons décidé de ne pas nous y rendre. Nous mettrons le cap directement sur Cafayate.

 

15 Novembre Campo Quijano à Coronel Moldes 70 km

Nous sommes un peu déboussolés, d'une part du fait de quitter les pistes sur lesquelles nous évoluons entre 4000  et 5000 mètres depuis quatre semaines pour retrouver l'asphalte et la civilisation, et d'autre part du fait de la température modérée le soir et la nuit, alors que nous étions habitués au grand froid et aux moins dix degrés au lever du jour. Plus besoin de grosse couverture et de se coucher tout habillé. Au contraire il fait vite chaud et un simple drap suffit.

Nous nous levions tôt pour pouvoir rouler un maximum sans vent, il est toujours là et en plus il semble défavorable alors que généralement il était notre allié. Mais ce que nous allons devoir combattre maintenant ce sont les chaleurs suffocantes. En effet, au-delà de midi les quarante degrés seront dépassés, et de plus le vent fera virevolter des nuages de poussière. Donc on a l'intention de rouler de 6h à midi et de se trouver un coin à l'ombre pour l'après-midi.

Donc, fort de ce précepte nous démarrons ce matin seulement à 8H30. De plus suite à une erreur d'itinéraire, notre carte au 1/2 000 000 ne permet pas le détail, nous faisons une distance supplémentaire sans doute d'une bonne quinzaine de kilomètres. Mais dans le fond cela n'est pas plus mal, car cela nous évite la dernière portion de piste. Nous n'avons pas dû perdre beaucoup de temps. Que nous avons l'impression d'aller vite sur cette route asphaltée. Nous menons à tour de rôle et les kilomètres défilent. Deux petites pauses pour manger un gâteau une pomme et se désaltérer et nous sommes à Coronel Moldes un peu après midi.Nous avons abattu de l'ordre de 70 kilomètres. Mais il est vrai que les derniers dans la chaleur et contre le vent étaient fatigants. En dehors du grand plaisir d'avoir l'impression d'aller très vite, tout en faisant attention à la circulation parfois assez dense, nous n'avons rien remarqué de particulier sur ce tronçon. Nous ne sommes plus dans le même voyage qu'au cours des quatre semaines précédentes. Nous espérons cependant que la route jusqu'à Cafayate sera plus pittoresque que notre étape du jour. Je vous en reparlerai sans doute dans deux jours car cette ville est distante de 130 kilomètres. Mais si le démon de la défonce nous prend et que le vent trouve cela rigolo et nous aide, ce sera peut-être demain! Mais ne rêvons pas trop!

 

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16 Novembre Coronel Moldes à Cafayate   128 km

Départ à 6h, il fait encore nuit. Après une brève hésitation nous nous lançons. A cette heure la ville est endormie et la route est déserte ou presque. Démarrer comme cela au petit matin et très agréable du fait du trafic nul ou presque et de la fraîcheur. Les conditions sont idéales pour pédaler. Attention seulement aux chiens que l’on voit tardivement dans ce jour tout juste naissant. La  première bourgade de la Vigna est vite atteinte, 23 kilomètres en une heure. On comprend que nous avons toutes les chances de rejoindre Cafayate si les conditions se maintiennent, absence de vent et ciel couvert. La route s’insinue dans des gorges magnifiques. Sur 80 kilomètres une multitude de formations rocheuses et terreuses va nous étonner à chaque virage et à chaque montée. Le rouge prédomine. Une rivière au flux presque nul s’étale et donne l’illusion d’un large cours d’eau, car le sable du lit est mouillé.


Le vent nous est favorable et à 13H30 nous arrivons à Cafayate, petite ville touristique, dont la réputation provient de son vignoble, en particulier de son vin blanc. Allons-nous le tester? Pas si sûr car demain il nous faut rouler et ils ne vendent pas de demi-bouteille!


Le fait de rouler de cette façon en partant avec le jour est agréable à plus d’un titre et cela permet de passer tranquillement l’après-midi à se reposer en déambulant sans se presser dans la ville et puis aller s'asseoir à la terrasse d’un café à regarder la vie locale. Dans ces conditions on est bien en forme pour enfourcher nos montures dès le jour naissant le lendemain avec l’intention de dépasser encore une fois les 100 kilomètres. Cependant nos ambitions risquent d'être contrariées par un col de plus de 3000 mètres d'altitude qui s'annonce sur notre route. La grande étape risque plutôt d'avoir lieu le lendemain jusqu'à  Concepcion.


Une fois arrivés à Cafayate nous avons élu domicile dans un petit hôtel sympa qui met à notre disposition une cuisine. Nous partons immédiatement faire des courses, légumes, œufs, sardines, pain et fromage de chèvre. Flora confectionne une grosse salade que nous accompagnons d’une énorme platée de pâtes. Nous engouffrons tout cela de bon appétit.

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Le moral est au beau fixe. Si les conditions de route se maintiennent, vent pas trop gênant, et chaleur raisonnable comme aujourd’hui, nous envisageons de rouler jusqu’à Mendoza puis Santiago sans jamais avoir recours au bus. Pour le moment nous n’en sommes pas encore là. Nous avons décidé de rejoindre la Rioja, ville distante d'à peu près de 500 kilomètres et de faire un point à ce moment.

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17 Novembre Cafayate Aimaicha de la Valle 75 km

Aujourd’hui nous allons rouler sur le mythique Ruta 40. Nous quittons Cafayate à 6H20 après que je sois retourné récupérer ma frontale oubliée sous l'oreiller.  A la sortie de la ville les vignes s'étirent sur plusieurs kilomètres. Hier nous avons bu un excellent blanc d'ici.

La route en ce dimanche matin est déserte et nous avançons rapidement. Nous en profitons pour faire un petit détour de quelques kilomètres par une piste afin de visiter un ancien site indien. Il s'agit d'une multitude d'enclos aux murs de pierre qui s'étalent le long d'un grand flan de montagne. Nous n'avons pas bien compris ce que cela représentait. Il s'agit du site indien de Quilmes.

Vers midi nous arrivons dans la petite cité de Aimacha. On a l'impression qu'elle reste complètement en dehors des circuits touristiques.

 

18 Novembre Aimaichi à Tafi del Valle  57 km

Départ 6h, il fait frais. Une longue montée de 28 km nous attend, le dénivelé est de l'ordre de 1100 mètres et le point haut se situe à 3050 mètres. Il nous faut plus de 4 h pour franchir l'obstacle. Nous redescendons ensuite rapidement sur la petite ville de Tafi, qui est sympathique bien que très touristique.

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19 Novembre Tafi del Valle  Concepcion 100 km

 

Ce matin départ 6h. Il pleut nous sommes tout étonnés. On hésite, plutôt j' hésite car Flora veut foncer sans se poser de questions. Il fait nuit la route est mouillée, mais nous partons. Un peu plus loin on s' arrête quelques minutes dans un abri-bus car la pluie s'intensifie. Mais avec le jour cela va s'arranger.  Ce matin nous allons perdre deux mille mètres d'altitude par une longue descente dans une gorge verdoyante, Après un mois de désert cela est étonnant d’être entouré de verdure.

Il va m'arriver un drôle d'incident, le roulement à billes de ma pédale gauche va casser à 12 kilomètres  de Concepcion. Mais je vais réussir sans trop de difficultés à pédaler seulement avec l'axe de la pédale. Heureusement, j'ai pu en acheter une nouvelle paire en arrivant en ville.

La route est très passante et nous sommes dans des plaines de basse altitude. Cela me rappelle un peu les 700 kilomètres que j'ai effectués en début d'année entre Paksé au Laos et Bangkok, lors d'un périple de 4000 kilomètres autour du Mékong. J'avais trouvé du plaisir à rouler sur des routes très passantes, même sur autoroute, on abattait de l'ordre de 130 kilomètres par jour. Mais voilà aujourd'hui,  Flora ne l'entend pas comme cela et ne trouve plus d'intérêt à pédaler dans ces conditions  dangereuses. Nous prenons donc le premier bus pour Mendoza. Il nous faut la nuit pour y parvenir.

 

20 et 21 Novembre Mendoza

Nous passons deux jours de repos à Mendoza. La ville est agréable, bien arborée. Nous somme au centre ville dans une auberge de routards. L'ambiance est agréable, même si la nuit ça parle fort très tard. Demain nous reprenons la route pour notre dernière étape de 400 km jusqu'à Santiago.

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Agent du Mossad prêt à l'action

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Gloire à l'armée des Andes pour l'indépendance de l'Argentine

 

22 novembre Mendoza à  Villavicencio 50 km

Nous décidons de passer par la route 52 et non la nationale 7. Certains nous la conseille d'autres non. Comme toujours lorsqu'on pose une question, on a toutes les réponses possibles. Déjà le fait que la circulation soit faible est un argument de poids en faveur de notre choix.Avec le recul de deux jours, ni Flora ni moi ne regrettons notre décision, bien que le chemin soit beaucoup plus difficile, route de terre sur plus de 40 kilomètres et le passage d'un col avec 2300 mètres de dénivelé.

Donc ce matin à six heures nous quittons notre auberge et prenons la route au lever du jour. A cette heure matinale nous n'éprouvons aucune difficulté car le trafic est quasiment nul. L'agglomération n'est pas très grande et en dix kilomètres nous sommes en pleine nature. Une gigantesque ligne droite part à l'assaut des Andes. En une vingtaine ou trentaine de kilomètres, tout en montant, elle nous conduit dans une petite gorge. Nous la suivons sur dix kilomètres et arrivons à la maison de la réserve naturelle de Villavicencio. Nous nous arrêtons pour visiter. Le gardien nous informe que l'hôtel un kilomètre plus loin est définitivement fermé. Nous qui pensions passer une bonne soirée, de plus avec des eaux thermales, eh bien non! Ce sera un bivouac à manger nos pâtes. Heureusement que nous avons toujours quelques provisions au fond des sacoches, car aujourd'hui nous sommes vraiment pris au dépourvu. Cet hôtel on en a entendu parler partout, et google earth l'annonce en gros. Mais voilà, afin de protéger la zone le gouvernement vient juste de prendre des mesures drastiques dont la fermeture du restaurant, l’hôtel quant à lui ne fonctionne plus depuis 1978!

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 Aujourd’hui nous avons vu des vigognes différentes de celles que l’on a côtoyées dans les hauteurs de l’Atacama. Nous avions l’habitude d’animaux d’assez petite taille, un peu plus d’un mètres et sans doute une vingtaine de kilos, très gracieux aux couleurs qui se fondaient bien dans le décor. Alors que là nous sommes en présence d’animaux beaucoup plus gros, d’une hauteur de deux mètres, beaucoup plus massifs et à la tête noire. De plus il y avait sur le bord de la route des panneaux annonçant «faune sauvage» avec une belle effigie de puma.

 

23 Novembre Villavicencio à Uspallata 57 km.


Départ 6h30, sans transition nous sommes engagés dans une montée de 28 kilomètres. La route escalade un grand flanc de montagne et nous conduit à un col à 2958 mètres d'altitude. Pour aujourd'hui il nous reste à peu près 1300 mètres de dénivelé à franchir. La route sera sur sa plus grande partie non goudronnée, ce qui apporte un petit air d'aventure à la montée. Les points de vue sont magnifiques. D'ailleurs, vu la dizaine de minibus de touristes qui nous doubleront au cours des cinq heures de la montée, l'endroit est réputé. Enfin le col, de là la vue s'étend à l'ouest sur les Andes et en particulier sur l'Aconcagua. Une belle descente de 28 kilomètres nous conduit à la petite ville de Uspallata. Sans trop de difficulté nous trouvons un hôtel pour la nuit.

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24 Novembre Uspallata à  Los Penitentes  64 km 1000 m de dénivelé


Nous partons un peu avant 6 heures. Il fait encore nuit. La circulation est très faible, nous sommes dimanche. Nous espérons qu’elle le restera. Mais non, rapidement le nombre de poids lourds va augmenter, malgré le jour férié. De plus le vent va se mettre de la partie . Il souffle en rafales et nous l’avons en plaine figure. Cela rend notre étape difficile. Nous évoluons dans un cadre superbe entourés de grandes montagnes de toutes les couleurs. Vers 13 heures nous arrivons dans une petite station où nous trouvons un hébergement dans un refuge qui de toute évidence sert de point de départ pour l’Aconcagua.

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25 Novembre Los Penitents à Los Andes 97 km

Départ un peu après 6h car nous avons discuté avec Diego l'un des employés du refuge.  Ce matin pas de vent, qu'il fait bon pédaler.  Nous sommes entourés de hautes montagnes couvertes de glaciers. Le tunnel à la frontière de l'Argentine et du Chili se situe à l'altitude de 3200 mètres. Avant de l'atteindre nous surveillons sur notre droite le lieu où nous aurons un magnifique point de vue sur l'Aconcagua.

Une fois au tunnel, nous sommes pris en compte par un véhicule, car il est interdit aux vélos. Une fois de l'autre côté nous arrivons rapidement au poste frontière commun aux deux pays. Les Chiliens sont toujours assez pointilleux et il faut leur montrer tous nos aliments. Ils nous confisquent notre morceau de fromage. Une fois ces formalités terminées nous nous lançons dans une immense descente jusqu'à Los Andes, petite ville où nous arrivons vers les 16 heures.

 

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La guerre des Malouines a laissé des traces!

 

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26 Novembre  Los Andes à Santiago 92 km

Aujourd'hui c'est la dernière étape de notre périple. Nous allons pédaler une dernière fois avant de nous séparer. Flora va partir vers le sud du Chili et moi je vais rentrer en France. C'est toujours un peu triste que l'on aborde l'ultime étape d'une belle aventure.

Mais très vite nous allons être plongés dans le feu de l'action, et pas le temps de se poser des questions métaphysiques. En effet ce dernier tronçon se fait en partie par autoroute, interdite aux vélos et parfois il n'y a pas de bande d'arrêt d'urgence et pour couronner le tout ce matin nous sommes partis par un matin gris brouillardeux. On n'a pas chaumé, un peu le stress aux fesses. Cette autoroute présente un tunnel. On l'a évité en prenant une belle route qui monte de 500 mètres et nous a permis de nous élever au-dessus de la nappe de brouillard. Lorsque nous sommes redescendu vers l'autoroute le temps était au beau. de plus sur les 18 kilomètres restant par autoroute il y avait une belle bande d'arrêt d'urgence, mais à plusieurs reprises de gros panneaux interdit aux vélos. Nous avons pris la sortie vers la ville de Colina comme une délivrance. Une dernière halte où nous avons mangé une dernière fois ensemble, puis encore 35 kilomètres pour arriver au cœur de Santiago. Circulation intense, l'agglomération compte 6 millions d'habitants. Flora qui ne perd pas de temps, s'arrête devant une quincaillerie, on achète du carton pour emballer nos vélos, elle pour le bus vers le sud et moi en prévision de l'avion. Nous roulons encore un peu ensemble avec nos rouleaux de carton sur nos sacoches arrières. On a presque le gabarit d'une voiture! Puis vient le moment où nos chemins se séparent. On reprend chacun ses affaires, on partage la caisse commune, une bise et s'est reparti chacun de son côté.

Mon souci premier, changer mon billet d'avion, ce qui se fera dans la foulée l'après-midi même et de trouver un logement. Je retourne à l'hostal Condell où j'avais déjà séjourné il y a quatre ans après une traversée de trois mois entre Équateur, Pérou, Chili et Bolivie. La patronne peut m'héberger une nuit, mais me trouvera un point de chute pour la nuit suivante.

J'ai emballé mon vélo dans  le morceau de  carton que j'ai acheté.Le paquet n'est pas terrible du tout. Le carton est fragile et casse. Je mets beaucoup de ruban adhésif, qui n'a d'adhésif que le nom et je renforce le tout avec de la ficelle. Ces retours avec vélo sont toujours assez délicats à gérer.

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Pour finir j'adresse un grand merci à toutes celles et tous ceux qui nous ont suivis et tout particulièrement à ceux qui ont pris le temps de nous mettre un ou plusieurs petits mots. En effet, on a beaucoup apprécié, car contrairement à ce que l'on pourrait croire l'action intense n'empêche pas de beaucoup penser à ceux et celles que l'on laisse et qui nous manquent.

Voilà c'est fini snif, mais je suis content de rentrer et tout particulièrement de retrouver ma chère et tendre Danielle que je remercie du fond du cœur de tolérer mes errances désertiques.

 

 

 

 




 

 



 

 

 

 

 

30/12/2014

Deux mois autour du Mékong à vélo: deuxième partie le Laos de la frontière nord à Luang Prabang

Mardi 5 février

Bonjour tout le monde, nous sommes dans les starting-blocks pour traverser le Mékong  de Chiang Khong en Thaïlande à Huay Xai au Laos, et être dans les premiers à la douane, dans la perspective de notre première journée de pédalage au Laos.

Je mets la carte de notre trajet approximatif au cours du mois à venir. Il y aura des variantes, car comme je l'ai dit, les pistes sont trempées et nous prendrons les routes. Donc dans la première partie, nous passerons un peu plus au nord par Louang Namha, puis nous redescendrons sur Luang Prabang et irons à Vientiane. La partie sud devrait rester conforme aux prévisions.  

 

                

 Le tracé est approximatif en particulier dans la partie sud nous sommes revenus le long du Mékong durant 400 km avant Paksé.

Comme je l'ai dit, nous nous attendons à avoir moins de possibilités internet, donc nous  ne serons sans doute plus en mesure de donner des nouvelles journalières. On fera au mieux!

 

 

Mardi 5 février  Chiang Khong à Donchai 68 km

 

Dans notre chambre carcérale, nous passons une bonne dernière nuit en Thaïlande. Nous nous levons afin de nous trouver au poste frontière un peu avant l'ouverture. A 7h45 il y a déjà une quinzaine de personnes qui attendent. Parmi celles-ci un Français de 80 ans, qui ne les fait vraiment pas!

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Les formalités côté thaï sont vite expédiées; immédiatement nous descendons au fleuve, prenons nos tickets de traversée et embarquons dans une pirogue. Les vélos sont chargés tels quels avec bagages. J'ai un peu peur qu'une vague, qui ferait tanguer notre frêle embarcation, envoie par dessus bord l'une de nos montures avec toutes nos affaires.

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Mais non, tout se passe au mieux. Les formalités de l'autre côté sont un peu plus longues. A neuf heures tout est terminé. Nous tombons sur un couple de cyclistes ardéchois qui s'apprête à passer en Thaïlande, après avoir traversé le Vietnam, le Cambodge et le Laos. Ils nous donnent des renseignements précieux. Avant de partir nous petit-déjeunons dans la petite ville frontière de Houay Say. Ce fut très bon et copieux, cependant beaucoup plus cher qu'en Thaïlande, 6 euros par personne. La monnaie locale est au taux de 10700 laks pour un euro. Nous nous retrouvons avec une montagne de billets!

 

Il est 10 heures, il fait chaud et nous avons 70 kilomètres à effectuer. Cette première journée sera éprouvante, du fait de l'heure tardive, et aussi du fait que je vais casser un autre rayon sur mon vélo.  Au pied d'une immense côte un bruit sec et métallique ne laisse aucun doute sur son origine. Christian est devant. Une fois de plus j'attaque la pente à pied, afin de ne pas aggraver le mal. Après deux kilomètres très raides, la pente ne faiblit pas. Un gros camion s'arrête et les chauffeurs chargent mon vélo entre la cabine et la remorque et ils me déposent au sommet de la côte. Je leur dis un grand merci. Christian est tout étonné de me trouver là lorsqu'il arrive. En effet, lorsque nous l'avons doublé, il était tellement absorbé par son effort dans la chaleur suffocante, qu'il n'a pas levé la tête lorsque le chauffeur a klaxonné et que je l'ai interpelé par la fenêtre. Nous effectuons la réparation, grâce au démonte-moyeu que nous avons acheté à Chiang Rai. Cela devient inquiétant, c'est le second que je casse et il ne m'en reste plus qu'un! 

 

Nous reprenons notre route. Le pays n'a plus rien à voir avec la Thaïlande. Les gens sont nettement plus miséreux. Leurs maisons alignées le long de la route sont de simples cabanes aux planches disjointes.

 

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Vers 16 heures nous atteignons le village de Donchai, assez éprouvés par la chaleur terrible de cet après-midi. Le gîte est des plus rustiques, une grande couche pour deux, le matelas une simple planche en bois. Mais mon dieu, je vais bien dormir. Dans ce gîte une jeune polonaise est arrivée un peu avant nous. Elle voyage seule à travers l'Asie durant 6 mois. Les bouteilles de bière au Laos ont une contenance de 0,64 litre. Mais  après de tels efforts sur une route surchauffée ça se boit d'un coup ou presque! Le repas du soir est excellent, un riz accompagné de multiples légumes. Autant la chambre est incomparable avec le luxe thaï, autant la nourriture, tout du moins ce soir, soutient sans problème la comparaison. 

 

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Mercredi 6 février Donchai à Vieng Phouka 51 km

 

Ce matin lever très matinal, nous voulons pédaler avant la chaleur. Cependant notre cuistot n'est pas à l'heure et nous partons seulement à 6h50. Mais il nous a cuisiné une grosse omelette avec des tomates et des oignons. Dès le départ une côte interminable nous fait sortir de la vallée embrumée et nous montons durant une bonne heure. Peu de circulation, des petits villages le long de la route desquels des multitudes de gamins nous disent bonjour. Vers 11h30 nous atteignons le village de Vieng Phouha. La chaleur commence à être très forte. Nous décidons de nous arrêter. Immédiatement une femme nous interpelle et nous propose son gîte. Il est très sympathique, quelques cabanes de palmes en bordure d'une belle pelouse très bien entretenue. Là aussi, une jeune Européenne nous a précédés. Elle est de nationalité allemande et voyage seule pour une durée de 9 mois.

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Nous passons un après-midi très agréable dans ce village du bon du monde. Je pars à la recherche éventuelle de rayons de vélo adaptés à mes roues. Hélas, je ne trouverai pas. Notre jeune Allemande est avide de discussion, je ne me fais pas prier, car je ne rate jamais une occasion d'exercer mon allemand!

 

Le repas du soir sera sympathique par l'ambiance, mais la nourriture pas terrible. Le poulet est à la limite du mangeable, non par le goût, mais du fait de la manière dont il avait été découpé. On aurait pu penser qu'il avait été tué à la grenade et les morceaux d'os et les lambeaux de chair récupérés sur les murs! Particulièrement désagréable à manger, une multitude de fragments d'os très pointus,  qu'il ne faut surtout pas avaler.

 

 

 

Jeudi 7 février Vieng Phouka à Na Teuy 87 km

 

Ce matin après une excellente nuit, lever 5h45, pour un petit déjeuner prévu à 6h15. Une fois de plus notre hôtesse est en retard et nous partirons avec 40 minutes de retard sur notre horaire prévu, il est 7h15. C'est la dernière fois que nous demandons le petit déjeuner. A l'avenir nous mangerons ce que nous aurons acheté la veille afin d'éviter d'être dépendants du lever tardif de nos hôtes!

 

Il fait frais, 10 degrés, le brouillard intense et de plus il mouille particulièrement. Nous ruisselons de grosses gouttes. Je comprends pourquoi Schoendoerffer appelait dans ses livres le Laos le pays des brumes.

 

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Le long de notre route les habitants sont sortis de leurs habitations et se chauffent à de minuscules feux à même le bord de la chaussée. De ces  silhouettes assises et blotties auprès de leur minuscules bûches incandescentes qui fument, le tout noyé dans une brume épaisse, il ressort une impression de grande pauvreté. Nous sommes vraiment très loin de ce que nous avons connu en Thaïlande.

 

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Aujourd'hui les côtes ne sont pas très raides. De ce fait nous avançons rapidement. Je fais cependant attention de ne pas trop forcer sur mes rayons arrières.Dans une partie raide, je préfère pousser mon vélo afin de ne pas trop solliciter mes rayons abîmés. Mais en courant à côté de mon vélo je monte quand même à 9km/h, plus vite qu'en pédalant. Cependant, je tiens moins longtemps à ce rythme!

 

Vers midi nous avons effectué 87 kilomètres. Nous trouvons une guest house de bonne qualité et de plus elle a l'eau chaude.

Nous partons nous promener dans ce petit village qui n'est situé qu'à 20 kilomètres de la Chine. D'ailleurs si les routes sont en bon état depuis notre entrée au Laos, on le doit aux Chinois qui investissent pour le développement de ces régions près de leurs frontières. Le petit marché est miséreux, quelques fruits et légumes, deux bassines de  gros poissons chats et puis c'est tout.

 

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Vendredi 8 février  Na Teuy à Oudom Xay 80km

Ce matin nous partons à 6h45, à l'heure prévue car nous petit-déjeunons dans notre chambre. Comme les jours précédents un brouillard assez épais nous accompagnera durant deux heures, jusqu'à ce que le soleil réchauffe l'atmosphère. Tout le long de la route des maisons misérables sont alignées. Les habitants sont assis à même la terre devant de minuscules feux. Partout des enfants qui se préparent et qui en groupes partent à l'école à pied. Malgré l'humidité et le froid, ce matin 11 degrés, certains sont très peu vêtus. Une petite fille de cinq ans, ne porte qu'un t-shirt à manches courtes.

 

 

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Mais dès que le soleil fait son apparition dans un ciel dégagé, la température monte rapidement et cette sensation de grisaille et de tristesse se dissipe rapidement.

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Vers midi nous atteignons notre but de la journée. Nous nous installons dans une guest house où nous rencontrons un couple constitué d'une jeune Allemande et d'un Mexicain, sans doute un peu plus âgé qu'elle, et qui sont en route à vélo depuis 18 mois. Nous déjeunons ensemble. Leur conversation est très intéressante, et nous parlons dans  plusieurs langues, allemand, anglais, espagnol et même un peu français. Après le repas, avec Christian nous partons à la recherche de rayons pour mon vélo, mais sans trop d'espoir, car les roues de 700 sont très peu utilisées. Il me faudra sans doute plus tard m'acheter un vélo aux normes standardisées! Mais si nous ne trouvons pas de rayons, nous retrouvons Stéphane, le cycliste français rencontré à Chiang Rai. Nous allons boire un verre ensemble. Il nous parle d'un couple de Chinois à vélo, qu'il a doublé ce matin. Et voilà nos Chinois qui arrivent. Nous les invitons à notre table. Elle est professeur d''anglais et s'exprime très correctement. Nous passons un bon moment, puis ils reprennent leur route pour aller bivouaquer plus loin. Quel courage, il fait au moins 35 degrés.

 

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Le soir nous nous retrouvons avec Stéphane, encore un repas bien sympathique. Après avoir croisé peu de cyclistes au long cours depuis un mois, je me dis qu'aujourd'hui nous sommes vraiment servis. Vers 20h30 nous nous séparons en nous disant simplement au revoir, car nos routes devraient se croiser à nouveau dans deux jours. Je dis un grand merci à Stéphane, qui m'a donné l'un de ses rayons de rechange, car il roule aussi avec des roues de 700, ce qui fait que j'ai encore deux rayons de rechange. Et je le remercie aussi d'avoir dévoilé ma roue, ce que je n'avais pas réussi à faire lors de la dernière réparation  que j'ai effectuée il y a trois jours.

 

 

Samedi 9 février Udom Xai à Muang Khoua  100 km

 

Ce matin départ à 6h50, après avoir petit-déjeuné dans notre chambre, avec entre autre du pain que nous avons acheté hier soir. Ce pain est un compromis entre la baguette et la brioche. Il n'est pas très frais mais on le trouve quand même bon.

 

Ce matin comme les jours précédents, le brouillard est présent. Que tout semble triste dans ces petits matins mornes. Les bords de route ne sont pas très propres, une multitude de déchets plastiques constelle la végétation. La France à vélo n'offre jamais un tel spectacle de désolation. Peut-être faut-il partir pour se persuader que notre pays est vraiment la destination la plus merveilleuse?

 

Nous commençons par quelques bosses. Si le profil de la route reste le même sur les cent kilomètres que nous avons à parcourir, l'étape sera sportive. Mais il n'en sera rien.  Après vingt kilomètres les bosses s'affaissent et alternent montées et descentes peu raides. Nous allons suivre une vallée dominée de forêts inextricables et au fond de laquelle coule une rivière à l'eau claire. De nombreux villages jalonnent notre itinéraire. Fréquemment nous voyons des pêcheurs qui réparent leurs filets accrochés devant leur maison. Cette étape me ravit, ce qui n'est pas le cas de Christian. Des goûts et des couleurs, il en faut pour tout le monde. Pour ma part, dès qu'au détour d'un virage je peux voir de l'eau courir sur des galets ou chercher dans des gros trous d'eau verts quelques poissons, je suis aux anges!

 

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Nous croisons un cycliste au long cours. Bien évidemment nous nous arrêtons et nous lançons dans une discussion passionnée. Il s'agit d'un jeune Allemand qui est sur la route depuis 13 mois. Il a entre autre parcouru une bonne partie de  l'Himalaya, en passant par différents pays, en particulier l'Inde et le Népal. Il nous montre carte à l'appui son trajet à travers ce gigantesque massif montagneux. Ça fait rêver. Ne t'inquiète pas Danielle je n'envisage pas de partir si longtemps, déjà deux mois le temps me semble long sur certains points! Ces cavaliers au long cours de la route et des pistes ont dans l'expression du visage une forme de sérénité, que j'ai vue chez les religieux des ordres réguliers. A chacun sa religion, ses croyances et son mode de vie. Mais l'accomplissement dans la durée, qu'il soit de renoncement ou d'effort amène une forme de béatitude, à laquelle j'aspire.

 

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Les cent kilomètres vont être effectués sans trop de difficulté. Les trois premières heures de brouillard sont certes assez désagréables, mais cette période permet d'avancer sans s'épuiser sous une chaleur accablante.

 

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Vers 13heures nous atteignons notre but, Muang Khoua. C'est une petite bourgade alanguie au milieu d'une forêt impénétrable, qui doit sa notoriété à sa position au bord de la rivière Nam Ou. Nous somme presque à l'extrême nord du Laos. La chine est toute proche.  

 

Après avoir posé nos affaires dans une guest house, nous partons manger dans un petit restaurant qui surplombe la rivière. Nous pouvons voir les bateaux le long des berges, qui demain feront le trajet vers Nong Khiao, 115 kilomètres plus au sud. Nous comptons prendre cet itinéraire fluvial. Cela nous fera une journée de repos après nos 400 premiers kilomètres au Laos. Je dois dire qu'ils ont été moins difficiles que ce à quoi nous nous attendions. Les raidillons de la Thaïlande sont incomparablement plus difficiles que ce que nous avons parcouru ces cinq derniers jours.

 

Ce soir je pars pêcher dans la Nam Ou, que nous allons descendre demain. Je vois bien quelques poissons de petite taille sauter, mais je n'ai pas de touche.

 

 

 

 Dimanche 10février Muang Khoua à Nong Khiao en bateau 115km

 

Aujourd'hui repos, forcé, mais repos quand même. En effet, il n'y a pas de route pour continuer notre périple à vélo au Laos. Seule possibilité, le bateau. Durant cinq heures nous allons descendre la Nam  Ou, affluent du Mékong, dans une drôle d'embarcation. Autant sur ma selle je n'ai jamais mal aux fesses, autant après deux heures de "tape cul" sur l'eau je commence à trouver le temps long. Nous sommes une petite trentaine de toursites  embarqués dans l'aventure. Nos vélos sont sur le toit de la pirogue. Il y a un troisième cycliste, un Californien, d'origine écossaise, il est trahi par son kilt! Il est un peu étrange, dès huit heures il est à la bière, et durant tout le trajet "il en siffle"! Ce sont des canettes de un demi-litre, il fait chaud mais enfin!

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Je ne suis pas mécontent d'arriver à 14h30.

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Après quelques recherches nous trouvons un point de chute agréable pour la nuit, au prix modique de 2,50 euros chacun.

Ce soir nous retrouvons le français Stéphane. Cela fait la troisième fois. Il compte rester un jour supplémentaire dans ce village. Nous nous donnons rendez-vous dans deux jours à Luang Prabang. En effet, il roule plus vite que nous et il effectuera les 150 kilomètres un un jour. Pour notre part tranquillement nous étalerons ce trajet sur deux jours. 

 

 

Lundi 11 février  Nong Khiao à Luang Prabang 145 km

 

Cette petite bourgade perdue au milieu des montagnes, nous n'en ferons même pas une photo, car la visibilité ne sera jamais suffisante. Seulement une fois la nuit tombée, hier soir nous aurons pu constater tout un magnifique cirque de montagnes.

 

Mais hélas, ce matin plus rien, sauf la grisaille à laquelle nous sommes habitués au lever depuis que nous roulons au Laos. Que ces départs matinaux sont mornes, et ce matin tout particulièrement. La visibilité réduite ne nous permet pas de voir plus loin que le bord de la route, jonché de détritus en particulier plastiques. Les trente premiers kilomètres sont vraiment tristes et c'est un véritable effort que je dois fournir pour pédaler dans ce décor de décharge publique sans intérêt.

 

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Nous nous arrêtons boire un café, très bon que nous agrémentons du gâteau au chocolat que nous avons acheté hier. L'endroit très poussiéreux, carrefour de routes non goudronnées, est cependant très sympathique, car les gens y sont accueillants. 

 

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Nous repartons dans un meilleur état d'esprit. Le soleil fait de timides apparitions et vers les dix heures il s'installe vraiment. Le décor change prenant de la profondeur. De loin en loin des points de vue intéressants se laissent découvrir. Nous visitons les abords d'un temple. Il est orné à la manière des églises orthodoxes balkaniques. Un bonze s'approche tout sourire; mais hélas nous ne pouvons communiquer du fait de la barrière de la langue.

 

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Tout au long de notre itinéraire les enfants très nombreux nous saluent avec des "sabadi" en insistant bien sur le i. Nous répondons à chacun, ce qui fait que nous sommes en permanence à envoyer des sabadi.

 

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Nous comptions faire 80 kilomètres aujourd'hui. Nous ne rencontrons aucun point de chute susceptible de nous accueillir pour la nuit à venir. Vers treize heures trente, nous avons effectué 98 kilomètres. Nous nous arrêtons manger en bordure de route. Dans la chaleur une heure plus tard nous repartons. Nous ne verrons aucun hôtel avant Luang Prabang, voilà la raison pour laquelle nous effectuons cette longue étape d'une traite. Les quinze derniers kilomètres nous les parcourons au milieu d'une circulation très dense. Ce trafic très fourni est dû à la présence de nombreux Chinois qui viennent fêter leur nouvel an. Nous avons de la chance, car les jours précédents c'était bien pire! Nous arrivons à 17heures. Nous venons d'effectuer notre plus longue étape, presque huit heures sur le vélo, 7h51mn exactement.

 

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La ville est grande, devant un hôtel manifestement chinois, on nous donne gentiment un plan de la cité, qui nous est bien utile. Nous trouvons rapidement un point de chute pour 12 euros à deux. Bien que ce soit plus cher que les jours précédents, cela reste très bon marché, pour une chambre de belles dimensions équipée d'une salle de bain fonctionnelle.

 

Cette cité est absolument remplie de touristes occidentaux. Une multitude de restaurants et de magasins, typiques des villes touristiques, sont très largement éclairés. Cela me fait une drôle d'impression. J'ai vraiment la sensation de me trouver sur la côte d'azur un soir du mois de juillet. Christian est moins critique.Attendons demain, quand il fera jour, pour se faire une idée de l'endroit.Nous avons passé aujourd'hui les 2000 kilomètres à vélo, et sans doute la moitié de notre périple à deux roues.

Mardi 12 février repos à Luang Prabang

Journée sans vélo, mais cela ne va pas durer, nous reprenons la route demain matin. Nous comptons cinq jours de trajet jusqu'à Vientiane, capitale du Laos. J'ouvrirai une nouvelle note  de Luang Prabang à Vientiane, troisième partie.

Je vais essayer de mettre quelques photos de notre longue étape d'hier, mais internet est très lent, donc je risque d'attendre une prochaine étape où le débit sera meilleur.

Aujourd'hui nous nous sommes promenés dans la ville et le long du Mékong. Il est toujours aussi impressionnant par sa largeur. De très nombreux bateaux de transport de passagers occupent les rives. Je dois dire que l'envie de la route me rend impatient d'enfourcher ma monture. Ce que nous ferons demain dès le lever du jour.

 

 

28/11/2014

Lyon les Vosges à vélo en novembre

 

                Lyon Cornimont à vélo en novembre

 

Rouler à vélo en France, selon les saisons les sensations sont très différentes. L'été, outre une température clémente, les journées longues permettent de prendre son temps et de faire des détours, de s’arrêter pour profiter de paysages superbes qui se découvrent au fil du chemin. L'hiver la clémence du temps a généralement disparu, mais plus embêtant les jours sont dramatiquement courts, le brouillard menace et l'arrêt est impératif au plus tard à dix-sept heures.

 

J'avais déjà testé la balade à vélo en hiver, il y a déjà quelques années en effectuant une traversée des grosses bosses de Provence sur six jours et six cents kilomètres. J'ai donc une assez bonne idée de ce qui m'attend. Je compte réitérer , mais cette fois ce sera le Jura et non la Provence. Les conditions climatiques risquent d'y être plus rudes.

L'itinéraire précis me mènera de Lyon à Cornimont dans les Vosges, à proximité de la station de la Bresse. La distance est de 377 kilomètres avec à peu près 4000 mètres de dénivelé, que je vais parcourir en quatre jours.

Initialement le départ est prévu pour le cinq novembre, mais je retarde mon départ au lendemain pour raisons météorologiques. Cependant, les prévisions à quatre jours à partir du six ne sont pas folichonnes, mais je maintiens mon départ. En effet, prendre la pluie au mois de novembre dans le Jura , ce n'est pas vraiment une partie de plaisir. Je me dis que j'aurai toujours la possibilité de me rabattre sur la gare la plus proche et de terminer, certes de manière peu glorieuse, mon aventure par le train, ou appeler mon épouse qui viendra me chercher en voiture.

 

6 novembre 74 km Lyon Poncin

 

Le temps ce matin invite au départ en présentant un beau ciel bleu. Cette première journée sera sous le signe de la sécheresse. Je démarre à huit heures et je rejoins le bord du Rhône et je remonte la via Rhodania sur une vingtaine de kilomètres. Les eaux du fleuve, du canal de Jonage ainsi que celles du Grand Large ont une teinte bleue, froide et métallique bien représentatives des conditions austères d'un mois de novembre. Sur la piste pas grand monde. Je suis bien habillé. Le bout des pieds se refroidit vite à cause de l'humidité importante.

 

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Quelques kilomètres avant le confluent du Rhône et de l'Ain, je quitte le premier pour une petite route qui suit le second. Vers les onze heures je m'arrête dans le village de St-Maurice-de-Gourdans et fais quelques courses. J'en profite pour prendre un café dans un bistrot au charme discret et au plancher en bois sombre, où les habitués sont accoudés devant un petit blanc, un petit rouge ou une bière. Cela me rappelle une expérience vécue pas très loin d'ici il y a une dizaine d'années, alors que je remontais le Rhône à pied au mois de décembre. Je venais de passer la nuit dehors, au lever du jour j'avais vite plié ma tente, et dans un brouillard à couper au couteau j'avançais dans un village lugubre et mort. Sur le côté gauche, une lumière blafarde décelée à quelques mètres annonce un bistrot. Quelle chance, je n'avais pas mangé depuis la veille à midi. Je passe le pas de la porte et me retrouve dans un local bien chaud, où une population d'habitués se pressait dès sept heures du matin. Mon arrivée en décembre chargé de mon sac à dos, dans cette aube qui peinait à venir, laissa pour le moins les clients et la tenancière intrigués. Je me glisse furtivement dans ce lieu, ayant bien le sentiment d’être identifié comme le Père Noël en avance de quelques semaines, ou alors comme ET à la recherche d'un «téléphone maison». Comme quoi il n'y a pas besoin d'aller très loin de chez soi pour se retrouver dans un monde plein de surprises. En repensant à ces souvenirs déjà lointains, je savoure mon café en emmagasinant une douce chaleur.

Après une demi-heure je reprends mon chemin, et me retrouve rapidement au bord de l'Ain sur une minuscule route à la circulation inexistante. Cette rivière magnifique, sauvage et au débit rapide est un paradis de la pêche à la truite et à l'ombre. Je réalise que j'ai quitté Lyon par un itinéraire pratiquement sans avoir subi les dangers de la circulation automobile.

Vers midi le soleil chauffe à peine, mais les conditions pour rouler sont bonnes. Cependant la moindre transpiration procure une petite sensation de froid. Je préfère rouler par 45° dans un pays comme la Thaïlande ou dans le désert de l'Atacama en Amérique du Sud que par ces températures frisquettes dans un air saturé d'humidité.

Je vais devoir m'arrêter pour manger, et si possible dans un coin pas trop exposé au vent frais qui suit cette basse vallée de l'Ain. Je fais un détour par un minuscule hameau, et là le recoin d'un vieille bâtisse bien exposée au soleil et protégée du vent, m'offre un point d'arrêt très confortable.

Le retour sur le vélo me demande un effort. Mais c'est toujours ainsi le premier jour, lorsque l'entraînement fait défaut. Le voyage à vélo permet une montée en puissance progressivement après quelques jours, le rythme est pris et va être entretenu presque à l'infini. Malheureusement, dans le cas présent la brièveté du voyage la cadence n'aura pas vraiment le temps de s'installer que je serai arrivé.

La ville de Pont-d'-Ain apparaît. J'hésite à chercher un hôtel, mais il est trop tôt, aux environs des deux heures. Je continue donc ma route, et après quelques recherches dans le village de Neuville-sur-Ain, je trouve un joli hôtel juste en bordure de rivière. Hélas il est complet. Son propriétaire très sympathique me conseille d'aller à Poncin à quelques kilomètres.

Le village se situe un peu en dehors de la route. Par une ruelle en pente je débouche sur la place centrale et là effectivement il y a un hôtel. La patronne est assise à sa terrasse et immédiatement une chambre m'est proposée. Cette étape de 74 kilomètres, même si le dénivelé a été pratiquement nul, je la sens bien dans les jambes.

S'arrêter, au hasard de la fatigue ou la nuit, c'est le grand plaisir de la 'roulette russe' du voyage à vélo. Ne rien réserver, avoir le petit coup au cœur lorsqu'on vous annonce qu'il y a une chambre de libre ou non. Dans le premier cas on relâche la tension du cerveau en état de recherche, dans le second tous les sens encore en éveil on repart à la quête d'un toit. Dans des régions reculées de France, surtout en dehors de la période touristique, ce n'est pas toujours gagné d'avance. Il reste le dernier recours, la solution lourde, sortir la tente. En effet, je l'emporte systématiquement ou presque. Particulièrement à cette époque, coucher dehors est difficile, car la nuit s'étend de 17 heures à 7 heures le lendemain. Rester plus de dix heures dans un espace réduit n'est pas forcément une grande partie de plaisir. Par contre en été, une belle pelouse dans un camping communal confidentiel perdu au fond de la France profonde, comme j'en ai connu cet été au bord de la Saône, là on est au paradis. La tente dans ces conditions devient le meilleur abri pour le voyageur.

Après avoir déposé mes affaires dans ma chambre et remisé mon vélo dans un petit local, je pars à la découverte de ce joli petit village de Poncin. Dans le soleil couchant, une vieille maison à l'allure de manoir, peut-être hanté, offre à la lumière de l'astre du jour déclinant sur l'horizon sa façade couverte d'une vigne vierge rouge sombre.

 

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Je me dirige vers l'église, qui est ouverte. Généralement elles ne le sont pas même dans les petits villages, car les dégradations gratuites et les vols d'objets religieux sont devenus banals. Une belle vierge multi-chrome est l'attraction du lieu. Cette statue de la Vierge à l'enfant en majesté date du début du 14ème siècle.

 

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Le voyage en solitaire, que ce soit à pied ou à vélo se décompose en deux séquences journalières bien marquées, le déplacement et le repos après l'effort. Lorsqu'on avance tous les muscles en fonctionnement, on se retrouve face à soi-même à l'écoute de son corps, et l'esprit en éveil à la recherche permanente de l'itinéraire. La solitude dans ces conditions on s'y adapte facilement, on la rechercherait presque. Par contre une fois arrêté dans l'attente du départ du lendemain, pour ma part je me sens un peu seul et une présence me manque. L'idéal serait peut-être de pédaler seul la journée et se retrouver le soir.

 

Ces pensées me traversent la tête alors que je déambule le long des rues du village.Un affluent de l'Ain traverse le bourg, je vais regarder si une grosse truite se laisserait observer. À défaut de truite je tombe sur un chat pas farouche, qui cependant fait des simagrées avant de se laisser approcher et caresser. Juché du haut d'un mur, sur lequel il a sauté à pas mesurés, il me regarde d'un air hautain et tolère juste que je le gratte un peu.

 

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Après cette promenade vespérale je rejoins mon hôtel, qui fait restaurant. Une magnifique tranche de bœuf accompagnée d'un vin rouge du coin, une mondeuse bien noire me fait le plus grand bien après cette journée à pédaler.

7 novembre Poncin à Lons-le-Saunier 88 km 1100 m de dénivelé

Petit déjeuner sympathique au cours duquel l'hôtelier me narre des parties de pêche mémorables au détour des berges de l'Ain. Il me parle de truites énormes, guettées de longues journées, puis finalement attrapées. Pourquoi durant des jours elles dédaignent les vers des pêcheurs au toc, ou les insectes artificiels des pêcheurs à la mouche, et d'un coup se décident? Mystère!

À 8heures 20 je démarre et remonte la vallée de l'Ain. Il fait froid, la végétation a déjà perdu ses belles couleurs éclatantes d'automne, pour prendre des teintes plus ternes, qui font déjà penser à l'hiver.

J'ai froid aux pieds. La route est magnifique et la rivière très présente. La circulation en ce matin frisquet est quasi nulle. Oui la France permet de belles échappées à vélo loin des camions et des voitures.

 

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L'Ain par endroits offre des méandres pour le moins prononcés en forme d’Oméga. Après deux heures d'effort, un bar est bien tentant, seul isolé en bordure de route, surplombant la rivière. Non, je ne m'arrête pas. Le trajet jusqu'à Lons-le-Saunier est encore long, et le temps évolue à la pluie. De ce fait la nuit risque de me surprendre avant les 17 heures fatidiques.

Par un petit pont je passe rive droite et par une minuscule route je me dirige vers le barrage de Vouglans. Trois pêcheurs tentent leur chance au brochet. Je m'arrête et les interrogent. Chacun sa caste, ils me le font comprendre en me répondant d'un ton narquois et amusé, qu'ils pêchent des poissons. Mais devant ma curiosité non agressive, ils me réalisent que j'en connais aussi un rayon en la matière. Alors, enfin ils m'acceptent comme membre de leur tribu et la discussion devient intéressante.

Mais attention, le temps file, et les nuages deviennent toujours plus menaçants. Par une belle montée je double le barrage et je rejoins le village de Cernon qui le domine. Il est désert. Je ne mangerai pas au chaud, car aucun espoir de trouver un bistrot. Alors je choisis de m’arrêter au pied d'un calvaire afin de rapidement manger. J'en profite pour me changer, car le fond de l'air est frais. Je prends cependant le temps nécessaire pour mastiquer, car la précipitation dans ce domaine se paie toujours un peu plus tard par des aigreurs d'estomac.

Encore une agréable portion de route, serpentant entre bois et prairies, me conduit à la ville d'Orgelet. Je rejoins une route très passante. Je vais devoir la suivre durant une vingtaine de kilomètres pour arriver à Lons. L'humidité se renforce, prémices de pluie imminente. Vais-je y échapper? J'appuie au maximum sur les pédales, mais je suis enferré le long d'interminables faux plats qui font tomber ma moyenne à une vitesse ridicule.La course contre la pluie est engagée, mais le chronomètre joue contre moi. Effectivement les premières gouttes arrivent, elles deviennent de plus en plus grosses et serrées. Je finis par m’arrêter et je mets mon imperméable. Les sept derniers kilomètres je les parcours sous de véritables trombes. Mais l'énergie dégagée à me presser m'empêche de me refroidir. Une fois au centre de Lons je dégotte un hôtel au look intemporel, qui me fait penser à certains établissements que j'ai fréquentés au plus profond du Pérou ou de la Bolivie. La France reste très surprenante. Une chambre du bout du monde m'est proposée. Trois étages raides à escalader avec mes sacoches. Enfin me voilà sous la douche. Je ne me serais pas vu cette nuit aller dormir au coin d'un bois tout dégoulinant suite à l'abattée de cet après-midi.

Cette petite ville est charmante. Avec la nuit qui vient, les éclairages mettent en exergue les bâtiments. J'arpente la rue de Arcades. Elle est pavée, et me fait penser à ces villes des siècles derniers. J'en profite pour aller faire un repérage en vue du dîner. Je vais jeter mon dévolu sur une brasserie qui propose un succulent civet de sanglier . Bien évidemment je l'accompagnerai d'un bon vin rouge du Jura, un poulsard. Encore une fois je pars me coucher bien repu. Une fois dans ma chambre je cherche un bulletin météo sur BFMTV. Les dieux semblent être avec moi, demain grand beau temps, sans l'ombre d'un nuage toute la journée. Je m'endors d'un cœur léger.

 

8 novembre Lons-le-Saunier à Rioz 118 km 1400 m de dénivelé

 

Petit déjeuner au bar de l'hôtel. Nous sommes samedi matin. Je suis abordé par un fêtard sans doute encore bien imbibé, qui me voyant en cuissard se sent obligé de venir me parler vélo. Je n'arrive pas à m'en dépêtrer. La serveuse par derrière me fait des signes désespérés et des clins d’œil amusés, me voyant en situation agaçante.

Je commence par traverser la ville. Dans ce petit matin frisquet les rues sont désertes en ce jour du Seigneur. Rouler en ville dans ces conditions est agréable. Je prends la direction de Château-Chalon. Très rapidement je me retrouve au milieu des vignes. En ce milieu d'automne, les couleurs du vignoble, où le jaune domine, sont vives, et donne un contraste net en se découpant sur un ciel bleu. Les rayons du soleil encore bas mettent en valeur ce magnifique coin du Jura.

 

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La route strie un long flan de colline. Comme toujours dans ces conditions le miracle s’accomplit. Au fur et à mesure de la montée le panorama s'élargit toujours plus.Quelques virages serrés me donnent accès à cette petite ville perchée. Je m'arrête et me penche pour regarder des constructions qui s'accrochent au-dessus du vide dans des pentes raides.

Je reprends mon chemin par une route confidentielle, ignorée des véhicules à moteur, qui semble monter dans le ciel. En une dizaine de kilomètres elle mène à Poligny. De colline en colline je me déplace au milieu de grandes prairies, où de très nombreuses vaches manifestement bien nourries, me regardent passer placidement, mais avec curiosité. Leur gros yeux me suivent longuement alors que je défile très lentement, en me demandant quand ça va s'arrêter de monter. Mon bringueur imbibé de ce matin m'avait prédit des côtes rudes et longues. Manifestement il a une bonne bonne connaissance des lieux, et ses brumes alcooliques ne lui ont pas trop grippé les neurones.

Ma moyenne est ridiculement faible. Je me demande où je serai ce soir, en étant bien conscient qu'à 17 heures il me faudra m'arrêter. Enfin, je renoue avec le plat et rapidement la panorama s'étend, prémices de grande descente à venir. En effet, je me laisse entraîner dans un versant nord, humide et froid, plongé dans l'ombre. Autant foncer dans la descente enété est enthousiasmant, en novembre tout suant on prend vite froid et la peau du corps entier se rebelle.

Rapidement je rejoins Poligny. D'un coup en sortant de l'ombre le soleil reprend le dessus et la température monte nettement. Le centre ville est accueillant, un bar à la terrasse remplie. Incroyable, en quelques kilomètres je passe de l'hiver à l'été. Cependant, prudemment je vais m'asseoir bien au chaud derrière la baie vitrée, qui fait effet loupe. J'adore ces arrêts que je qualifie de confortables, à recharger les batteries avant le retour sur la route.

Il est 11 heures et je n'ai parcouru qu’une vingtaine de kilomètres, alors que j'en prévois plus de cent aujourd'hui.Je commence à me poser des questions. Mais l'expérience aidant je sais que tout est possible et que tout espoir n'est pas abandonné d'atteindre Rioz ce soir. Je me dis que si à la nuit tombée je me trouve en rase campagne, j'ai toujours la solution de monter ma tente, dans une pâture ou au coin d'un bois. Mais en cette fin d'année si je peux éviter cette solution 'extrême', je ne me fais pas prier.

Perdu dans mes pensées le temps file, mais je suis si bien sur ma banquette bien au chaud dans cette ambiance bon enfant d'un bistrot d'une petite ville le dimanche matin. Il me faut cependant m'y recoller. Afin de gagner du temps et de la distance, je prends la RN 83 sur une quinzaine de kilomètres jusqu'à Mouchard, en laissant Arbois sur la droite. Rouler sur des routes à grande circulation n'est généralement pas une partie de plaisir. En ce samedi matin la circulation est faible et de plus la bande latérale fournit une bonne sécurité au cycliste. Le réseau routier français, sans présenter les qualité de celui de l'Allemagne en matière de circulation des vélos, est cependant de bonne qualité pour les deux roues.

Arrivé à Marchand je renoue avec le réseau secondaire en prenant la direction de Saline royale, située en lisière de la forêt de Chaux. Cette dernière est traversée d'une belle piste cyclable de 12 kilomètres. Qu'il est agréable d'y pédaler par ce temps immobile. Au nord je rejoins le Doubs et la piste cyclable en suit la berge. Je serais bien laissé le long de cette rivière, mais mon chemin à partir de Saint-Vit prend une direction nord et la rivière continue à l'est.

 

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Il me reste 40 kilomètres à parcourir avant d'atteindre Rioz. La course contre la montre est lancée. Les aléas sont nombreux, un coup de fatigue, un vent adverse, une côte raide relativement longue et les prévisions sont bouleversées, alors que la nuit me guette inexorablement vers les 17 heures.

Cette dernière partie de mon trajet vers Rioz va se passer à bonne vitesse par de petites routes à travers champs et bois. Un peu avant les 17 heures fatidiques je rentre dans cette petite ville de Haute-Saône. Je trouve un au charme réel, installé dans une ancienne grande bâtisse à mi-chemin de la ferme et du château-fort. Mes 118 kilomètres je les ai faits. Je vais découvrir un plat local succulent: le poulet à la cancoillotte.

 

9 novembre Rioz à Cornimont 98 km 1400 m de dénivelé

L'hôtelier gentiment a décidé de se lever plus tôt pour me préparer un petit déjeuner.Ce matin le temps n'est pas particulièrement engageant. Cependant je reste optimiste, en effet hier soir en regardant le bulletin météorologique, j'ai constaté qu'à l'extrême bord nord-est de la carte de France, il y avait une petite lucarne plus claire. C'est justement par là que mon itinéraire passe. Donc j'ai bon espoir de passer entre les gouttes, alors que la France dans sa très grande partie va être sous la menace de gros nuages bien noirs.

En préparant mon vélo devant l'hôtel, il faut y croire au beau temp. Il fait froid et la pénombre est signe de couche nuageuse épaisse. Une petite bruine commence à tomber et je mets mon imperméable, mauvais présage. Mais quanq je regarde là-bas vers le nord-est, effectivement je constate que la petite lucarne plus claire est bien là. Je n'ai plus qu'à forcer sur les pédales pour prendre le mauvais temps de vitesse. En ce dimanche matin la D15, qui conduit à Villersexel, est triste sombre et déserte. La pluie claque sur mon ciré. Mais tout là-bas la tache claire dans le ciel s'élargit toujours plus. La pluie s'arrête, je retire mon imperméable. Après Montbozon j'emprunte de minuscules routes agricoles à travers champs. Le plaisir est grand de traverser en prenant le temps de contempler ces coins de la France profonde.

 

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Vers midi je fais une halte à Lure, puis je reprends ma route vers les Vosges. Différents villages que je connais bien défilent, Mélisay, Ternuay et d'autres. J'effectue une pause casse-croûte au borde de la belle petite rivière l'Ognon. J'essaie de voir quelques truites dans le courant. Mais à cette époque de l'année, où il n'y a pas beaucoup d'insectes volant au-dessus de l'eau à gober, elles restent bien cachées.

J'attaque la dernière partie de mon voyage, en partant à l'attaque des deux petits cols qui me séparent de mon but, le col des Croix et celui du Ménil.

 

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Au pied de ce dernier à) quelques 8 kilomètres de Cornimont un coup de fringale me stoppe. J'en profite pour terminer mes provisions, dont l'une partie je transporte depuis 300 kilomètres. Je n'ai plus qu'à me laisser glisser dans une pente modérée vers Cornimont, en longeant en finale la jolie petite rivière le Ventron tout en courbes.

30/09/2014

Balkans express

 

 Un voyage rapide de vingt jours  de Lyon à Lyon, 5200 kilomètres en voiture (Koleos) par différents pays des Balkans. Des impressions glanées au fil des arrêts dans les villes traversées. Vingt jours et huit pays, très vite trop vite, on n'a pas le temps de se poser. La polémique peut naître, cela ne s'appelle plus voyager mais se déplacer à grande vitesse sans même prendre le temps d'aller à l'essentiel. Mais au fait c'est quoi l'essentiel?

Ce voyage éclair je vais le décliner à travers un certain nombre de flashes au cours des arrêts dans les villes étapes. Les Balkans je les ai connus à différentes époques de ma vie. J'y ai vécu des évènements forts comme le siège de Sarajevo durant trois mois. Trois années de ma vie professionnelle se sont passées en Albanie. Dans ces différents pays je m’y suis aussi promené en touriste lors de voyages de courte durée. Je puis dire qu'une partie de mon cœur y est définitivement resté. Voilà pourquoi cette traversée même éclair fait resurgir du fond de ma mémoire une multitude de souvenirs plus ou moins enfouis, tristes ou gais et me permet de livrer nombre d’émotions ressenties au filtre de mon expérience de ces coins d'Europe particulièrement attachants. J’appuierai mon récit sur des photos de ce qui m’a le plus frappé au cours de ces 20 jours marathon.

Avec un grand plaisir en ce mois de septembre 2014, malgré le temps pas terrible, je fais découvrir à mes trois compagnons de voyage, mon épouse mon cousin et sa femme, ce véritable pays d'Ali Baba, les Balkans. Comme ils n'acceptent de voyager que dans de très bonnes conditions, je les laisserai choisir les hôtels dans lesquels nous descendrons. Mon dieu, nous sommes bien loin de la vie rude du cyclo à travers l'Atacama, mais je me laisse faire. Dans le fond voyager dans le confort c’est aussi une façon agréable de découvrir le monde, bien que les conditions spartiates permettent bien souvent une plus grande proximité avec les populations locales.

Somme toute, le prix de ce voyage, hôtels quatre ou cinq étoiles, et la plupart du temps, midi et soir, des restaurants excellents, sera loin d'être exorbitant. Cela va nous revenir par couple à 2600 euros. On est très loin du coût d'un voyage de trois semaines  organisé par un voyagiste, avec un confort souvent bien inférieur. Le seul reproche que je fais quant à ce mode de voyage, c’est que ce n’est pas l’idéal pour la ligne !

BOSNIE

Sarajevo 

Parmi toutes les villes que j'ai connues durant ma vie, deux m'ont fait une très forte impression, et parmi celles-ci il y a justement Sarajevo. Il est vrai que j'y ai vécu durant plusieurs mois  en 1994 au cours d'une période très troublée, le Siège de la ville lorsque la Yougoslavie se désagrégeait. J'y suis repassé en 2008, déjà six ans, alors que la paix était revenue. Immédiatement j'avais été repris par le charme étonnant de cette ville toute en longueur le long de sa fameuse "sniper allée" et tout en moutonnements de collines de part et d’autre de cette longue avenue, de huit kilomètres.

 

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Sniper allée

 

Notre hôtel est situé sur cette fameuse "sniper allée" pas très loin de l'aéroport. Il se nomme le Radon Plaza, immense building au « look » futuriste, qui s’élance sur 15 étages. Nous allons y passer deux nuits. Ce qui nous laissera une grande journée, laps de temps bien insuffisant, afin de s'imprégner de l’atmosphère de cette cité tant chargée d’histoire, où toutes les cultures se sont côtoyées, et qui fut aussi zone de confrontation entre l'empire ottoman et le monde de la chrétienté.

 

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notre hôtel le Radon Plaza

 

Du restaurant tournant panoramique situé au sommet de notre hôtel, nous avons  tout loisir de contempler la nuit qui s'installe sur cette grande ville. De nombreux souvenirs me reviennent à l'esprit, les obus, certains jours jusqu'à cinq mille, les avions de l'OTAN remontant parfois les rues à basse altitude afin d'intimider les différents belligérants, et puis aussi le bruit sec des tirs de petits calibres qui claquaient sur le blindage de notre véhicule. Aujourd’hui, l’ambiance est bien différente. La circulation est importante, et la ville très animée n’est  plus  du tout figée dans l’immobilité que la peur d’être abattu par un obus ou une balle de sniper, faisait en permanence régner sur le lieu.

De notre perchoir nous distinguons malgré le mauvais temps une bonne partie de la cité.  Des ruines datant de la guerre sont encore visibles. Les grandes façades juste en face, que je contemple en dégustant mon repas agrémenté d’un excellent vin, me ramènent 20ans en arrière. Je me souviens les avoir vues toutes fumantes sous les coups de canon tirés par un char d’assaut embusqué à proximité, et qui sortait de temps à autre afin de lâcher quelques obus.

 

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Ruines datant des bombardements

 

Nous partons nous promener au centre ville. Il est très impressionnant de se rendre au carrefour au bord de la rivière Miljacka, où ont été assassinés l'archiduc d'Autriche François Ferdinand et son épouse Sofia, préambule à la première guerre mondiale. Aujourd’hui la rivière charrie une eau rouge très boueuse, du fait des fortes précipitations qui sévissent depuis de nombreux jours.

 

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Rivière Miljacka

 

La vieille ville avec ses rues aux larges pavés, sa multitude de mosquées et ses quelques églises, ses places, ses échoppes nombreuses et cette foule bigarrée qui déambule, donne vraiment l’impression d’être quelque part au pays d’Ali Baba, mais pas en Europe. C’est là que réside tout le charme des Balkans.

 

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vieille ville de Sarajevo

 

Nous montons sur les collines au-dessus de la vieille ville, à la rencontre de l'immense cimetière où sont ensevelies de nombreuses victimes du long siège de Sarajevo conduit par les troupes serbes. Les tombes partent littéralement à l’assaut des hauteurs. Leur blancheur illumine la grisaille environnante, due à la forte masse  nuageuse qui enserre la ville et ses reliefs. De très anciennes pierres mortuaires, érodées par le temps et les intempéries, remontant à l’époque ottomane, semblent s’être échappées de leur emplacement initial, et se répandent de façon anarchique dans les pelouses. Pour moi l’âme de Sarajevo réside exactement en ces endroits de vieilles pierres et d’herbe. Une multitude de minuscules mosquées, au minaret en bois souvent peint en noir, escalade ces pentes raides. Se déplacer en voiture dans ces rues très pentues, où les véhicules foncent, a donné des sueurs froides à nos deux passagères, d’ailleurs sans doute pas seulement à elles ! Je ne sais pas si l’expression parfois employée dans certaines situations scabreuses « c’est bosniaque » vient de là ?

 

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Mostar

Encore une ville symbole du martyre vécu par la population au cours des évènements tragiques de la période 1992-1996. Son pont, qui avait été dynamité et reconstruit en 2004, représente l’emblème de la ville.

Nous logeons dans un superbe hôtel au-dessus de la vieille ville. L’Eden hôtel, établissement très moderne tout juste ouvert. A notre arrivée un homme et les cinq femmes entièrement voilées, qui l’accompagnent, sont assis dans le petit salon d'entrée. En nous voyant toutes réajustent bien vite  leur voile afin qu'aucune parcelle de leur peau ne soit visible. De toute évidence dans ce pays qu'est la Bosnie un islam rigoriste, (est-ce le bon terme ?) s'est installé. Cette situation est-elle le résultat  des promesses non tenues de l'ONU, qui a laissé massacrer 7000 musulmans un peu plus au sud à Srebrenica, alors qu'elle avait promis de sécuriser la zone?

La réceptionniste de l'hôtel de confession musulmane m'affirme que ce rigorisme est le fait d'étrangers et non de Bosniaques, ce comportement n’étant pas dans leur tradition.

La vieille ville est un lieu touristique très fréquenté. Le vieux pont (reconstruit après la guerre) est littéralement pris d'assaut. Les traditionnels adolescents sautant dans l'eau du haut de cette arche sont présents et font le spectacle.

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Visiter la grande église catholique qui manifestement vient d’être reconstruite ne laisse pas indifférent. A l’entrée sont  affichées les photos de plus de 60 moines exterminés par le régime communiste qui a sévi après la deuxième guerre mondiale.  Ces visages affichent volonté et sérénité. De toute évidence ils étaient animés par la foi et l’espérance.

Cette ville a été très éprouvée par la guerre de désagrégation de la Yougoslavie. Les destructions ont été immenses, mais les répartitions ont effacé ce terrible passé récent. Cependant, toutes les haines et les animosités ont-elles disparu ? J’aurais tendance à dire malheureusement non. Dans un bistrot on nous propose de payer soit en euros ou en kunas croates, en refusant la monnaie locale, le mark bosniaque, étrange ! Il semble exister encore des frontières, que nous Occidentaux avons du mal à percevoir.

 

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 La rue principale ressemble à toutes les rues des villes du monde, où le tourisme de masse sévit avec ses multitudes d’échoppes qui proposent les mêmes types de souvenirs confectionnés en Chine ou dans un autre pays asiatique.

 

MONTENEGRO

Kotor

Les fameuses gorges de Kotor. Nous y accédons par une route qui plonge d’un coup de mille mètres en arrivant de Bosnie. La ville, première impression : la circulation difficile. Est-ce dû aux pluies fortes qui s’abattent ? Il faut reconnaître que cette année le temps n’est pas très clément dans cette région des Balkans. Nous avons quelques difficultés à trouver un point de chute pour notre véhicule afin de rejoindre notre hôtel dénommé Monte-Cristo, situé en plein centre de la vieille ville. Cette dernière on n’en soupçonne pas l’existence, tant que l’on n’a pas franchi le mur de protection qui la cache à la vue. En effet, cette enceinte, vue de l’extérieur, semble collée à la grande paroi calcaire qui domine le lieu. On imagine mal comment une ville pourrait se blottir dans l’espace. Mais ce n’est qu’une illusion due sans doute à une perspective trompeuse. Cette vieille cité à la pierre patinée pleine d’élégance surprend par son ampleur dès que l’on est passé sous le porche d’entrée.

 

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Notre hôtel, très bien situé, occupe un très vieux bâtiment et de ce fait il offre des chambres qui ne sont pas aux standards modernes. Néanmoins, je le trouve plein de charme malgré le bruit et le peu de lumière. Rien ne me donne plus le cafard que ces grands hôtels aux multiples étoiles qui présentent exactement les mêmes standards et les mêmes prestations que vous soyez n’importe où sur la planète.

 

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Il est impératif de visiter la forteresse qui s’élève tout en hauteur dans la falaise surplombant la ville. Je crois me souvenir qu’il y a 1340 marches à gravir. Mais l’effort en vaut vraiment la peine. La ville de forme triangulaire se dévoile rapidement au fur et à mesure de l’ascension. De plus la vue sur ce  fjord incroyable que constituent les gorges de Kotor est superbe, pour ne pas dire époustouflante.

 

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Cetinje

Ville au charme désuet d’une ancienne capitale perchée à mille mètres d’altitude. La route pour y arriver, la route serpentine est tout simplement magnifique. Une longue suite d’épingles à cheveux qui escalade un pan de montagne vertical sur un kilomètre de dénivelé. Et après chaque virage la vue sur les gorges de Kotor devient toujours plus stupéfiante. Les passagères ont eu des angoisses et elles étaient prêtes à la rébellion si la voiture s’approchait trop du bord, ou pire si le chauffeur regardait la mer tout là-bas en-dessous au lieu de la route.

La ville rappelle un temps passé où les ambassades étaient actives. La balade à pied à travers cette cité tranquille, qui recèle de magnifiques monuments, est très agréable. Il y règne une quiétude qui rappelle l’idée que l’on se fait des villes coloniales où l’ennui représentait la principale activité.

 

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Virpazar

Bourgade au bord du magnifique lac de Shkoder à cheval sur le Monténégro et l’Albanie. Notre hôtel, à notre avis trop  vanté par notre guide ne mérite pas de tels éloges. Par contre la promenade en bateau sur le lac est un enchantement.

 

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Nous allons vivre un épisode troublant. Je ne suis pas particulièrement parano, même si je me suis fait voler beaucoup de choses dans ma vie, mais ce jour j’ai entendu mon ange gardien qui m’a dit de me sauver. Au matin nous quittons Virpazar avec le désir de suivre le lac par la minuscule route qui le longe par sa rive sud. L’itinéraire est magnifique, mais les croisements problématiques. Après une dizaine de kilomètres nous nous arrêtons pour faire le point sur un petit espace. Une voiture jaune, genre break, nous dépasse et s’arrête une centaine de mètres plus loin. Nous avons à peine l’espace pour la doubler. Elle redémarre et nous suit. Une quinzaine de kilomètres plus loin, elle nous talonne toujours. Dans la voiture je ne suis pas le seul à l’avoir remarquée. A la sortie d’un virage serré un petit carrefour avec un espace permettant de s’arrêter. Nous descendons faire des photos sur un panorama extraordinaire, le lac une centaine de mètres plus bas apparaît dans toute son immensité. Le chauffeur de la voiture jaune a sans doute été surpris de notre arrêt inopiné, et s’immobilise cette fois derrière. Lui et son passager descendent en nous regardant ostensiblement et sortent un sac plastique duquel ils prennent un casse-croûte, qu’ils attaquent en restant accoudés à leur voiture. Là, çà commence à m’intriguer sérieusement. Je monte, reprends le volant, fais demi-tour et ils nous regardent nous éloigner en sens inverse. Avaient-ils prévenus des comparses qui quelques kilomètres plus loin auraient sans difficulté bloquer la route, et là pris en sandwich nous aurions été à leur merci ? Le Koléos les intéressait-il ? Les grosses voitures que l’on croise sont-elles toutes achetées ? Nous ne saurons jamais ce qu’ils nous voulaient, mais j’ai ressenti un profond malaise le temps qu’a duré cette petite aventure. Je me souviens m’être fait dépouiller de mes affaires au Pérou par un individu qui s’était quasiment fait accepter dans notre environnement comme non hostile.

 

ALBANIE

Shkoder

Nous voilà en Albanie. Première surprise, plus besoin de visa on ne paie plus rien. Je ne suis pas loin de penser que l’Albanie considère qu’elle appartient à l’Union Européenne. D’ailleurs si la monnaie locale est le lek, partout l’euro est accepté et il est presque inutile de faire du change. J’ai même constaté que lorsque vous payez en carte bleue, bien souvent c’est directement en euros. Au restaurant la note vous est présentée en leks, en euros et en dollars, à vous de choisir ! D’autre part, d’une façon générale les routes n’ont plus rien à voir avec celles que j’ai connues il y 15 ans. Les grands axes que nous avons empruntés sont de bonne qualité sur l’ensemble du territoire. Sur les petites routes on trouve encore des portions où alternent bitume et terre. Mais de toute évidence, l’Albanie est un pays qui s’adapte à grande vitesse.

La ville de Shkoder au bord de son immense lac, ne ressemble plus du tout à l’image que j’en avais gardée. Je me souvenais d’une ville, où le goudron avait disparu des rues et où les immenses mares d’eau étaient si nombreuses que l’on aurait dit des rivières ou des marécages et non des rues. Tout cela est bien fini, tout est propre, de nombreux bâtiments modernes ont remplacé les vieux bâtiments de l’ère communiste.

 

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Notre hôtel est absolument superbe. Il porte bien son nom « Tradita ». C’est une ancienne demeure albanaise, magnifiquement rénovée, au charme certain. Il est nécessaire de demander une chambre non borgne et là c’est le rêve. Pour un prix modique vous plongez dans la tradition albanaise. Le personnel est particulièrement attentif. On le sent pressé de bien faire, c’est émouvant et un peu rigolo. Dès que je suis dans ce pays j’ai vraiment le sentiment d’être dans ma deuxième patrie. Mon épouse qui appréhendait un peu est immédiatement conquise par tant de gentillesse. Le patron parle couramment le français et vient de temps à autre discuter de choses et d’autres. On sent que le monde il l’a beaucoup arpenté.

 

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intérieur de notre hôtel

 

Le centre ville est piéton, et fini les embouteillages dont je me souviens, faits de vieilles Mercédès fumant plus noir les unes que les autres. D’ailleurs le parc automobile est rénové, toujours beaucoup de Mercédès, mais pour la plupart de dernière génération.

 Shkoder c’est la ville du célèbre photographe albanais Pjeter Marubi (1834-1904).Ses photos de monuments ou de personnes en noir et blanc sont remarquables.

 

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photo de Marubi

 

Nous allons visiter son château sur une colline qui domine la cité, d’où la vue, en particulier sur le lac, est de tout premier plan. En trois ans j’y étais venu de nombreuses fois entre 1999 et 2002. Jamais ou presque je n’y avais rencontré âme qui vive. Ce matin le flot de touristes est impressionnant, qu’ils soient albanais ou étrangers. De nombreux bus se lancent dans des manœuvres laborieuses dans des espaces restreints. Je reconnais l’un des caractères albanais dont je me souvenais. Mais la dextérité des chauffeurs fait que tout se déroule sans incident, même si nous sommes restés prisonniers quelque temps dans notre voiture entre ces gros engins.

 

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Vue du château

 

Kruja

Bastion de la résistance albanaise à l’empire ottoman, la ville héberge un musée historique qui ne représente pas le même intérêt que celui de Tirana. Ce dernier étant plus particulièrement axé sur la période récente de l’ère de la dictature d’Enver Hodja. La ville vaut cependant le détour. Son bazar tout en longueur le long d’une jolie rue vaut le coup d’œil. En particulier les amateurs de vieux livres pourront y trouver des ouvrages intéressants sur l’ère de la dictature, aussi bien pour les textes que pour les images. Certains sont écrits en français. Je viens d’en acheter deux, dont l’un de Hodja qui raconte ses différentes entrevues avec Staline.

 

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Un poème de Vehbi Bala montre cet esprit de résistance  du peuple albanais:

 

                               L’Héroïne

Kelmendi, assiégé, était dans la misère :

Enfants, vieillards y mouraient par milliers.

L’Assemblée siégeait dans les montagnes altières

Qui dressent au ciel leurs versants escarpés.

 

Nora la Belle sort d’une chaumière,

Traverse le siège d’un pas accéléré.

-Me voilà Vuça Pacha, je suis ta prisonnière,

Mes compatriotes se meurent affamés ! »

 

-Sois la bienvenue ma belle Albanaise-

S’écria Vuça Pacha dévorant

Cette fraîche beauté de ses yeux de braise.

 

Et les monts retentirent tout tremblants

Lorsque Nora se lança de fureur

Et lui planta la dague dans le cœur.

 

J’ai tiré ce poème aux rimes approximatives en français, de la revue littéraire albanaise « Les lettres Albanaises »  numéro 4, 1984, qui était publiée sous la dictature. Attention à tout texte qui pouvait paraître non conforme aux canons de la pensée ! L’auteur s’exposait immédiatement aux différents châtiments en vigueur, entre relégation, emprisonnement, camp de concentration voire exécution.

                                                                                                                                                                     

 

Tirana

C’est avec émotion que je retrouve cette ville où j’ai habité trois ans. J’ai l’impression que j’ai rêvé cette époque maintenant lointaine, et qu’il s’agit d’une vie précédente. L’entrée de l’agglomération a  complètement changé. En effet, une multitude de grands buildings a été construite et la ville s’est considérablement étendue. Nous descendons dans un hôtel superbe, tout neuf, le LAS. Il est tenu par un couple aidé de leurs deux enfants, un garçon et une fille d’environ 18 ans. Accueil de tout premier plan.

Nous laissons notre voiture et partons nous promener au centre ville. La rue principale le boulevard Dëshmorët e Kombit a gardé son aspect d’il y a 15 ans avec tous ses ministères, même si certaines affectations ont changé. Par contre les autres rues sont méconnaissables. Elles sont bien goudronnées, les magasins sont nombreux et diversifiés et très bien achalandés. Il y a de la lumière, et la nuit tout est bien éclairé, alors que quinze ans auparavant, la seule lumière que l’on voyait dans l’obscurité provenait des poubelles qui brûlaient. Nous sommes aujourd’hui dans une ville moderne, où dès que la nuit tombe  la fête semble démarrer partout, sur les terrasses de café et dans les restaurants. La musique est toujours présente, qu’il s’agisse de sonorités anglo-saxonnes ou de chants plus langoureux balkaniques.

 

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                                                                    centre ville Tirana 

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                                             musée historique national

Berat

La ville aux mille fenêtres, ancienne cité ottomane qui garde un charme fou. Notre hôtel un peu avant la vieille ville est tout récent, ouvert seulement depuis trois mois. Il s’agit de véritables suites et non de chambres, dans un ancien combinat extrêmement bien réaménagé. Et une telle prestation pour 40 euros. Ça ne vaut pas le coup de s’en priver. Quant aux prix des repas de très bonne qualité comme partout en Albanie dans les hôtels il est dérisoire. Pour dix euros maximum, souvent cinq, vous faites un véritable festin avec un vin de très bonne qualité.

 

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Nous sommes arrivés vers midi en provenance de Tirana. Nous avons tout l’après-midi pour visiter la vieille ville et la magnifique citadelle qui la domine. De cette dernière, lorsque le temps est clair la vue porte sur la montagne du Tomor qui culmine à plus de 2400 mètres d’altitude. Si on dispose du temps nécessaire il est très intéressant de s’engager vers ce massif montagneux qui conduit dans l’Albanie profonde. Mais cette fois-ci ce ne sera pas le cas pour  nous. Ne disposant que de 20 jours pour un tour des Balkans, j’ai déjà du faire preuve de persuasion pour que nous restions une semaine dans ce merveilleux pays, l’Albanie.

Dans la citadelle il faut absolument visiter le musée des icônes. Elles sont remarquables vieilles de plusieurs siècles et très bien conservées. On doit à la présence d’esprit et l’initiative de la mairesse  de la ville au cours de l’explosion du pays en 1997 d’avoir conservé ce patrimoine exceptionnel. Voyant venir le chaos, elle a caché chez elle tous ces trésors et les a restitués lorsque les pillages prirent fin et l’ordre rétabli. Sans cette remarquable volonté, toutes ces œuvres de premier plan seraient dispersées chez des collectionneurs sans morale de par le monde. Dans l’enceinte du musée il y a une ancienne église orthodoxe avec une iconostase absolument magnifique, la plus émouvante que je connaisse. Il faut, au sommet de la citadelle, aller voir les gigantesques réservoirs d’eau enterrés qui permettaient une grande autonomie en cas de problème ou de siège.

 

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                                                     musée des icônes

Himara

Station balnéaire, qui elle aussi a beaucoup changé en quinze ans. La route qui va de Vlora à Saranda en passant par le col de Llogara et Himara n’a plus rien à voir avec la piste étroite d’antan. Ce coin du sud  de l’Albanie est l’un des endroits les plus beaux que je connaisse. Hélas trop peu de temps pour faire découvrir à mes compagnons les trésors cachés dans la montagne, comme les vieux villages de Qeparo ou Himara le vieux.

Notre hôtel apparaît très moyen aux standards de ma famille, mais cependant il permet une vue extraordinaire sur la mer et permet d’assister à un coucher de soleil de toute beauté.

 

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Malheureusement le mauvais temps qui nous a accompagné une bonne partie de notre périple ne nous a pas permis de jouir de l’extraordinaire panorama de la route de la riviera albanaise de Vlora à Himara.

 

Saranda

Bref arrêt le temps de prendre un café et d’admirer la mer Egée avec en toile de fond l’île de Corfou. Oui je sais, venir jusqu’ici et ne pas prendre le temps d’aller visiter le magnifique site de Butrint, mais voilà une semaine pour un pays c’est décidément bien trop court. En repartant nous passons par la curiosité géologique : l’œil bleu. Il s’agit d’une résurgence à fort débit dont l’eau présente une teinte admirable.

 

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Gjirokastra

Avec Berat ce sont les deux villes les plus typiques d’Albanie. Surnommée la ville de pierre du fait de ses toits en lauses épaisses. De cette cité sont originaires deux célébrités albanaises. Tout d’abord le dictateur Enver Hodja et puis, plus réjouissant, le célèbre écrivain Ismaël Kadaré. Si vous ne deviez lire qu’un seul de ses livres, je vous conseille «Avril brisé ». Il y décrit la vie des gens du nord de l’Albanie sous le joug de la loi du kanun, la vengeance par le sang. Cette coutume est malheureusement toujours d’actualité.

Notre hôtel qui porte le nom de la ville se trouve juste sous le château. Pour l’atteindre il nous faut monter par des rues d’une extrême raideur, à se demander si l’adhérence des pneus sur ces pavés polis sera suffisante. La chambre très vaste que nous occupons est de toute beauté, bien dans la tradition albanaise. L’hôtel est une entreprise familiale dont le restaurant est aussi très correct. Nous nous rendons au château qui coiffe la colline, le long de laquelle s’étagent les maisons de la cité. La vue y est de tout premier plan sur les toits  et les façades si caractéristiques de ce coin d’Albanie.

 

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notre chambre vue de l'extérieur

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notre chambre de l'intérieue

 

La visite du musée installé dans la forteresse est très instructive. On y découvre nombre d’œuvres, sculptures et peintures, à la gloire de la puissance et à l’héroïsme des combattants albanais. J’aime beaucoup l’art inspiré du réalisme socialiste, né en Union Soviétique. L’ère de la dictature albanaise s’en est beaucoup inspirée, et ce musée recèle nombre de pépites en la matière.

 

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Permet

Ville située sur la route entre Gjirokaster et Gorça. Cette route je ne la connaissais pas. Elle est tout à fait incroyable. Elle passe dans l’une des régions les plus désertes du pays. Elle est particulièrement tortueuse et il nous faudra au moins 6 heures pour effectuer une distance de 200 kilomètres, alors que le trafic est quasiment nul. Nous ferons une halte dans la petite ville de Permet. Elle est paisible et semble vivre à un rythme lent, très loin de la frénésie de Tirana. Aujourd’hui c’est jour de fête annuelle. Sur la place différents stands, dont l’un animé par les nostalgiques de l’ère de la dictature. Ils arborent des photos d’Enver Hodja. On voit bien aussi en Russie des nostalgiques de l’époque de puissance de l’URSS, qui s’affichent avec des effigies de Staline.

 

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statue à la gloire du combattant albanais

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nostalgiques de l'époque communiste

 

Gorça

Ville que l’on surnomme le « Petit Paris ». Après la première guerre mondiale elle a été sous administration française et on y trouvait encore à l’époque où j’habitais le pays, des personnes d’un certain âge qui parlaient notre langue sans le moindre accent. Hélas en 15 ans beaucoup ont dû mourir du fait de leur grand âge.

La ville a beaucoup changé. De grands bâtiments ont poussé de toutes parts. La partie ancienne constituée de jolies maisons du début du vingtième siècle d’inspiration sans doute italienne est à l’abandon. Manifestement l’argent pour rénover ce beau patrimoine fait défaut et tout est dans un état de décrépitude déplorable.

Notre hôtel présente une très belle façade récente. Mais l’arrière est de toute autre nature. La fenêtre de notre chambre donne sur une terrasse où s’entremêlent dans un fouillis indescriptible une multitude de fils électriques.

Au centre de la ville une imposante église orthodoxe de facture récente est implantée. Nous assistons à un mariage. La mariée a toutes les peines du monde à se déplacer dans sa robe, qui semble plus tenir du carcan que de la robe de mariée.

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A Gorça se trouve un cimetière militaire français où reposent 640 de nos concitoyens morts durant la première guerre mondiale dans des combats contre les forces de l’Axe, en particulier les Bulgares. Il m’est arrivé à trois reprises de présider au 11 novembre des cérémonies militaires dans ce coin reculé, situé pas très loin des frontières grecque et macédonienne. J’en garde un souvenir ému. La dernière année j’avais invité les différents attachés de défense étrangers, dont l’allemand et le bulgare.

Pogradec

Cette ville est au bord du lac d’Ohrid. Elle constitue notre dernière étape avant de passer la frontière en direction de la Macédoine. Ce lac de très grandes dimensions héberge un poisson que l’on trouve ici et dans le lac Baïkal et nulle part ailleurs. En albanais on l’appelle le Koran, il s’agit d’une grosse truite saumonée vivant en profondeur.

 

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Dans cette  cité habite un artiste que j’aime beaucoup le peintre Taso. D’ailleurs la peinture sous mon pseudo VF est de lui.

 

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Les derniers kilomètres nous conduisent à la frontière et un peu triste je quitte ce pays après une trop courte visite. Nous rentrons en Macédoine et le douanier macédonien est citoyen macédonien certes, mais aussi albanais. Il s’étonne que je parle sa langue l’albanais. Les Balkans c’est une mosaïque de peuples qui s’entremêlent  par delà les frontières. 

MACEDOINE

Ohrid

Jolie station balnéaire à la réputation internationale, nous y descendons dans un hôtel en plein centre qui donne sur le lac. L’endroit est charmant. Le tourisme y est particulièrement actif. Nous y passons un moment très agréable à déguster les différents poissons du lac et à goûter les vins blancs et rouge de bonne tenue. Il est à noter que le fameux Koran, il faut rester en Albanie pour le manger, car sa pêche est interdite en Macédoine, étant considéré comme une espèce protégée.

 

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 Bitola

Nous faisons un détour par cette ville. Nous voulons voir le cimetière militaire français qui contient les corps de 17 000 soldats morts dans des combats contre les Bulgares. Nous ne le trouvons pas et mettons le cap sur Skopje la capitale de Macédoine, après avoir bu un café au centre ville. Cette ville dégage  tristesse et pauvreté.

Skopje

Cette ville est étonnante, sa partie slave et sa partie albanaise sont très différentes. Le Vardar, fleuve qui traverse la cité est bordé d’immenses bâtiments bien entretenus. On est frappé en premier lieu par le  nombre incroyable de statues de bronze qui constellent les ponts et les places. On y croise des personnages de légendes comme Alexandre le conquérant ou des hommes politiques récents.

 

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La partie albanaise au contraire d’une ville de grands bâtiments,  nous ramène en Albanie avec ses rues pavées, son architecture balkanique et ses mosquées. La religion a l’air plus suivie ici qu’en Albanie, où les mosquées même si elles sont nombreuses restent généralement désertes.

 

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SERBIE

Belgrade

Immense ville qui s’étale sur de grandes distances. Nous logeons en plein centre à proximité immédiate de la Présidence de la République dans un hôtel assez étrange au charme désuet des grandes demeures du début du XXème siècle.  Au détour des rues, parfois on voit encore par endroits les traces du bombardement effectué durant, me semble-t-il trois longs mois par les aviations de pays de l’OTAN, dont la France fut le deuxième contributeur après les USA. La ville se trouve au confluent de la Save et du Danube.

 

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La longue rue qui conduit à la colline où se trouve l’ancienne forteresse est piétonne. Il est particulièrement agréable de s’y promener. J’ai recherché dans les nombreuses librairies des ouvrages sur la guerre récente, écrits par des Serbes et traduits en anglais. En effet, jusqu’à présent je n’ai jamais lu de textes venant de cette partie. Il est toujours instructif d’avoir la vérité de chacun.

 

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La visite de la forteresse est aussi très intéressante. En particulier, on peut y admirer le confluent de deux puissants cours d’eau la Save et le Danube. De la même manière à Mendoza j’avais cherché un livre sur la guerre de Malouines écrit par un Argentin, car les nombreux livres que j’avais lus à ce sujet étaient tous d’auteurs britanniques. Là encore on découvre des perceptions différentes d’un même évènement.

 

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Il nous reste trois jours et 1500 kilomètres avant de rentrer à Lyon. Notre voyage touche à sa fin. En trois étapes, exclusivement ou presque par autoroute, nous allons regagner les bords du Rhône.

 

CROATIE

Rijeka

Ville qui a été disputée au cours du temps entre la Croatie et l’Italie. Actuellement elle est le principal port de Croatie. Un centre ville piéton où nous faisons une balade nocturne avant d’aller faire un repas de poissons.

 

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ITALIE

Sirmione

Adorable petite cité sur le bord du lac de Garde, nichée tout au bout d’une presqu’île effilée. Nous descendons dans un hôtel au charme désuet et aux peintures un peu fanées. Mais sa situation est de tout premier plan. Son site archéologique, une immense villa romaine qui est située au point ultime de la presqu’île et son château qui en garde l’accès sont deux sites remarquables de ce très joli coin d’Italie. Comme dernière étape ce fut un enchantement. Je recommande très vivement la visite de ce lieu pittoresque, même si nous étions de véritables  hordes de touristes à l’assaut de cet endroit ravissant.

 

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13/08/2014

Remontée de la Saône à vélo

Remontée de la Saône à vélo

La Saône est le cinquième cours d’eau français avec une longueur de plus de 400 kilomètres. Elle prend sa source dans un petit village au pied des Vosges du nom de Vioménil, et se jette dans le Rhône après avoir traversé de vastes zones de prairies. Certains esprits diraient que c’est le Rhône qui se jette dans la Saône. En effet, elle est beaucoup plus large que ce dernier, même si par un subterfuge juste avant le confluent il semble s’étaler un peu plus pour se donner de l’importance. Ce qui le caractérise, c’est sa fougue et son côté sauvage et rapide, pressé qu’il est entre des montagnes au nord de Lyon. La Saône, au contraire, s’étale en vastes méandres dans un bassin aux courbes arrondies sans dénivelé.

Je pars remonter cette magnifique rivière au début du mois d’août 2014, en quatre étapes respectivement de 84, 112,122 et 97 kilomètres. Je vais découvrir une rivière sauvage aux bords souvent non aménagés, ce qui me donnera l’impression d’être dans un pays lointain à rouler entre terre, herbe, boue et fondrières, et toujours avec en arrière-plan immédiat cette eau sombre et terreuse, cependant calme. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Allais-je vite trouver monotone cette campagne plate ? Eh bien non, ce fut tout le contraire.  Cette nature paisible a un effet très reposant. La multitude d’aspects que revêt le cheminement, de l’aménagement impeccable de la « voie bleue » au plus oublié des anciens chemins de halage envahi de végétation sauvage faisant un mur de part et d’autre d’une piste ténue, offre une variété surprenante. De plus, il faut bien souvent rester en éveil pour éviter les ornières, les trous, les pierres  et autres flaques de boue, tout en négociant par endroits des herbes hautes. Non, cette randonnée que je vais vous narrer, ne m’a absolument pas paru ennuyeuse. Elle m’a procuré un joli moment de vélo et m’a enthousiasmé.

Après une traversée de Lyon à partir de chez moi, je me retrouve au confluent  du Rhône et de la Saône, prêt pour une nouvelle aventure, seul avec mon vélo chargé de tout ce qui permet l’autonomie du voyageur au long cours. Le Rhône à ma droite et la Saône à ma gauche, ça y est le projet peut commencer à se réaliser. Comme il est étonnant de constater la rapidité avec laquelle on bascule de notre vie de sédentaire vers l’émoi du voyage. La magie de l’aventure s’enclenche dès le premier tour de roues. L’ensorcellement est tel, que je traverse ma ville natale comme je découvrirais une ville inconnue à l’autre bout du monde après de longues journées de pédalage ! Comme toujours, la même fébrilité me gagne à l’idée de partir, que ce soit pour quelques jours ou quelques mois. L’essence du voyage réside  à mon sens dans la non-planification et dans le fait de se laisser mener par le sens général du projet et non par les détails.

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A Lyon le confluent ne désigne pas seulement la convergence des deux fleuves, mais aussi l’immense quartier moderne qui s’est établi en ce lieu. C’est la première fois que je m’y aventure. L’architecture est avant-gardiste, l’eau est présente partout, car de grands bassins ont été aménagés, même un petit port exhibe sa kyrielle de bateaux. Je longe des quais un peu encombrés du fait de travaux. Des activités passées il reste de vieux rails qu’il faut bien négocier pour ne pas tomber. Une fois le quartier de la confluence dépassé, sur ma gauche apparaît le Vieux Lyon. La cathédrale Saint-Jean, l’église Saint-Georges et la basilique de Fourvière sont inondées de la lumière du soleil matinal venant de l’est. Je passe  rive droite par le pont Napoléon et rejoins la piste cyclable. Elle est envahie d’une foule de touristes qui regagnent leur grand bateau après une visite de ce quartier réputé de Lyon, qui a été inscrit au patrimoine de l’UNESCO. Je mets presque pied à terre pour me frayer un chemin dans cette masse humaine. Heureusement,  pas une seule personne ne m’a demandé si je venais de loin. Qu’aurais- je répondu ?

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Lyon se quitte très facilement et j’arrive à l’île Barbe. Je reste rive droite jusqu’à Collonges, bien évidemment en passant devant « chez Bocuse » je m’arrête faire la photo de ce bâtiment aux couleurs vives. Je rejoins rive gauche la piste cyclable que je vais suivre jusqu’à Macon. Parfois très praticable, parfois herbeuse parfois pierreuse, je vais découvrir tout le charme de cette belle remontée de la Saône. Les jours derniers pour ne pas dire le mois dernier le temps a été particulièrement mauvais, ce qui fait que tout naturellement la boue est très présente. Je dois négocier avec prudence de nombreuses larges flaques d’eau. Il est toujours plus facile de rouler sur l’herbe que sur la terre détrempée, car cela évite de récupérer des gros paquets de boue qui bloquent les roues.

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Je fais un passage par les hauts de Trévoux, petite cité chargée d’histoire, qui très longtemps fut ville frontière. La côte est rude mais le coup d’œil sur la rivière en contre-bas vaut le déplacement. Puis je me laisse glisser à nouveau vers les berges, et je prends la direction de Macon. Sans difficulté, à part un petit passage scabreux à Jassans je rejoins la préfecture de la Saône-et-Loire. A part les trois derniers kilomètres j’ai toujours roulé sur des itinéraires dédiés aux vélos ou des chemins.

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Après une nuit pas terrible au camping au nord de Macon, à cause du bruit du trafic routier, je retrouve rive droite la voie bleue, que je vais suivre jusqu’à Chalon-sur-Saône. Les trente premiers kilomètres jusqu’à Tournus sont bien aménagés et c’est un régal de rouler au petit matin dans une nature qui s’éveille. De temps à autre, un lapin détale sur la piste, un héron cendré décolle de derrière des roseaux, quelques gros poissons font de larges ronds à la surface de l’eau. Un son étrange et mat me fait tourner la tête, il s’agit du battement d’ailes de cygnes qui tentent de décoller en frappant l’eau avant de pouvoir prendre un peu d’altitude. Je croise quelques cyclistes à la mine épanouie, qui comme moi sont sous le charme du lieu. Puis je tombe sur un couple chargé, qui manifestement voyage à vélo. Comme toujours dans ces cas on engage la conversation. Ils sont en train d’effectuer un périple d’une semaine en Bourgogne. Ils me mettent en garde contre la très mauvaise qualité du chemin entre Tournus et Chalon sur une trentaine de kilomètres.  Ils ont décidé de le quitter et de rejoindre la route la plus proche car l’herbe, la boue et les trous rendaient leur progression trop pénible. Bon je verrai bien. Eh bien ce parcours à travers des prairies à l’herbe douce me procura un grand plaisir. A part quelques pêcheurs je n’ai vu personne et j’ai eu l’impression d’être à l’autre bout du monde. Bien évidemment, je recommande de ne pas éviter ce tronçon. De toute évidence nous ne recherchons pas tous la même chose à cheminer sur nos deux roues. Cette diversité  fait le charme de l’activité.

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Cette partie d’itinéraire depuis mon départ ce matin à Macon, je l’ai parcourue entièrement sur route interdite à la circulation automobile. A partir de Chalon je n’ai pas d’indication concernant l’existence de la voie bleue. Je prends donc la direction du village de Gergy, situé une quinzaine de kilomètres au nord. Une fois arrivé, un passant me voyant en train de consulter ma carte m’a indiqué la voie verte  à proximité. Elle est magnifique, serpentant le long de la rivière, parfois traversant de vastes pâtures, dont il faut ouvrir les portails en faisant bien attention de les refermer, car le bétail y est nombreux. Un vrai plaisir ce parcours un peu cabossé, où la pratique du vélo est un bonheur.

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Arrivé à Verdun-sur-le-Doubs, je découvre le confluent de cette rivière avec la Saône. En voyant l’endroit, il est difficile de savoir quel est le cours d’eau le plus important. Je change de rive et je traverse le Doubs et me trouve rive gauche de la Saône, à nouveau sur une piste sauvage entre pâtures, forêts et champs cultivés. Je croise une jeune femme à vélo qui est lancée dans un tour de France des cuisines régionales au travers des chefs cuisiniers. Elle compte terminer son périple en novembre à Paris. Ses multiples expériences glanées au cours de son chemin, elle a l’intention de les regrouper dans un livre. Après ce moment de discussion très agréable je reprends ma route.

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Le temps se fait menaçant, les premières gouttes se mettent à tomber. Sur ces bords de rivière peu ou pas entretenus, la pluie devient vite un problème, l’herbe étant glissante et la boue collante. Mais les précipitations restent faibles et l’avancement n’est pas perturbé. Quelques kilomètres avant la petite ville de Seurre je retrouve une piste goudronnée, qui me conduit directement au centre de la cité. J’hésite entre hôtel et camping. Mais la proximité de ce dernier d’un axe routier passant et le temps menaçant me conduisent à opter pour la première option. L’hôtel du commerce est le seul de la ville, petit établissement au centre, au style désuet bien sympathique que j’adore. De plus il pratique des prix doux, 45 euros une belle petite chambre avec une grande baignoire, même si je ne prends jamais de bain ! Ça ajoute au charme désuet. Rien ne me déprime plus que ces grands hôtels aux standards internationaux à l’allure désincarnée et aux moquettes sur lesquelles on glisse sans bruit. Non, je préfère nettement ces petits hôtels aux vieux parquets et aux escaliers moult fois cirés et qui craquent à chaque pas, signe que l’on est dans un endroit qui vit.

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Au matin, le départ se fait sous une pluie qui s’intensifie rapidement, malgré les prévisions météo qui n’étaient pas très pessimistes. Le temps de m’arrêter et de mettre mon imperméable et l’ondée prend fin. Je roule le long du canal, dont la piste est en meilleur état que le chemin de halage de la Saône, qui avec la pluie de la nuit doit ressembler à un champ de boue. Par moments les terres labourées sur les bords du canal prennent un air austère sous un ciel gris. Cela me fait penser un peu à ce que j’avais ressenti sur certaines portions de la vélo-route du Danube en Allemagne A Saint-Jean-de-Losne, je croise trois jeunes Suisses engagés dans une traversée Zurich-Bordeaux.

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Je retrouve la rivière, son trafic fluvial et ses nombreuses écluses qui fonctionnent à plein rendement au cours du mois d’août. Le chemin une fois encore prend tous les aspects, passages en forêts, en sous-bois, parmi les buissons, dans les champs qu’ils soient d’herbe ou de boue. Pas le temps de s’ennuyer, le long de cette rivière aux larges méandres les perspectives sont en changements permanents.   Et puis des bateaux de temps à autre donnent une touche de couleur à cette sombre due aux hautes eaux qui charrient des alluvions. Je m’arrête pour observer un pêcheur sur son esquif. Il est en train de batailler avec un gros silure. Entre son chien tout excité et son poisson rageur il ne sait plus où donner de la canne !

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A partir de Gray, dans l’après-midi bien avancée le temps redevient très beau et de magnifiques petits nuages constellent le ciel, une véritable ambiance de journée d’été. La piste est excellente et les kilomètres défilent. Dans ces moments le vélo est plus qu’un plaisir, on sent une forme de jouissance dans l’effort soutenu sans aucune souffrance. On est en pleine cure de vélo-thérapie. La campagne ne recèle pas beaucoup de villages et ceux que je croise sont minuscules. Je n’ai pas de provisions donc je n’envisage pas dans ces conditions de bivouaquer au bord du fleuve, d’abord trouver une épicerie. Arrivé à Ray-sur-Saône, on m’indique un camping 6 kilomètres plus loin à Soing-Cubry-Charentenay. Le nom est aussi long que la bourgade est minuscule. Ce genre de camping, on aimerait en trouver plus. Installé sur une belle pelouse en bordure de rivière, il respire le calme. L’accueil est des meilleurs par l’employée communale. Une épicerie à deux cents mètres au centre du village offre un large choix de boissons et d’aliments, un pur bonheur !

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Un couple de cyclistes hollandais s’est aussi arrêté pour la nuit. Ils sont lancés dans un trajet Pays-Bas  la méditerranée. On échange quelques mots. Mais on ne trouve pas la communion d’esprit que l’on peut avoir lorsqu’on tombe sur un autre « fou » à vélo au milieu du désert de l’Atacama ou le long du Mékong. Pourquoi ? Certes on est moins loin de chez soi en Europe, mais l’expérience n’en est pas moins passionnante.

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Déjà le dernier jour de cette courte escapade. Il me reste 97 kilomètres pour rejoindre la source. Mais, j’ai l’intention une fois arrivé à ce point d’essayer de rejoindre Cornimont où mon épouse m’attend. Ce qui rajoute 67 kilomètres, donc un total de 164, cela promet une belle journée d’effort. On espère dans ces cas qu’il n’y aura pas d’imprévu et si possible pas trop de vent contraire pour rendre la distance impossible à accomplir dans la journée. Lever 6 heures, tout le monde dort encore dans le camping, départ 7 heures. Le temps est frais, sur la rivière voguent de grands bancs de brouillard. Ces mises en route matinales, je les vis comme une féerie. La lumière rasante du soleil amplifie les contrastes, les ombres démesurées au sol donnent du mystère aux choses et aux lieux. L’immobilité de l’air transforme la surface de l’eau en un parfait miroir sur lequel se reflètent les nuages et les brumes, et aussi plus étonnant les traînées d’avion. On les voit même progresser. Je stoppe ma progression et observe le reflet d’un avion en mouvement. Son image sur l’eau va percuter la berge et donc disparaître, car l’herbe ne sera jamais un miroir ! J’ai envie de m’arrêter à chaque détour pour prendre une photo, tant les contrastes et les reflets sont étonnants dans cet univers flou « hamiltonien ». Le ciel, les nuages et les arbres accompagnés de leurs reflets se fondent au milieu d’une brume ténue. Je ne sais pas si la comparaison est juste, mais c’est ce qui me vient, peut-être à tort, à l’esprit.

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A 9 heures je m’arrête à Port-sur-Saône et effectue une bonne pause casse-croûte dans un bistrot bien français. S’arrêter c’est souvent gagner du temps, car après on se trouve dans de meilleures dispositions pour redoubler d’effort. Effectivement, je reprends mon chemin le long de la D20, petite route déserte qui suit la Saône au plus près. Tout va pour me mieux, je ne suis jamais en dessous de 25km/h. Seul petit problème, qui a failli en être un gros. Je recharge la batterie de mon appareil photo à l’aide d’une prise USB sur mon moyen avant. Pour ce faire, je dois le laisser ouvert, et comme je l’ai autour du cou des gouttes de sueur tombe dessus et se glissent à l’intérieur le long de la batterie. Ce qui occasionne un court-circuit. Je crains le pire. Je m’arrête entre autre pour nettoyer ma chaîne et la graisser et j’en profite pour exposer l’intérieur de mon appareil aux rayons du soleil. Miracle, au bout de dix minutes, juste le temps  que je remette mon vélo en état de marche, la chaleur a fait son effet et mon appareil fonctionne de nouveau. L’autonomie en courant nécessite quelques précautions et on apprend toujours un peu plus.

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Encore une rencontre avec un Italien qui est parti de Hambourg et qui se rend en Espagne à vélo. Cool, il n’a même pas de carte, seulement un vague dessin au crayon ! Je lui permets de se positionner au mieux et d’affiner son itinéraire pour la journée. On rigole un grand coup, mais bon vingt minutes se sont envolées et mes 164 kilomètres risquent de devenir un rêve !

 

A partir de Corre ou un peu avant, j’ai du mal à situer la Saône. Je longe donc le canal  encore quelques kilomètres, puis je coupe directement à travers un petit massif forestier pour rejoindre directement Vioménil et la source tant désirée. Je l’atteins, il est 15heures. Elle est sèche, étonnant alors qu’à une vingtaine de kilomètres on a déjà une rivière de belle taille. J’en déduis que tout n’est que question de symboles. 

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Une belle petite aventure va prendre fin, au détail près que j’espère encore abattre 67 kilomètres cet après-midi par une forte chaleur. Contrairement à ce que je pensais la route en direction de Xertigny, Remiremont et Cornimont n’est pas vraiment plate. Jusqu’à Xertigny j’ai souffert de la chaleur dans des  côtes conséquentes en inclinaison et en longueur, avec un vent adverse, ce qui m’a pris presque deux heures. A 18 heures Remiremont est atteint, j’ai même eu le temps de ramasser un magnifique cèpe et une belle poignée de chanterelles. Il ne me reste plus qu’à dérouler le long de la voie verte en direction de Cornimont. Je n’arrive à la trouver qu’à Vagney. Il me reste une quinzaine de kilomètres à parcourir en léger faux-plat montant. Cette dernière portion, alors que le soleil devient rasant avant de se coucher, est un enchantement. Je ne sens pas la fatigue, tout accaparé par la beauté de la nature et en particulier par la surface de la Moselotte, où je guette les éventuelles truites en train d’effectuer leurs derniers gobages. En effet, dès demain je reprends mon activité de pêcheur à la mouche, en « no kill of course ».